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Petit sarko, grand paul
N° 267 - mars 2008
L’époque des photos de filles nues dans les bureaux est révolue
Les gars étaient prêts à élire une présidente féministe
Pierre Dubuc
C’était en 2000. À la Baie-James où je travaillais comme technicienne en télécommunication. Il fallait élire quelqu’un à la présidence. Je lève ma main. Trois gars font de même. J’ai gagné avec 70 % des votes. Je me suis dit : “ Les gars sont prêts ” », me déclare Josée Durand, celle qui jusque-là était considérée comme la « féministe de service ».

En 2005, c’est la présidence nationale du Syndicat des technologues d’Hydro-Québec (Local 957 SCFP-FTQ) qu’elle convoite. Elle fait face à des opposants de qualité. Néanmoins, elle gagne avec 68 % des voix lors d’une élection qui se caractérise par un fort taux de participation des 2 500 membres de ce syndicat dont à peine 5 % sont des femmes.

« Les filles étaient contentes », nous déclare avec fierté cette mère d’un enfant de trois ans et demi, dont le « chum » travaille à la Baie James pendant qu’elle s’occupe des affaires du syndicat à Montréal.

Josée se rappelle les batailles menées auprès de ses collègues pour faire enlever les photos de filles nues dans les bureaux des gars, mais surtout de celles auprès de la direction d’Hydro-Québec pour avoir des bottes, des gants, des manteaux, des casques de sécurité adaptées aux femmes.

Malgré les efforts déployés, elle reconnaît qu’il y a toujours de la discrimination à l’embauche. « Des femmes se font demander en entrevue si elles ont peur de l’électricité ! », raconte-t-elle en disant ne pas trop comprendre pourquoi la question est posée uniquement aux femmes parce que, lance-t-elle avec un grand éclat de rire, « tout le monde devrait avoir peur de l’électricité. C’est dangereux ! »

Qu’elle se retrouve à la présidence tient évidemment à ses qualités personnelles, mais aussi aux efforts déployés par ce syndicat pour tenir compte de la situation spécifique des femmes. Ainsi, la présidence – que ce soit un homme ou une femme – a droit à un logement de fonction à Montréal. Les frais de garde sont remboursés s’il y a réunion le soir mais, surtout, on essaie de ne pas tenir de réunion après 16h30.

« Cela s’applique aussi avec l’employeur, précise Josée. On refuse de les rencontrer le soir. Au début, ils rechignaient, mais ils ont compris. »

Avec les progrès scientifiques, le métier de technologue à Hydro-Québec est en pleine transformation. « Le métier est plus cérébral, explique Josée. Il y a plus d’ordinateurs que de coffres à outils ».

Une grande part du travail peut maintenant se faire à distance, ce qui a pour effet de créer des emplois à Montréal et en fermer dans les régions. Contrer le phénomène est un des dossiers prioritaires de la présidente du 957.

« Hydro, rappelle-t-elle, n’est pas une entreprise comme une autre. Elle a une mission sociale, dont le maintien de l’emploi en région. »

Mais il y a aussi des raisons plus prosaïques. « Parfois, le système plante. Et il faut des gens sur place pour débloquer le tout. Ça ne peut pas toujours se faire de Montréal. » C’est un argument de poids pour le maintien de l’expertise en région.

La valorisation du travail du technicien en région, mais aussi de façon générale, est donc une priorité pour le syndicat. « Le type de reconnaissance inscrit dans notre convention collective date de vingt ans. Le métier a évolué depuis », constate Josée.

Cette mise à jour est d’autant plus importante que la relève de la garde est en vue. « La moyenne d’âge de nos membres est de 49 ans. Plusieurs partiront à la retraite au cours des prochaines années », nous dit une Josée Durand dont l’exemple servira sans doute à attirer plus de femmes dans la profession. Des femmes qui n’ont peur ni des hommes… ni de l’électricité !

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