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L'escouade des éditorialistes prend la relève
N° 199 - mai 2001

Washington finance la guerre ethnique dans les Balkans
Michel Chossudovsky
Alors que Washington soutient officiellement la République de Macédoine, en sous-main, le pouvoir américain achemine argent et armements à l'Armée de libération du Kosovo (UCK) engagée dans une guerre frontalière avec les Forces de sécurité macédoniennes. La firme de mercenaires Military Professionnal Resources Inc. (MPRI), sous contrat avec le Pentagone, vient à la rescousse de la Macédoine – dans le cadre d'un programme d'aide militaire américain – afin de «repousser l'agression militaire et défendre le territoire macédonien », tout en conseillant et fournissant de l'équipement militaire à l'UCK, qui est responsable des attaques terroristes ! Dans ce conflit, les États-Unis tirent en quelque sorte les ficelles des deux côtés de la clôture. Dans cette guerre meurtrière, non seulement la Macédoine mais également les terroristes kosovars sont financés par une aide militaire approuvée par le Congrès américain !

L'Armée de libération du Kosovo (UCK) – qui fut officiellement démilitarisée et rebaptisée Corps de Protection pour le Kosovo (CPK) sous les auspices de l'ONU en septembre 1999 – est maintenant impliquée dans de nouvelles attaques terroristes dans le sud de la Serbie et dans la région de Tetovo en Macédoine. Les terroristes opèrent à partir des bases de l'UCK au Kosovo qui sont sous la protection de la Force internationale de paix au Kosovo (KFOR).

Soutenus par les États-Unis, l'UCK et ses mouvements affiliés sont bien équipés en armements. Selon M. Carl Bildt, coordonnateur spécial des Nations unies pour les Balkans, les Forces de sécurité macédoniennes ne sont pas de taille à s'opposer aux rebelles. « La guérilla est une organisation militaire compétente, explique-t-il. Elle possède un noyau de combattants expérimentés, bien préparés et qui, selon toute probabilité, contrôlent une bonne partie de la région. » Mais où l'UCK se procure-t-elle les ressources financières nécessaires à tel déploiement ?

Le terrorisme financé par la Force de paix de l'ONU

Le Sunday Times de Londres (12/03/00) a révélé que « des agents des services de renseignement américains ont admis avoir participé à l'entraînement de l'UCK avant les bombardements de l'OTAN en Yougoslavie ». Une lecture des documents du Congrès américain semble confirmer que l'appui à la guérilla ne fut pas discontinuité et que la CIA continue de soutenir l'UCK. Par ailleurs, malgré les liens avérés de l'UCK avec les groupes criminels impliqués dans le commerce de la drogue dans les Balkans, l'organisation paramilitaire jouit maintenant de l'appui des Nations unies. L'UCK – maintenant rebaptisée CPK – fait partie intégrante des activités de la mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo (MINUK) au titre du « maintien de la paix », ce qui lui permet de recevoir du financement de l'ONU et des gouvernements occidentaux.

La fourniture d'équipements militaires, l'entraînement des forces de l'UCK et la participation de conseillers militaires auprès de l'UCK furent confiés à Military Professional Resources Inc. (MPRI), une firme de mercenaires qui entretient des liens étroits avec le Pentagone. C'est semblable à ce qui s'était produit en Croatie et dans la Fédération musulmane et croate de Bosnie alors que de soi-disant programmes « équipements et entraînements » (Equip and Train) avaient été fournis par le Pentagone. L'aide militaire américaine avait pour objectif de transformer les forces paramilitaires de l'UCK en une armée moderne destinée à servir les objectifs stratégiques de l'alliance des pays occidentaux. Selon le manuel d'entraînement de la MPRI, « les tactiques offensives constituent toujours la meilleure défense ». Cette « doctrine défensive » semblerait être à la base des assauts terroristes menés dans le sud de la Serbie et de la Macédoine.

En 1999, on dénombrait sur le site Web du MPRI « 91 anciens militaires professionnels hautement qualifiés œuvrant en Bosnie-Herzégovine ». Cependant, le nombre de conseillers militaires de la MPRI auprès de l'UCK ne fut pas révélé. Il n'en reste pas moins que le commandant Agim Ceku, de l'UCK, fut préalablement un membre de l'État-major des Forces armées croates, et à ce titre il collaborait depuis longtemps avec la MPRI. Ceku fut impliqué – en étroite relation avec la MPRI – dans la planification de «l'Opération Tempête » en Croatie. Cette dernière devait aboutir au massacre et à l'expulsion de 200000 Serbes de la région de Krajina en Croatie.

