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La 3e langue de la ministre
N° 268 - avril 2008
En Bretagne, il n’est bon boire d’eau qu’en bouteille
15 millions de porcs, c’est 500 000 tonnes de déjections
Denise Proulx
Premier parc d’élevage de la France où s’y concentrent 60 % de tous les porcs, 40 % de tous les poulets et 20 % de tous les bovins consommés, la Bretagne vit en eaux troubles !

La région connaît de sérieux problèmes de pollution de ses cours d’eau et de ses nappes souterraines, ceci sans parler de son littoral atlantique qui est envahi par des algues vertes et qui met à mal les économies touristiques et d’élevage de coquillages. L’eau à boire n’est qu’en bouteille !

L’équation est simple : sur une superficie d’a peine 6 % du territoire français qui accueille trois millions de Bretons, quelque 15 millions de porcs y sont élevés par année, laissant derrière eux du lisier qui pollue autant que les rejets de 100 millions d’habitants.

Dans cette partie du nord-ouest de la France, le drainage moyen annuel des sols s’établit à 300 mm, soit l’équivalent de trois millions de litres par hectare. « C’est 500 000 tonnes de surplus de déjections qui partent vers les rivières. Les sols sont saturés d’azote, de phosphore, de pesticides et d’antibiotiques. La Bretagne est une région sinistrée en matière d’approvisionnement local en eau potable », a lancé Gérard Borvon, porte-parole du groupe S-Eau-S de France, en visite au Québec à l’invitation de la Coalition Eau Secours, dans le cadre du colloque « La Bretagne crie au secours ! ».

« Nos sols agricoles accusent des concentrations de fertilisation avoisinant les 2 000 parties par millions (ppm), ce qui dépasse de 15 fois les besoins réels des plantes. Nous vivons sur une véritable bombe écologique », rajoute son collègue Jean-Paul Guyomarc’h, qui dirige le regroupement Eau et rivières de Bretagne.

Les deux militants n’ont pas lésiné sur les avertissements aux Québécois. « Chez nous, les familles ne boivent pas cette eau et se rabattent presque tous sur l’eau embouteillée. Une famille doit débourser près de 700 Euros (1000$) par année pour avoir accès à de l’eau propre. Si vous n’y prenez pas garde, vous vivrez la même situation dans peu de temps », ont-ils répété tout au long de leur séjour.

À l’image de l’eau potable bretonne qui se fait de plus en plus rare, celle des régions de la Montérégie, de Chaudière-Appalaches et de Charlevoix ne cesse en effet de se détériorer.

Le gouvernement du Québec le sait depuis longtemps, mais tarde toujours à imposer des changements dans les modes d’élevage pour éviter une catastrophe équivalente à celle que vivent les Bretons.

Pire, les fonctionnaires du MAPAQ sont de chauds partisans de l’augmentation des cheptels de porcs pour affronter les problèmes structurels et encouragent les producteurs laitiers à adopter le modèle de gestion de fumier sur lisier, bien que la pratique connue chez les éleveurs de porcs a clairement démontré ses impacts négatifs en matière d’environnement.

Un petit rappel de cette indifférence. Dès 1994, des rapports d’analyse de la contamination de l’eau de certains bassins versants, dont celui de la rivière Saint-François, en Montérégie, identifiaient une pollution grave au phosphore, à l’azote et autres pesticides, susceptibles de causer des casse-têtes à plusieurs municipalités en matière d’approvisionnement sécuritaire en eau potable.

Depuis l’an 2000, la Direction générale de la santé publique du Québec ne cesse de publier des études sur la problématique de la contamination de l’eau de surface sur les territoires à forte production porcine.

Les inquiétudes exprimées par la Direction de la santé publique de la région Chaudière-Appalaches lors des audiences publiques du BAPE en 2003, ont été remises à l’ordre du jour avec des études scientifiques dirigées par des biologistes du MDDEP en 2005 et 2007.

Les réactions du Conseil des ministres ? Rien. Ou plutôt, des décisions à la pièce pour endiguer la panique populaire avec la crise des cyanobactéries.

Sans grand effet d’ailleurs : en décembre 2007, le MDDEP identifiait plus de 260 cours d’eau et lacs affectés par les cyanobactéries. Avec obstination, la ministre Lyne Beauchamp et ses fonctionnaires continuent à minimiser la responsabilité des élevages intensifs dans cette crise.

Tout au mieux, dans le dernier budget, la ministre des Finances et du conseil du Trésor réservait une somme de 13,5 millions de dollars sur cinq ans pour la création d’un Bureau québécois sur la connaissance de l’eau, afin de réaliser des inventaires des eaux souterraines.

Rien pour répondre à la recommandation du Rapport Pronovost de la Commission sur l’agriculture et l’agroalimentaire québécois qui suggère que le MDDEP « dresse un état de situation complet sur la qualité de l’eau au Québec pour la période 2007-2009 et que cet état de situation soit ensuite périodiquement tenu à jour ».

Alertés par les Bretons, les militants de la Coalition Eau Secours promettent de ne pas lâcher prise sur la nécessité de changer de cap, en matière d’agriculture.

Ils exigent du gouvernement et des producteurs agricoles des mesures pour favoriser une meilleure cohabitation entre activités agricoles et protection de l’eau. « Au-delà de la langue de bois utilisée en Agriculture et en Environnement, au-delà des perceptions, et pour le bien-être de l’ensemble de la population québécoise, oeuvrons ensemble afin d’éviter le pire de s’exclamer madame Martine Ouellet, vice-présidente de la Coalition. Il ne faut pas que le Québec laisse son agriculture rendre indépolluable l’eau brute servant à la production d’eau potable ».

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