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Obama et le Québec
N° 272 - septembre 2008
La survie du syndicalisme dépend du Employee Free Choice Act
L’élection de Barack Obama est un passage obligé
Paul Martineau
Une question de vie ou de mort. Le terme n’est pas utilisé en public. Mais en privé, c’est ainsi que plusieurs dirigeants syndicaux décrivent l’élection présidentielle de cet automne aux États-Unis, si on en croit le blogueur syndicaliste et auteur Jonathan Tasini.

Bien connecté sur les stratèges du mouvement ouvrier, Tasini bloguait récemment en direct de la Convention nationale du parti Démocrate, qui s’est tenue à la fin août dans la ville de Denver au Colorado. Dans les nombreux ateliers, cocktails et soirées dansantes organisés par les syndicats en marge de la convention, le spécialiste du mouvement ouvrier a ressenti un sentiment d’urgence beaucoup plus prononcé que lors des dernières élections.

« S’il n’obtient pas un président qui arrêtera de piétiner allègrement les syndicats à chaque jour, le mouvement syndical pourrait passer le point de non retour au cours des quatre ou des huit années à venir », affirme le blogueur, lui-même ancien président de la National Writers Union.

C’est que l’issue du scrutin aura un effet majeur sur le taux de syndicalisation des travailleurs états-uniens, qui a diminué de 50 % dans le secteur privé au cours des 25 dernières années.

L’élection du démocrate Barack Obama permettrait presque certainement l’adoption du Employee Free Choice Act, un projet de loi qui bouleverserait complètement le processus d’accréditation syndicale du pays.

Le projet, qui n’est pas sans rappeler le système québécois, entraînerait la reconnaissance d’un syndicat dans une entreprise dès qu’une majorité d’employés signent une carte de membre. Présentement, les employeurs peuvent exiger la tenue d’un scrutin secret qui se tient d’un seul coup et limite la marge de manœuvre des syndicalistes.

Le Employee Free Choice Act a déjà été proposé par les congressistes démocrates, mais il a été bloqué par une manœuvre d’obstruction au Sénat, ainsi que par une menace de veto de la part de la Maison-Blanche. Avec l’élection d’Obama, la menace de veto présidentiel tomberait et les syndicats pourraient commencer à faire signer des cartes d’adhésion dans les milieux de travail.

Selon le syndicat des employés de services (SEIU), l’effet sur le recrutement serait immédiat. Le SEIU est déjà l’un des syndicats américains qui recrute le plus de nouveaux membres, avec 100 000 adhérents supplémentaires par année. Mais avec la nouvelle loi, il estime que ce nombre passerait à un million de nouveaux membres par année. En additionnant les dizaines d’autres organisations syndicales qui se lanceraient dans la course au recrutement, on parle carrément d’une explosion du nombre de syndiqués.

« Les syndicats considèrent le Employee Free Choice Act comme vital à la survie du mouvement ouvrier », confirmait le Wall Street Journal dans son édition du 1er août dernier.

Le candidat républicain John McCain, lui, ne cache pas son opposition au projet, qui n’aurait aucune chance de voir le jour sous son gouvernement. Un nouveau mandat républicain signifierait donc la continuité d’un modèle qui entraîne une diminution du nombre de syndiqués d’année en année.

C’est pourquoi le mouvement syndical américain se prépare à tout mettre en œuvre pour faire gagner Obama. Même si les sommes qu’il injecte dans la campagne démocrate sont loin d’égaler les contributions des grandes entreprises et des lobbys patronaux, elles demeurent impressionnantes.

Le SEIU à lui seul (qui compte des membres au Québec affiliés à la FTQ) prévoit des dépenses électorales de 85 millions $ pour les scrutins de cet automne, qui combleront le poste de président mais aussi 35 sièges au Sénat. Une partie de l’argent a déjà été dépensé, mais la plus grande part le sera au cours des prochaines semaines. Fait intéressant, une fraction de la somme a été réservée pour l’après-élection, afin de suivre les élus démocrates et s’assurer qu’ils ne dérogent pas à leurs promesses.

Dix millions $ sont même gardés en réserve pour les prochaines courses à l’investiture du parti Démocrate. Si un élu a été financé par le syndicat et qu’il déroge à ses promesses envers les syndiqués, son adversaire lors de la prochaine course à l’investiture recevra une part de ces millions $.

La fédération syndicale AFL-CIO injectera quant à elle 53,4 millions $ dans le cycle électoral de cet automne. Ses syndicats membres y ajouteront leur propre contribution additionnelle, pour un total de 200 à 250 millions $.

Mais la force du mouvement syndical américain n’est pas tant l’argent. Elle est dans le nombre. Les syndicats ont déjà commencé à déployer une véritable armée de bénévoles sur le terrain électoral.

Au SEIU seulement, 1463 syndiqués vont s’absenter temporairement de leur travail dans 25 États pour travailler à temps plein à la campagne électorale. Du côté de l’AFL-CIO, ce sont pas moins de 250 000 bénévoles dans 24 États ciblés qui seront déployés sur le terrain. En une seule semaine, pendant que se déroulait la convention nationale du parti démocrate, l’AFL-CIO a envoyé de la documentation dans plus d’un million de foyers ciblés pour expliquer l’importance d’une victoire d’Obama pour les travailleurs.

Une nouveauté lors des élections de cette année sera le rôle joué par Working America, un organisme fondé par l’AFL-CIO pour regrouper au sein d’une association ouvrière les travailleurs non-syndiqués (et souvent non-syndicables).

L’inscription à Working America est gratuite, mais une contribution volontaire est suggérée. Les membres reçoivent la documentation de la centrale syndicale tout comme les syndiqués. Ils peuvent participer aux séances de formation, aux activités militantes, en plus d’avoir accès à plusieurs services. Mais l’important, c’est que les 2,5 millions de membres de Working America apparaissent maintenant sur la liste d’électeurs de l’AFL-CIO, qui compte bien les mobiliser pour le scrutin.

Il s’agit d’un atout de taille pour Obama, car des études ont montré que l’affiliation à un syndicat changeait le comportement des électeurs.

Selon des chiffres de l’élection de 2004 présentés à la convention nationale du parti, les Démocrates avaient tendance à perdre le vote des Blancs, des chrétiens renés, « born-again » évangéliques, des participants hebdomadaires à la messe, des couples mariés et des gens des régions, SAUF s’ils étaient affiliés à un syndicat.

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