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La 3e langue de la ministre
N° 268 - avril 2008

Tassez-vous ! Québec en forme et la Fondation sont là !
Mireille Proulx*
Subventionné par les gouvernements, Chagnon a fait grossir son entreprise Vidéotron à même nos deniers, il l’a ensuite vendue à gros prix à Péladeau. Il a alors empoché des sommes colossales qu’il a décidé de réinvestir entre autres, dans une fondation. Pourquoi une fondation ? Parce qu’ainsi, une grande partie de son argent est à l’abri du fisc. Charité bien ordonnée commence par soi-même.

Ainsi, sous des airs de mécène, maintenant, cette fondation dit vouloir investir en éducation. Pour entrer dans nos écoles, elle est passée par le programme gouvernemental Québec en forme « dans lequel elle disait investir 400 millions sur 10 années. »

Grande générosité, n’est-ce pas ? C’est toutefois une générosité assortie d’une condition, soit que le gouvernement investisse le même montant. On comprend donc que ce dit programme est financé à même nos deniers publics encore une fois.

Chagnon est un philanthrope intéressé. Oui, il investit 400 millions en éducation mais il impose ses directives : « Vous allez faire comme je veux que vous fassiez. » N’est-ce pas encore quelqu’un qui s’immisce dans l’enseignement et qui veut nous dire comment faire pour que ça réussisse ?

Chez nous, le « comment faire » s’est fait sentir à deux niveaux : soit par des périodes dans la grille-horaire au préscolaire et par des activités sur l’heure du dîner ou par des activités parascolaires, donc en-dehors de la grille-horaire. Du moins, c’est l’impression que ça donne.

Impression parce que le gymnase n’est plus accessible à personne après les heures de cours… Tel enseignant aimerait faire de l’improvisation au gymnase… impossible « Québec en forme et la fondation » sont déjà là… Telle enseignante en éducation physique voudrait mettre en place une activité parascolaire, tâche oblige. Eh bien, ce n’est pas possible lundi, mardi et mercredi ! Jeudi, elle en fera deux, bout à bout ! Son temps sera fait ! Comment se fait-il que nous n’ayons pas préséance ?

Ce n’est pas la première fois que nous parlons de cette fondation et ses projets dans notre commission scolaire. Mais à chaque année, tout à coup, j’apprends que des enseignantes et enseignants en éducation physique doivent soit « s’organiser » pour être présents en même temps que les formateurs de la Fondation s’ils veulent que les heures qu’ils font en parascolaire finissent par se faire, soit qu’ils se déplacent dans les espaces-temps laissés vacants à la fin de la semaine.

Il y a quatre ou cinq ans maintenant, j’ai appris par une personne siégeant au comité d’action locale que j’avais été consultée! Pourtant, dans les faits, quand j’ai appris l’entrée de la Fondation dans certaines de nos écoles, le sujet avait déjà été abordé en Conseil d’établissement dans les écoles touchées.

Des résolutions avaient été prises, entre autres, d’investir des sommes d’argent pour le transport parce que, faut-il le dire, c’était une obligation pour que le projet s’impose alors dans nos écoles. Par la suite, j’ai eu de l’information, certes, mais le projet avait pris son envol. Depuis ce temps, je me demande à quand une salle Chagnon dans notre commission scolaire.

Bien entendu, tout cet argent, ces millions sont alléchants. Mais si cette fondation voulait vraiment jouer les mécènes, elle investirait dans l’éducation sans imposer sa loi, ses conditions, ses activités, ses formateurs, ses heures. Mais il ne peut en être ainsi puisqu’en réalité, c’est un PPP que la commission scolaire a laissé entrer dans la sphère de l’éducation. Un autre acteur qui, parce qu’il a usé ses fonds de culotte sur les bancs d’école, pense pouvoir nous dire comment faire. De cet argent commandité, on ne veut plus.

*L’auteure est vice-présidente du Syndicat de l’enseignement de Champlain

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