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Petit sarko, grand paul
N° 267 - mars 2008
En dessinant sa figure, il a dessiné celle du Québec
Le docteur Denis Lazure, médecin et militant
Pierre Dubuc
Il n’y a d’espoir que dans l’action. Et la seule chose qui permet à l’homme de vivre, c’est l’acte… Un homme s’engage dans sa vie, dessine sa figure, et en dehors de cette figure, il n’y a rien. » C’est avec cette citation de Jean-Paul Sartre que le docteur Denis Lazure conclut son autobiographie « Médecin et citoyen, Souvenirs » publié en 2002 aux éditions Boréal.

« Je suis homme d’action, écrit-il. Mais cette action, je la vois associée en couple avec la réflexion. L’une alimente l’autre, mais c’est par ses actes beaucoup plus que par sa réflexion ou ses paroles qu’on reconnaît l’apport social d’un individu. »

De ces « actes », le docteur Lazure en a parsemé la société québécoise. En « dessinant sa figure », il a dessiné une grande partie de la figure du Québec moderne. À titre de psychiatre, il a été un des artisans de la révolution en psychiatrie. Comme ministre des Affaires sociales, il a piloté la loi sur les personnes handicapées, instauré l’avortement thérapeutique dans les hôpitaux, mis sur pied le réseau des garderies. Son apport est immense. D’autres sauront le décrire mieux que moi.

J’ai toujours pensé que « Médecin et militant » aurait été un titre plus approprié que « Médecin et citoyen » pour son autobiographie. Car l’engagement social du docteur Lazure est repérable à travers toutes les périodes de sa vie.

C’était d’ailleurs en reconnaissant ce militantisme que je lui avais proposé lors de la campagne référendaire de 1995 de tenir une chronique dans les pages de l’aut’journal. Ce qu’il avait accepté avec enthousiasme. Par la suite, nous avions gardé le contact.

Au lendemain des élections de 2003, marquées par la défaite du Parti Québécois et un score anémique de la gauche, j’en étais venu à la conclusion qu’il fallait recréer la grande coalition souverainiste au sein du Parti Québécois et que la formule des clubs politiques, empruntée au Parti socialiste français, pouvait en être la forme.

Tout naturellement, j’ai pensé en discuter avec le docteur Lazure dont j’avais noté qu’il s’inquiétait dans ses « Souvenirs » de « la quasi-absence de relève à l’intérieur de l’aile gauche du parti ».

L’idée emballe immédiatement le docteur Lazure qui s’empresse de la présenter à son grand ami Bernard Landry. Avec sa diligence habituelle, le docteur Lazure organise une rencontre avec le chef du Parti Québécois. Six mois plus tard, était créé le club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre) que le Parti Québécois accueillera en son sein à son congrès de 2005 en modifiant ses statuts.

Le docteur Lazure a été un des premiers à prendre sa carte de membre. Jusqu’à ce que la maladie l’en empêche, il participera à nos activités. À chaque étape, il nous prodiguait ses judicieux et précieux conseils.

Le docteur Lazure comprenait également l’importance du développement d’une presse libre et indépendante. Il y a quelques mois, peu avant la période des Fêtes, il prenait l’initiative de rédiger une lettre personnelle à tous les députés du Parti Québécois pour les inviter à s’abonner à l’aut’journal. Toujours les actes qui suivent la parole.

Après que sa conjointe Anne-Marie nous eût appris son décès, j’ai tiré de ma bibliothèque ses « Souvenirs » et m’y suis replongé. J’y ai retrouvé l’origine des idées social-démocrates qu’il a défendues toute sa vie. On ne s’étonnera pas qu’elles trouvent leur source dans l’action sur le terrain.

Elles viennent en grande partie de voyages qu’il a effectués tout au long de sa vie. Au départ, dans les pays l’Est, particulièrement lors d’un séjour de plusieurs semaines à Prague en 1950 lors d’un congrès étudiant où il était délégué de la Fédération nationale des étudiants des universités canadiennes. Il s’émerveille alors de l’abondance des activités sociales et sportives à la disposition des étudiants, du réseau de garderie, souvent en milieu de travail, du statut social plus évolué de la femme.

À la même époque, il visite les pays scandinaves où il fait sienne cette idée d’une solidarité sociale basée sur la concertation entre patronat et syndicats.

A printemps 1960, il sera en Chine avec Madeleine Parent, Jacques Hébert et Pierre Elliot Trudeau. Il écrit : « Madeleine Parent et Norman Bethune représentent, pour moi, l’engagement social porté à son zénith ! »

Au retour, il part avec sa famille pour pratiquer à Haïti, où il est le seul psychiatre du pays. C’est là que sa carrière se décide. « Pratiquer la psychiatrie dans un milieu aussi défavorisé offre au jeune psychiatre en voie de devenir psychanalyste que je suis une perspective de son métier radicalement différente. Cette expérience, venant peu après le choc de la Chine et avant l’enquête dans les hôpitaux psychiatriques du Québec, aura grandement contribué à donner un coup de barre décisif à mon orientation professionnelle et à me faire privilégier l’action pouvant entraîner des changements non plus seulement dans la psyché d’un individu, mais au sein de groupes et de collectivités. D’où mon choix futur de l’administration publique et, plus tard, de la politique. »

Ce choix de l’action - où la réflexion n’est jamais absente - le docteur Lazure l’a maintenu jusqu’à la fin. Hier encore, il était une des figures de proue de la lutte contre la construction de deux méga-hôpitaux à Montréal.

Dans cette conjoncture particulièrement difficile de notre histoire, où les perspectives pour notre lutte de libération nationale et sociale sont floues et les tentations de démissions nombreuses, nous avons intérêt à nous inspirer de l’héritage que nous lègue le docteur Denis Lazure.

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