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Petit sarko, grand paul
N° 267 - mars 2008
Comment expliquer la fécondité des Québécoises de 1870 à 1970 ?
C’est la faute au péché mortel
Stéphanie Beaupied
À la fin du 19e siècle, le Québec affiche un des taux de fécondité parmi les plus élevés en Occident. Il faut attendre les années 1960 pour voir une baisse spectaculaire de près de 50 % des indices de fécondité. Comment expliquer ce parcours original des Québécois ? L’ouvrage La fécondité des Québécoises 1870-1970 tente des explications en allant puiser dans les discours cléricaux et natalistes en plus de se servir de sources orales.

Il faut comparer les Franco-catholiques et les Anglo-protestants de Montréal pour comprendre la situation des quartiers ouvriers francophones. De 1850 jusqu’aux années 1950, les Franco-catholiques ont des taux de mortalité infantiles de plus de deux tiers supérieurs aux Anglo-protestants. Les Anglophones de Montréal affichent quant à eux une fécondité réduite et des taux de mortalité infantile faibles. Sans s’attarder sur cet aspect, les auteurs de cette étude historique centrent leur explication du côté de l’influence du discours religieux.

L’Église catholique condamnera tous les moyens de contraception comme un acte souillant l’âme d’une « faute grave ». Toutes les méthodes contraceptives seront considérées comme un « péché mortel ». C’est seulement dans les années trente que la méthode des chercheurs Ogino et Knauss du cycle de la femme sera connue. Aujourd’hui encore, seulement la méthode Ogino Knauss est permise par l’Église catholique. Elle sera largement utilisée par les femmes catholiques.

À l’inverse, chez les Protestants, les questions de sexualité sont laissées selon le bon jugement des pratiquants si bien que des moyens de contraceptions plus sûrs (condom, diaphragme) sont distribués par les médecins et les hôpitaux anglophones Royal Victoria et Montreal General. Ces hôpitaux pratiquaient aussi des stérilisations.

Quant aux médecins francophones, ils étaient de connivence avec la doctrine. Pour eux, la contraception n’était pas de leur domaine, mais bien de celui des prêtres ! Les hôpitaux dirigés par les religieuses étaient bien stricts là-dessus. Même dans les cas où accoucher une fois de plus mettrait la vie de la femme en danger ou bien en cas de détresse psychologique, les médecins catholiques ne pratiquaient ni interventions ni faisaient d’éducation auprès des femmes. Tout cela était du domaine des prêtres et il fallait l’autorisation de ceux-ci pour intervenir.

La fermeté de la doctrine catholique allait mener à des stratégies cachées pour empêcher la famille. Comme la méthode Ogino est incertaine et injuste pour les femmes irrégulières, d’autres moyens ont été utilisés dont celle du coït interrompu. C’est le moyen de contraception le plus utilisé dans le monde avant l’arrivée des méthodes mécaniques.

Les francophones ont quant à eux sauté une étape ! L’arrivée de la pilule dans les années 1960 a créé une vraie commotion et beaucoup d’attente envers l’Église catholique. De 1964 à 1968, suspense, l’Église accordera-t-elle le droit a la pilule ? Le 29 juillet 1968 La Presse titrait finalement « NON À LA PILULE ».

Mais le glas de l’Église avait déjà sonné ! Les hésitations du pape avaient créé un espace de liberté et de pensée critique. Les pratiques religieuses dégringolent. La pilule contraceptive permet désormais aux femmes de contrôler leur sexualité. Dans la seule décennie de 1960, les familles québécoises passent de 4 enfants à 2 enfants.

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