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Petit sarko, grand paul
N° 267 - mars 2008

Le mot « femme » est un passe-partout avec le mot « fille »
Louky Bersianik
Il serait intéressant de voir un tab1eau comparatif de la misogynie, entre les langues. J’ai une amie qui prépare actuellement un Dictionnaire de la misogynie par ordre alphabétique d’auteurs, une sorte de Manuel de la Boursouflure... C’est sans contredit dans les dictionnaires des proverbes de tous les pays, des sentences et des maximes de tous les peuples, c’est aussi dans les dictionnaires des citations, qu’elle a trouvé les plus beaux spécimens de ce phénomène universel.

Et ce qui m’a le plus frappée, dit l’Euguélionne, ce n’est pas la Boursouflure de ces auteurs – je commence à m’y faire – c’est, à travers les siècles, leur impérieuse injonction adressée aux femmes de se taire, jointe à leur affirmation quasi désespérée par son extrême insistance que le génie est essentiellement masculin. N’est-ce pas cocasse ?

C’est alors que j’ai compris la muette. Vous savez, cette petite voyelle en forme d’e muet qui se place à la fin des mots féminins ? Elle est toujours mise entre deux parenthèses invisibles. Elle signifie le mutisme de la femme. Elle a pour but principal de dire à la femme, ainsi que le Golem-Gong sur ma planète : Sois belle et tais-toi.

Voilà pourquoi votre femme est muette, ai-je ajouté mentalement. Mais la voyelle muette qui caractérise le féminin doit rester muette. On pourrait l’appeler la Voix des Femmes ou la majorité silencieuse de votre société.

La langue est si avare à l’égard des femmes, non pour les qualifier - ça, elle ne s’en prive pas ! Mais pour les substantiver. Le mot femme est un passe-partout avec le mot fille qui désigne successivement le sexe, la filiation, la virginité, le célibat et la prostitution.

Voilà pourquoi, messieurs, dit l’Euguélionne, voilà pourquoi vos femmes sont muettes. Muettes, muettes, muettes, muettes, muettes ! À l’infini. Mortellement. Comme si on leur avait coupé la langue. Mais ne croyez pas qu’elles soient sourdes ! Elles ont d’immenses Oreilles pour vous Écouter, ai-je remarqué avec stupéfaction, elles ont de Gigantesques Oreilles à l’infini, accumulées depuis le début des temps.

Louky Bersianik […], L’Euguélionne (1976)

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