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Accommodements linguistiques
N° 264 - novembre 2007
Mensonges et préjugés à la rescousse de Claude Picher
La haine des services publics n’est pas une opinion éclairée
Léo-Paul Lauzon
Le samedi 29 septembre 2007, le chroniqueur Claude Picher de La Presse pondait une chronique intitulée « Trois minutes, deux inepties » qui m’était entièrement consacrée, avec, en prime, une grosse photo de moi ! Qu’on me traite de noms, ça passe, mais qu’on cultive la haine de nos services publics par des mensonges perfides, ça, non. Ainsi, comme il se doit, j’ai fait parvenir, le lundi suivant, ma réplique à La Presse, qui n’a jamais été publiée. Mystère et boule de gomme!

Je reproduis ici la réplique que j’ai adressée à Claude Picher afin que vous vous fassiez votre propre opinion sur la véritable nature de La Presse et sur l’essence même de sa compagnie-mère, la transnationale Power Corp.

M. Picher, samedi dernier, j’ai lu attentivement votre chronique qui m’était entièrement consacrée et dans laquelle vous avez sévi, comme à l’accoutumée, avec des arguments, des données et des références tronqués tout autant que primaires. Dans un seul texte, vous avez commis plusieurs énormités, ce qui relève de l’exploit.

Au moins, on s’entend sur le classement annuel mondial des pays effectué par l’organisme privé du World Economic Forum. Même si les rangs changent à chaque année, les pays scandinaves (Finlande, Suède, Norvège et Danemark) sont toujours parmi les dix premiers même s’ils ont un gros État, de gros syndicats et des gros impôts.

L’an passé, le Canada avec son beau modèle que Stephen Harper veut donner en exemple, s’est classé seulement 16e. En 2005, l’économiste en chef de cette institution, Augusto Lopez-Carlos, a dit : « Les pays du Nord prélèvent d’énormes recettes fiscales puis les dépensent. Ils les remettent dans l’économie avec un «plus» qui finance les infrastructures ou l’éducation ».

En 2006, tel que rapporté dans La Presse du 27 septembre 2006, les États-Unis, qui vous font tant fantasmer, sont tombés au 6e rang. À cet effet, voici ce que l’on pouvait lire sur les States dans cet article de votre journal « Les États-Unis ont perdu cinq places au classement général du fait de la méfiance croissante envers les déficits et l’endettement du pays.

Washington se retrouve ainsi 69e sur 125 pour le critère de “ l’environnement macroéconomique ”. La première puissance mondiale est également mal notée pour les domaines de la santé et de l’éducation (40e), le Forum soulignant qu’elle affiche un taux de mortalité infantile plus élevé que la Slovénie, alors qu’elle consacre plus d’argent que tout autre pays à la santé ( 15 % du produit intérieur brut) ».

Selon les données du Centre national pour les statistiques de santé des États-Unis publiées aussi dans La Presse du 13 août 2007 sous le titre de : « Espérance de vie : Les Américains chutent au classement mondial », on y apprend que les Américains se classent au 42e rang mondial sur 222 pays pour l’espérance de vie en partie à cause du fait que 45 millions d’Américains ne possèdent pas d’assurance médicale. Voilà un classement que vous avez malencontreusement omis dans votre chronique.

Par contre, vous citez le classement de l’organisme patronal de l’International Management Development, que personne ne connaît et qui classe, parmi les cinq pays les plus compétitifs de la planète, les petits pays que sont le Luxembourg, Hong Kong et la Suisse, qui sont concurrentiels du fait qu’ils représentent de gros paradis fiscaux avec beaucoup d’évasion fiscale. Monsieur Picher, ça ne fait vraiment pas sérieux.

Vous devriez utiliser des références plus neutres et plus rigoureuses, comme celle-ci qui vous a encore échappé : le classement annuel mondial de l’ONU pour le développement (PNUD), qui a été reproduit dans La Presse du 8 septembre 2005 sous la plume de votre collègue Jooneed Khan et intitulé « Guerre mondiale pour le développement ».

Dans ce classement de 177 pays qui combine l’espérance de vie, le niveau d’éducation et le revenu par habitant, les États-Unis n’arrivent qu’en 10e position et la Suède 4e.

Quant au Danemark, vous dites que ce pays n’a pas de salaire minimum. J’ajouterais la Finlande et la Suède aussi. Par contre, ce que vous oubliez de dire, c’est que selon les statistiques de l’OCDE, le Danemark a un taux de couverture syndicale de 82,5 %, qu’il est de 92,5 % pour la Finlande et la Suède, de 32 % pour le Canada et de 14 % pour les States. Avec des taux de couverture syndicale aussi élevés dans les pays scandinaves, une loi sur le salaire minimum est inutile. D’ailleurs, un travailleur non qualifié gagne 15 $ l’heure selon l’Europan industrial relations observatory on-line.