Le fait que le commandant Ceku soit un criminel de guerre présumé – selon le Tribunal de La Haye (un organisme qui relève du Secrétaire général des Nations unies) – ne semble toutefois pas constituer une préoccupation majeure pour la dite « communauté internationale » Bien au contraire, le commandant Ceku est détenteur d'un laissez-passer des Nations unies qui lui accorde l'immunité diplomatique au Kosovo. Selon la procureure Carla del Ponte du Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie, la réputation et l'intégrité de Ceku ne sont pas remises en question parce que « les enquêtes du tribunal de La Haye concernent seulement les atrocités commises par Ceku dans la région de Krajina entre 1993 et 1995 et non pas ses activités au Kosovo ».

Derrière cette façade de la diplomatie internationale, on notera néanmoins que M. Kofi Annan, le Secrétaire général des Nations unies, avait approuvé, sous les ordres de Washington et en toute connaissance de cause, la nomination d'un présumé criminel de guerre à l'opération de « maintien de la paix » au Kosovo. Autrement dit, l'ONU finance indirectement le terrorisme, créant ainsi un dangereux précédent. Comme l'écrivait le journal The Observer de Londres (12 mars 2000), « les Nations unies payent les salaires de plusieurs des gangsters de l'UCK », qui sont aujourd'hui impliqués dans les assauts terroristes contre la Macédoine.

Le recyclage des narco-dollars

Le soutien américain n'est qu'une des sources de financement de l'UCK. Différentes organisations islamiques lui ont également procuré argent et armements. Avant 1999, des instructeurs militaires allemands, turcs et afghans entraînaient l'UCK aux tactiques de guérilla. Des mercenaires moujahidins recrutés dans plusieurs pays ont combattu dans les rangs de l'UCK contre les Serbes au Kosovo. Selon le Sunday Times (18/03/2001), les récentes attaques dans la région de Tetovo en Macédoine furent « appuyées par des mercenaires venus d'Afghanistan et d'Arabie saoudite ».

Une documentation abondante révèle également que le commerce de la drogue dans les Balkans sert à financer la guerre ethnique avec la complicité des États-Unis et de l'OTAN. Le recyclage des narco-dollars fait partie intégrante des opérations de la CIA depuis la guerre entre l'Union soviétique et l'Afghanistan. Selon des documents de la DEA américaine – la Drug Enforcement Administration-– « la mafia albanaise entretient des liens avec un cartel de la drogue » basé à Pristina, la capitale du Kosovo. Ce cartel est présumément contrôlé par des Albanais membres du Front national du Kosovo, lié à l'UCK. Les documents de la DEA semblent confirmer qu'il s'agit «d'une des plus puissantes organisations de contrebande d'héroïne au monde » et qu'une partie de ses profits est canalisée vers l'UCK pour l'achat d'armes.

L'ancien agent de la DEA Michael Levine, cité dans le New American Magazine (24/05/99), affirmait 0 « Il y a dix ans, nous armions les moujahiddins en Afghanistan, les trafiquants de drogue, les contrebandiers d'armes, les terroristes anti-américains. Aujourd'hui, nous faisons la même chose avec l'UCK, qui est en liaison avec les cartels de la drogue du Moyen-Orient et de l'Extrême-Orient. L'Interpol, l'Europol et presque tous les services européens de renseignement ou de lutte contre le commerce de la drogue ont des dossiers sur les syndicats de la drogue. Et toutes les pistes mènent directement à l'UCK et aux gangs albanaises de ce pays. »

Pendant que l'aide américaine et l'argent de la drogue prenaient le chemin des coffres de l'UCK, Washington et Bruxelles condamnaient les attaques terroristes contre Tetovo et niaient tout lien entre les attaquants et l'UCK. L'OTAN, pour sa part, s'engageait pour la forme à couper les rebelles de leurs lignes d'approvisionnement avec le Kosovo. Mais, tout en condamnant les terroristes kosovars, l'OTAN – par l'intermédiaire des Nations unies – « soulevait la nécessité urgente que les forces macédoniennes agissent avec retenue ».

Ce double langage est bien entendu une forme de camouflage. Vous condamnez publiquement les terroristes, mais vous les soutenez par le biais de l'UCK avec des armes, des munitions et des conseillers militaires rémunérés à même le trésor public américain.

Financer les deux côtés à la fois

Mais il y a quelque chose d'encore plus terrifiant qui n'a jamais été révélé à l'opinion publique. La guerre dans la région de Tetovo en Macédoine est financée, et par le fait même contrôlée, par Washington des deux côtés de la frontière. Alors que Washington pompe de l'argent dans les coffres de l'UCK, la Macédoine est également récipiendaire de l'aide militaire américaine. La Macédoine est membre de Partenariat pour la Paix (PPP) de l'OTAN et aspire à devenir membre à part entière de l'OTAN.

