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La 3e langue de la ministre
N° 268 - avril 2008
Le gouvernement fédéral a été obligé de réembaucher
L’attrition n’est pas la solution à tous les problèmes
Pierre Dubuc
C’est un des plus importants syndicats au Canada, mais il est méconnu au Québec où il compte pourtant près de 25 000 membres. Au total, l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) regroupe environ 165 000 membres au Canada, dont 140 000 dans la fonction publique fédérale avec ses différentes agences (postes, revenu, inspection des aliments). Nous avons rencontré son président, John Gordon, en marge d’un colloque qu’organisait l’AFPC à Montréal sur l’égalité des chances pour les minorités visibles.

John Gordon ne correspond pas à l’idée préconçue qu’on pourrait se faire du président du syndicat de la fonction publique fédérale. D’abord, John est Écossais d’origine, établi au Canada depuis maintenant trente ans. Puis il est plombier de son métier, ce qui ne colle pas tout à fait à l’image classique du fonctionnaire mais illustre bien le large éventail des métiers et professions regroupés au sein de l’AFPC.

À partir de son poste de plombier aux travaux publics à Toronto, il a gravi les échelons de son organisation syndicale. Après six ans à la vice-présidence, il est élu président en 2006. Est-ce par la nature de son poste ou par intérêt personnel – sans doute un peu des deux – mais John Gordon s’intéresse de près à la chose politique. À la politique canadienne, bien entendu, car les décisions du gouvernement fédéral ont un impact considérable et direct sur ses membres.

À la politique québécoise aussi qu’il suit de près malgré la barrière linguistique. Cela n’est sans doute pas étranger à la percée réalisée par l’AFPC auprès des assistants de recherche dans les universités québécoises. Pour expliquer ce succès qui a vu l’ajout de 7 000 nouveaux membres, John a une réponse toute simple : « Nous avons tiré les leçons de nos succès dans ce secteur en Ontario et les avons proposées au Québec. Les gens ont vu que nous offrions davantage que les autres organisations syndicales ».

John Gordon s’intéresse également à la politique américaine. Lors de notre rencontre, il supputait les chances respectives de Hillary Clinton et de Barack Obama. Qui serait le mieux placé pour battre John McCain ? Une question importante étant donné que le résultat des élections américaines aura des incidences sur la politique canadienne et, par voie de conséquence, sur la fonction publique.

Au Canada, la présence d’un gouvernement minoritaire ne favorise pas les négociations en cours des 80 000 fonctionnaires avec les agences fédérales. « C’est jamais facile de négocier avec le gouvernement, mais c’est pire avec un gouvernement minoritaire. Les préparatifs électoraux occultent tout le reste », nous avoue-t-il.

Pourtant, la liste est longue des sujets sur lesquels l’AFPC voudrait enclencher des discussions. Il y a, bien entendu, les conditions salariales et de travail, mais aussi les questions linguistiques, les programmes de formation pour faire face aux pénuries de main d’œuvre, la sous-traitance, la déréglementation, les privatisations. « Une de nos priorités est la défense des services publics », nous explique-t-il en soulignant qu’il fait cause commune sur cette question avec les syndicats québécois de la fonction publique.

Les questions de justice sociale figurent en haut de liste des préoccupations de l’AFPC et, à plusieurs reprises au cours de notre entretien, John Gordon citera les conditions déplorables des communautés autochtones du Grand Nord. « Ça s’apparente au tiers-monde », lancera-t-il.

John parle aussi avec passion de programmes de garderies pour les familles, du droit des étudiants d’aller à l’université sans s’endetter et de services pour les personnes âgées. Alors qu’au Québec, on se tourne tout naturellement vers le gouvernement québécois lorsqu’on aborde ces sujets, John Gordon interpelle tout aussi naturellement le gouvernement fédéral. C’est la réalité des deux nations.

Il n’est pas étonnant, étant donné la nature de ces revendications, que l’AFPC incite ses membres à s’engager au plan politique et qu’elle mette en place des programmes d’éducation politique à leur intention.

« Nous ne donnons pas d’appui direct à aucun parti politique, mais nous cherchons à identifier quels sont les enjeux importants, les partis qui y répondent le mieux et qui sont les mieux placés pour faire avancer nos positions et celles des travailleuses et des travailleurs », nous signale-t-il. « Par exemple, enchaîne-t-il, nous appuyons le Bloc Québécois lorsqu’il propose une loi anti-scab. Cela correspond tout à fait à nos valeurs. »

John Gordon reconnaît que le mouvement syndical traverse des moments difficiles. « Le secteur privé est durement frappé par les licenciements et les fermetures d’usines. Pour notre part, nous avons récupéré bon nombre des quelque 40 000 emplois perdus dans la fonction publique entre 1985 et 1995. D’une part, nous avons recruté dans de nouveaux secteurs. D’autre part, le gouvernement fédéral a été obligé de réembaucher. C’est facile de se débarrasser du personnel, mais le travail reste à faire. »

« Le mouvement syndical doit aussi composer avec les ravages de l’individualisme chez la jeune génération. Il faut leur enseigner nos valeurs syndicales. Il faut revoir comment on rejoint nos membres, comment on travaille avec les autres organisations syndicales. Ce n’est que de cette façon qu’on pourra freiner le déclin. »

« C’est dans cette perspective, nous dit John, que l’AFPC organise de grandes conférences nationales pour savoir ce que les membres attendent de leur syndicat afin que celui-ci puisse être à l’avant-garde du mouvement syndical. » Des conférences comme celle à laquelle il participait lors de notre rencontre à Montréal.

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