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Le capitaine Pète-bernier
N° 269 - mai 2008
Les débardeurs de la Côte Ouest demandent la fin de la guerre
Le syndicat fera cesser le travail pendant huit heures
Paul Martineau
Au plus fort de la guerre du Viêt Nam, l’historien Isaac Deutscher, ex-collaborateur à The Economist et boursier de la Fondation Rockefeller, avait réclamé à grands cris que le mouvement syndical américain intervienne pour contrer la machine de guerre américaine.

« J’échangerais toutes les marches pacifistes contre une seule grève des débardeurs », avait-il déclaré lorsqu’interrogé sur les moyens de faire échec à la guerre.

Près de quarante ans plus tard, les débardeurs de la Côte Ouest américaine se préparent à réaliser en partie ce rêve. Réunis autour du slogan « Pas de paix, pas de travail », qu’ils placardent en espagnol et en anglais sur leurs lieux de travail, les membres de l’International Longshore and Warehouse Union (ILWU) préparent un arrêt de travail de huit heures dans les ports de la Côte Ouest pour protester contre l’effort de guerre, le 1er mai.

Fait à noter, les débardeurs protesteront contre la guerre en Irak, qui est de plus en plus impopulaire aux États-Unis, mais aussi contre l’occupation de l’Afghanistan.

Présent uniquement sur la Côte Ouest américaine, l’ILWU est le joueur syndical dominant dans cette région, avec 42 000 membres, en plus des 14 000 membres de sa section autonome en Colombie-Britannique. Leur force d’impact est décuplée par le fait qu’ils travaillent tous dans le secteur névralgique du transport maritime, essentiel à la conduite de la guerre.

La résolution votée par le syndicat condamne la guerre et le gouvernement américain en termes très durs.

« Considérant que l’ILWU a pris l’initiative parmi les syndicats de s’opposer à cette guerre sanglante et cette occupation pour une domination impériale », et « considérant que plusieurs syndicats et la vaste majorité de la population américaine s’opposent maintenant à cette guerre bi-partisane et injustifiable en Irak et en Afghanistan », le syndicat décrète qu’il est temps de passer à une nouvelle étape, plus « puissante ».

La résolution adoptée par une vaste majorité de délégués lors d’une instance de l’ILWU demande non seulement la fin de la guerre mais un retrait complet des troupes américaines du Moyen-Orient.

Des résolutions semblables avaient été proposées dans les congrès du syndicat depuis le début de l’invasion de l’Irak. Elles avaient toujours été rejetées au moment du vote. Cette fois, c’est l’intervention vigoureuse de vétérans de la guerre du Viêt Nam lors des débats entre syndiqués qui a fait pencher la balance en faveur de la résolution.

Le syndicat a lancé un appel à toutes les autres organisations ouvrières du pays afin qu’elles se joignent à eux pour un arrêt de travail le 1er mai. S’ils ont reçu plusieurs félicitations enthousiastes, il semble que peu de syndicats aient décidé de suivre leur exemple. La Fédération californienne des enseignants a toutefois déclaré récemment qu’elle allait appuyer toutes les actions de l’ILWU contre la guerre.

Il faut dire que les débardeurs ont l’avantage de pouvoir arrêter le travail sans tomber officiellement en grève. Leur convention collective leur permet de quitter le travail pour une réunion syndicale une fois par mois, s’ils avertissent la direction à l’avance.

L’association des employeurs des installations portuaires a toutefois refusé d’accorder la permission cette fois-ci, même si la demande avait été présentée dans les délais. C’est que le syndicat a besoin d’une permission spéciale de l’employeur s’il veut tenir sa réunion en plein jour plutôt que le soir. Cette permission a souvent été accordée dans le passé, mais les employeurs refusent cette fois la libération des débardeurs pour un événement plus politique.

Le syndicat assure toutefois qu’il fera cesser le travail pendant huit heures le premier mai, peu importe l’opinion de la partie adverse.

Des commentateurs n’ont pas manqué de souligner que les débardeurs ont choisi le premier mai, Fête Internationale des travailleurs, pour mener leur action. Même si la Fête trouve ses origines aux États-Unis, elle n’y est pas célébrée « officiellement ». Mais ces dernières années, les groupes de travailleurs immigrants, surtout latino-américains, se sont mobilisés à cette date pour faire valoir leurs droits. Leurs manifestations massives ont remis le 1er mai au goût du jour.

Par un heureux hasard, la date cadre aussi avec l’approche de la fin de la convention collective des débardeurs de l’ILWU, qui vient à échéance le 1er juillet, soit exactement deux mois plus tard. La dernière ronde de négociations dans les ports de la Côte Ouest avait eu lieu en 2002, dans la période entre le 11 septembre 2001 et l’invasion de l’Irak. L’administration Bush avait menacé d’envoyer l’armée sur les docks pour des raisons de « sécurité nationale » reliées à la « guerre au terrorisme » si les débardeurs perturbaient le travail.

Lorsque les employeurs ont mis les débardeurs en lock-out, la Maison-Blanche a finalement choisi de ne pas envoyer la troupe. Elle a plutôt forcé un retour au travail dans des conditions favorables à la partie patronale.

Jusqu’à présent, la perturbation de huit heures annoncée pour le premier mai n’a pas entraîné de telles menaces de la part des autorités gouvernementales fédérales ou Californiennes.

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