Reprenons, monsieur Picher, les interprétations tordues que vous avez pondues dans votre chronique. Pour 2005, Statistique Canada nous dit que 86 % des contribuables avaient le droit de cotiser à un REER. De ce nombre, seulement 31 % ont versé une cotisation. Ramené à l’ensemble des contribuables canadiens, ça fait environ un Canadien sur quatre qui a cotisé à un REER en 2005. Et, Statistique Canada nous dit que le total des cotisations fut de 30,6 milliards$ en 2005, ce qui n’a représenté que 7 % de la somme maximale à laquelle les déclarants admissibles avaient droit.

Au Québec, la cotisation médiane du quart des contribuables qui ont adhéré à un REER (Régime enregistré d’épargne-retraite) fut de seulement de 2430 $ pour l’année 2005 alors que le montant maximum permis était de 18 000 $. Vous dites dans votre texte que la contribution moyenne au Québec est de 4014 $. Encore une fois vous maquillez volontairement les faits.

Premièrement, il faut dire que 2430 $ est la cotisation annuelle de la seule minorité des gens (25 %) qui a contribué à un REER. Les 75 % autres n’ont rien cotisé. Deuxièmement, Statistique Canada utilise toujours la médiane de 2430 $ et non la statistique trompeuse de la moyenne qui est faussée par les observations extrêmes.

Pour votre compréhension, je vais vous faire une petite démonstration. Prenons un groupe de 100 individus dont 99 gagnent annuellement 50 000 $ l’an et un, comme Robert Gratton, le président de la Financière Power, qui gagne 173 $ millions (en 2004), tel que rapporté par votre collègue Francis Vailles dans La Presse du 16 avril 2005. Pour ce groupe de 100 individus, leur rémunération annuelle moyenne sera de 1,8 millions$ et le salaire médian sera de 50 000 $.

Monsieur Picher, Statistique Canada nous confirme le fait qu’une minorité seulement contribue à un REER et que cette même minorité cotise seulement pour 2430 $ l’an. Alors, à 19 000 $ de cotisation maximale permise en 2006, qui passera à 22 000 $ en 2010, on peut définitivement parler d’un abri fiscal scandaleux au profit d’une minorité de riches qui coûte annuellement au Trésor québécois environ 4 milliards$ et plus de 20 milliards$ au fédéral, en y incluant son équivalent des régimes de pension agréés (RPA), la non-imposition des revenus accumulés dans ces abris fiscaux et la taxation des retraits, ce que vous n’avez pas inclus dans vos calculs.

En ramenant ces abris fiscaux qui profitent surtout aux riches à 5000 $ par année, on pourrait, avec les milliards économisés en impôts, augmenter les pensions de vieillesse de tout le monde et investir massivement dans nos services publics. Monsieur Picher, que dites-vous du titre de cet article paru dans La Presse du 24 février 2005 sous la plume de Francis Vailles qui démontre éloquemment à qui profite vraiment les REER : « Une modification aux REER profitera aux hauts salariés », soit 120 000 Québécois qui représentent 1 % des contribuables. Ce n’est pas moi qui ai choisi le titre, monsieur Picher.

Puis, vous dites que les contribuables gagnant 50 000 $ ou plus représentent 17 % de l’ensemble des contribuables, mais paient 66 % des impôts. Cet énoncé est tendancieux. De un, vous ne tenez compte que des impôts sur le revenu et omettez les impôts fonciers et scolaires, les taxes de vente, les tarifications de services publics et la taxe sur l’essence.

Deux, l’impôt sur le revenu porte bien son nom, c’est un impôt sur le revenu et non un impôt sur le nombre. Donnez-moi le revenu réel économique de ces gens et non leur revenu fiscal, qui omet plusieurs revenus (dont la moitié des gains de capitaux encaissés et 100 % des gains de capitaux réalisés mais non encore encaissés parce que non vendus) et je vous dirai alors la part véritable des impôts et des taxes payés par les riches sur leur revenu économique réel.

Comme je suis un socialiste chrétien, je suis prêt à réviser, à titre bénévole, vos chroniques afin de les épurer de toutes ces coquilles volontaires ou pas que vous commettez et qui vous discréditent. Je sais, monsieur Picher, je m’embarque dans de la « grosse ouvrage », mais ma foi m’interpelle et m’enjoint avec insistance d’aider mon prochain. Pour vous paraphraser, je prétends qu’il y a place, au Québec, pour un discours de droite plus rigoureux et plus objectif, ainsi que pour des chroniqueurs avec une plus grande éthique journalistique. Sinon, on ne parle plus d’information mais de désinformation.

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