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Un sauveur nous est né
N° 265 - décembre 2007
800 ambulanciers-paramédics ont une urgence à régler
En pénurie chronique et à bout de patience
Marc Laviolette
Avec 339 000 appels d’urgence annuellement et une croissance de 3,5 % par an de ce volume, une convention collective échue depuis juin 2005, leur salaire gelé depuis 2004, un titre d’emploi sous-évalué et en manque de valorisation, une pénurie chronique d’ambulanciers et un taux important d’heures supplémentaires, les 800 ambulanciers-paramédics de Montréal-Laval CSN sont à bout de patience.

Sous le thème « On a une urgence à régler » ces derniers ont intensifié les manifestations de visibilité en novembre dernier. On a pu les voir au centre-ville de Montréal, aux abords du pont Jacques-Cartier, à l’angle des rues Université et René-Lévesque. « Nous voulons que la population comprenne le fond de nos revendications. C’est pourquoi nous tenons ces manifestations d’information à la population, mais si le ministre Couillard ne donne pas les mandats nécessaire au Conseil du Trésor pour faire débloquer la négociation sur les aspects monétaires, nous sommes déterminés à intensifier nos moyens de pression », confiait à l’aut’journal, Réjean Leclerc, président du syndicat.

Jusqu’ici, le normatif est pratiquement réglé et il n’y a eu qu’une seule rencontre avec le Conseil du Trésor prévue pour le début novembre. Depuis, le syndicat est en attente et la colère gronde chez les membres. « Chaque jour, vous risquez votre vie pour sauver celles des autres. Il va bien falloir qu’on reconnaisse votre rôle à sa juste valeur et pas seulement symboliquement », plaidait Roger Valois, vice-président de l’exécutif de la CSN lors d’une des manifestations des ambulanciers en novembre.

Les ambulanciers paramédicaux de Montréal et de Laval sont actuellement payés entre 16,09 $ et 22,44 $ l’heure et leur salaire est gelé depuis 2004. Contrairement aux employés du réseau de la santé, ils n’ont pas de primes de quart et de fin de semaine. Le syndicat revendique une augmentation salariale de 2 % par année à compter du 1er avril 2006.

Estimant que leur titre d’emploi est sous-évalué et dans le mauvais rangement, ils veulent que le redressement découlant de l’exercice de relativité salariale s’applique à compter du 1er juillet 2009. « La profession a beaucoup changé depuis les années 80. Le travail ne se limite pas au transport vers l’hôpital. Les ambulanciers-paramédics administrent des médicaments et sont responsables de la stabilisation du patient. Ils effectuent certaines manœuvres paramédicales en fonction d’un protocole rigoureux approuvé par le Collège des médecins. De plus, l’ambulancier doit être titulaire d’un D.E.C. (diplôme d’études collégiales) pour exercer sa profession. Tout ça doit être pris en compte pour réévaluer le titre d’emploi », nous confiait Réjean Leclerc, président du syndicat.

« Alors que tous les employés du réseau ont des primes de quart et de fin de semaine, les ambulanciers n’ont pas de compensation pour les inconvénients du travail sur les quarts et fins de semaine. Même réseau, conditions de travail différentes. C’est inadmissible. Nous aussi, nous voulons ces primes », poursuivait Réjean Leclerc.

De plus, le syndicat revendique une prime de rétention. Cette prime devrait permettre de stopper l’exode des ambulanciers-paramédics d’Urgence-santé, aux prises avec une importante pénurie de personnel. « Le journal Le Devoir révélait en novembre dernier, que ce type de prime existait pour les infirmiers en salle d’opération de façon à stabiliser le personnel infirmier affecté à ces tâches stratégiques. Nous sommes à un moment critique. De plus en plus, des ambulanciers-paramédics d’Urgence-santé songent à quitter pour un autre emploi ; ce qui ne ferait qu’aggraver le problème de pénurie », estime le président Réjean Leclerc.

On oublie trop souvent que les ambulanciers-paramédics sont en contact quotidien avec des situations difficiles émotivement, tout comme dans les services d’urgence. Ce quotidien affecte infailliblement la santé psychologique des travailleurs. En 2005, Urgence-santé mandatait le docteur Brian Mishara pour étudier le phénomène de suicide chez ses employés. Son constat est dévastateur : 58 % des travailleurs vivent un niveau élevé de détresse psychologique ; 51 % déclaraient avoir vécu un événement au travail qui les a marqués au point de nuire à leur capacité de travail ; un ambulancier-paramédic sur quatre a déjà songé au suicide. Une des six grandes recommandations du docteur Mishara portait sur l’importance de réduire les heures supplémentaires et d’alléger la charge de travail.

« Si on veut sérieusement assurer le maintien de la qualité et le développement des services préhospitaliers d’urgence, on n’a pas le choix, il faut reconnaître le travail à sa juste valeur. Les bonnes tapes dans le dos, ce n’est pas ce qui va inciter les étudiants et les étudiantes à faire carrière comme ambulanciers-paramédics », prévient Réjean Leclerc.

Le syndicat préhospitalier Montréal-Laval compte parmi les 3 000 ambulanciers affiliés à la Fédération de la santé et service sociaux – CSN.

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