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Improvisation libre
N° 270 - juin 2008
Alex Contras fait le point sur l’après-référendum bolivien
Morales riposte avec un référendum révocatoire
André Le Corre
La crise qui couvait en Bolivie depuis l’adoption d’une nouvelle Constitution en décembre 2007, en l’absence de l’opposition qui avait boycotté ce vote, s’est brusquement envenimée au début de mai. Afin de nous éclairer sur ces événements, l’ONG Développement et Paix et l’Observatoire des Amériques avaient invité, pour une conférence à l’UQUAM le 15 mai dernier, Alex Contreras, ex porte-parole d’Evo Morales et auteur de plusieurs livres.

Pour bien comprendre cette crise il est sans doute utile de brosser un court portrait géographique et politique de ce pays, le plus pauvre de l’Amérique latine.

La Bolivie est située dans ce qu’on appelle l’Amérique andine. Sa population compte environ 9,2 millions d’habitants et est composée de 55 % d’amérindiens, 30 % de métis et 15 % de blancs d’origine européenne. Le gouvernement siège à La Paz, la ville la plus haute du monde, à une altitude de 3 600 mètres. Par contre, la capitale administrative est Sucre (prononcer soucré) du nom d’un général de Simon Bolivar. Au point de vue relief elle comprend un haut plateau à l’est, la Cordillère des Andes la traverse en son centre et à l’ouest se trouve une plaine fertile.

Politiquement, elle est divisée en neuf départements dont les plus riches se trouvent à l’est : Pando, Beni, Santa Cruz et Tarija, dont la situation géographique forme un croissant et à qui on a donné le nom espagnol de Media Luna. Au centre (dans les Andes) sont les départements de La Paz et Cochabamba et à l’ouest Oruro, Potosi et Chuquisaca où se situe la capitale Sucre.

Au niveau national, outre le président et le vice-président, existe un Congrès avec un Sénat et une Chambre des députés. Les départements sont gérés par des préfets et tous sont élus pour cinq ans au suffrage universel.

Depuis longtemps, les quatre départements de la Media Luna, où résident la plupart des blancs et métis, ont développé des tendances autonomistes qui se sont amplifiées avec l’élection d’Evo Morales, premier président amérindien du continent, et de son parti le MAS (Movimiento Al Socialismo). Après l’adoption de la nouvelle Constitution, ils ont décidé, Santa Cruz en tête, d’organiser des référendums où la question était de savoir si leurs électeurs les approuvaient dans leur demande d’un statut autonome. Le premier de ces référendums a eu lieu dans le département de Santa Cruz le 4 mai dernier.

Selon Alex Contreras, qui avait intitulé sa conférence « L’après référendum en Bolivie », le référendum, qui a été gagné avec 85,1 % des voix était légitime car les citoyens y étaient convoqués, mais comme l’a dit le président Morales, il était illégal et inconstitutionnel car il n’avait pas l’aval de la Commission électorale nationale et ne respectait pas la nouvelle Constitution.

Même si ce référendum n’a été gagné qu’avec la participation de 50 % des électeurs et a suscité des réactions violentes d’une partie de la population, il n’en révèle pas moins une tendance sécessionniste dans toute cette région qui représente la moitié du pays. Des référendums semblables auront lieu d’ici la fin de juin dans les trois autres départements de la Media Luna, Pando, Beni et Tarija.

Quel genre d’autonomie revendiquent ces départements ? Selon Alex Contras, « l’autonomie que veut Ruben Costas, préfet de Santa Cruz, englobe le contrôle exclusif des impôts, des terres, des ressources naturelles, de l’éducation, de la migration, de l’eau, de la police et j’en passe ».

Cette définition correspond bien à ce qui se produit actuellement en Bolivie. Le 15 mai, le préfet Ruben Costas s’est autoproclamé « gouverneur » et a créé une assemblée législative. Auparavant, il avait refusé de participer, avec les trois autres préfets de la Media Luna, à une réunion convoquée à La Paz par Evo Morales pour le 12 mai. Lors de cette réunion, le gouvernement a offert aux cinq préfets présents une démarche vers un processus d’autonomie dans le cadre de la Constitution avec une loi spécifique et une modification possible dans la redistribution des profits des produits pétroliers.

Les préfets de la Cochabamba et La Paz ont réagi très froidement à ces propositions. Il faut dire que ces deux préfets envisagent également de tenir des référendums car, politiquement, ils sont dans l’opposition comme les quatre préfets de la Media Luna. Les seuls préfets qui soutiennent le gouvernement sont ceux de l’ouest du pays : Oruro, Potosi et Chuquisaca.

Alex Contreras a abordé le rôle joué par l’ambassadeur des États-Unis en Bolivie. Il juge que celui-ci est très impliqué dans les menées autonomistes des départements riches. Il a souligné que l’ambassadeur Philips Golberg, en poste depuis 2006, a été chef de mission au Kosovo de 2004 à 2006. Curieuse coïncidence !

Le conférencier rappelle que la riposte d’Evo Morales a pris la forme d’un décret signé le 10 mai convoquant toute la population à un référendum révocatoire qui aura lieu le 10 août.

La règle en est simple : pour que président et le vice-président soient révoqués il faudra que le « non » reçoive un pourcentage plus élevé que les 53,74 % obtenus par le président en décembre 2005. Quant aux préfets, il suffira pour qu’ils soient révoqués que le « non » totalise une voix de plus qu’à la dernière élection.

Ainsi Evo Morales a décidé de mettre son poste en jeu ainsi que celui du vice-président et des neufs préfets. Il a ponctué cette annonce de cette déclaration : « La demande que je fais au peuple bolivien est qu’il nous juge et nous oriente, par son vote, sur les divergences qu’ont quelques autorités départementales avec le gouvernement national ».

Quant à la question qui sera soumise à la population elle est très claire : « Êtes-vous d’accord avec la continuité du processus de changement, conduit par le Président Evo Morales Ayma et le Vice-président Àlvaro García Linera ? »

Pour Contreras, ce référendum ne changera rien, Evo Morales sera confirmé dans ses fonctions et la plupart des préfets également. Cependant, ceux ayant obtenu un faible pourcentage de votes à la dernière élection pourraient être menacés. En définitive, le dialogue entre La Paz et les départements reprendra sur de nouvelles bases, chaque camp ayant pris la mesure de la popularité et de la légitimité de l’autre.

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