Le MPRI – ce groupe de conseillers militaires américains sous contrat avec l'UCK – « aide » également les Forces armées macédoniennes dans le cadre d'un soi-disant Programme de stabilité. Ce programme a pour but « de prêter assistance aux Forces armées macédoniennes à repousser une agression armée et, en cas d'échec, de défendre le territoire macédonien ». En fait, la firme de mercenaires américaine a pour mandat de « défendre la frontière » tout en conseillant l'UCK sur la meilleure façon « d'attaquer la frontière » !

N'est-ce pas clair comme de l'eau de roche ? Il s'agit de financer les deux forces en conflit, d'accorder une aide militaire à l'une et de financer l'autre. Puis, de les encourager à se battre ! C'est un jeu sinistre dans lequel l'UCK a l'avantage, alors que ses différentes sources de financement dépassent largement le soutien financier apporté par les États-Unis à la Macédoine.

Un ordre du jour caché

De quel genre de guerre s'agit-il ? En fait, si cette guerre meurtrière se poursuit, elle mènera inévitablement à une montée des haines ethniques frappant de plein fouet la population civile. Il en résultera une déstabilisation politique à la fois en Macédoine et en Yougoslavie, donnant ainsi un prétexte à Washington et à l'OTAN pour intervenir en faveur du «maintien de la paix ».

Le but inavoué vise également à amener la population albanaise de Macédoine à soutenir ou à devenir membre de l'UCK. En d'autres mots, le financement d'une guerre ethnique constitue un moyen pour Washington d'atteindre des objectifs économiques, stratégiques et géopolitiques.

Entre temps, la dite « communauté internationale » – prévenue de la possibilité d'un « désastre humanitaire » – a envoyé ses observateurs et experts avec le mandat de protéger les droits sociaux et politiques de la minorité albanaise de la Macédoine. Cette intervention ne remet pas pour autant en question les fondements de l'aide militaire américaine à l'UCK. Elle tend, au contraire, à exacerber les conflits socio-ethniques en Macédoine tout en procurant une légitimité à l'UCK.

Alors que Washington continue à soutenir les terroristes en coulisse, l'alliance militaire se présente comme médiateur et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), jette le blâme sur le gouvernement de Skopje en demandant que « les autorités légales de la République de Macédoine, du Presovo et du Kosovo agissent de façon à restaurer la paix et la sécurité et que tous les secteurs de la société macédonienne coopèrent pacifiquement pour construire une confiance mutuelle inter-ethnique ».

L'envoi de troupes bulgares en Macédoine, dans le cadre du programme « Partenaires pour la paix» de l'OTAN, dans le but de combattre les rebelles, pourrait, s'il est mis en vigueur, contribuer à allumer une conflagration encore plus grande dans la région. De la même façon, des affrontements ethniques – également provoqués par Washington – ont eu lieu au Montenegro, où se trouve également une importante minorité albanaise. Au Montenegro, le MUP, les forces policières du Montenegro, bénéficie du soutien des Forces armées croates, qui sont à leur tour entraînées par le MPRI. La revendication d'une «autonomie » pour la population hongroise du nord du Vojvodina fait également partie du complot de l'OTAN, alors que des troupes de l'OTAN sont stationnées du côté hongrois de la frontière. De façon plus générale, les différents programmes d'aide militaire accordés à la Croatie, la Bosnie et l'UCK sont en dernière instance dirigés contre la Serbie.

En dépit de la complaisance des gouvernements de Belgrade et de Skopje devant les demandes de Washington, la politique étrangère américaine vise à démanteler les institutions politiques et à se débarrasser des partis politiques qui résistent à la domination des États-Unis et de l'OTAN. L'objectif est de briser ce qui reste de la fédération yougoslave et d'en faire ce que Carl Bildt, l'envoyé des Nations unies dans les Balkans, appelait un « une courtepointe de protectorats » sur le modèle de la Bosnie et du Kosovo sous le contrôle d'une force de paix des Nations unies, c'est-à-dire sous occupation militaire.

Un accord modelé sur celui de Dayton est le cadre de référence pour détruire les institutions étatiques existantes, y compris le système parlementaire. Dans le cas de la Macédoine, l'OSCE vient de nommer l'ambassadeur Robert Frowick pour travailler avec le gouvernement de Skopje. En 1996, Frowick avait reçu le mandat d'implanter la « démocratie » en Bosnie-Herzégovine dans le cadre des accords de Dayton. La « constitution » bosniaque – élaborée par des avocats américains à la base militaire de Dayton en Ohio – avait été publié en annexe de l'accord de Dayton.

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