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L'escouade des éditorialistes prend la relève
N° 199 - mai 2001

85,6 % des travailleurs refusent d’être intimidés
Gabriel Sainte-Marie

La grève à Camco



Depuis le 30 mars dernier, il y a grève à Camco, une usine de l’est de Montréal contrôlée à plus de 50 % par la puissante multinationale General Electric. Les 825 hommes et femmes de la production et les 42 autres des bureaux, des sections 501 et 504 du Syndicat canadien de l’énergie et du papier (SCEP), font la grève pour préserver leurs conditions de travail.

La direction propose de redéfinir à la baisse le fonds de retraite, l’assurance-santé et la qualité des horaires de travail. Lors de négociations tendues, les représentants syndicaux ont refusé cette proposition. General Electric s’est moqué du syndicat en envoyant des lettres directement au domicile des travailleurs. Alain Leduc, président du SCEP 501, explique 0 « Le message envoyé était clair 0 les offres sont bonnes et le syndicat exige trop. Les travailleurs doivent accepter la proposition et rejeter la grève. »

Un défilé qui fait du bruit

Les syndiqués ne l’ont pas entendu ainsi. « Trois jours avant la grève, profitant d’un bris mécanique, les 200 employés alors présents ont organisé une parade à travers l’usine pour signifier leur mécontentement aux patrons », raconte Alain Leduc. Vingt-cinq chariots-élévateurs conduits par les plus âgés, tambours et trompettes joués par les plus jeunes, c’était un défilé extraordinaire, témoignant d’une solidarité remarquable. « Les anciens, les nouveaux, les 20 % de femmes, les travailleurs du soir, du jour, en plus des travailleurs canadiens et américains de G.E., nous sommes tous ensemble », s’exclame le président.

Face à cette situation, l’employeur a opté pour l’intimidation. « La nuit suivant la parade, la direction a téléphoné à chaque travailleur pour faire des menaces. Le lendemain, les patrons décrétaient un lock-out et faisaient croire aux plus jeunes que l’usine était fermée», explique Alain Leduc. Rien n’y a fait. Le dimanche suivant, la grève était adoptée à 85,6 % en assemblée générale.

Le syndicat a des cartes dans son jeu

Depuis, c’est la grève. Contrairement à plusieurs autres conflits, les travailleurs peuvent compter sur un certain nombre d’avantages. Le fonds de grève du SCEP est solide. L’usine de Montréal est très rentable et détient une sorte de monopole, en étant la seule à produire des sécheuses de grand et de très grand format de marque G.E., Moffat et Hotpoint dans le nord-est de l’Amérique. Les inventaires dans les magasins sont pratiquement écoulés.

Camco possède deux usines, une à Montréal, l’autre à Hamilton. Au moment d’aller sous presse, il y avait négociation à l’usine de Hamilton, qui compte 1100 travailleurs syndiqués avec les TCA. Camco leur offre une convention sans les restrictions imposées à l’usine montréalaise. Alain Leduc est optimiste 0 « Notre grève les a forcés à reculer à Hamilton et j’ai confiance que notre conflit se règle dans les plus brefs délais. »

Le conflit permet à ces hommes et femmes de renforcer leurs liens et de prendre conscience de leur force, mais elle laisse cependant un goût amer. Une grève fait toujours mal économiquement et une victoire se traduira par le maintien de l’ancienne convention collective.

Des journées de 12 heures

L’usine qui produit des électroménagers est rentable. Ses profits atteignent des dizaines de millions de dollars par an. La direction veut tout de même abaisser les conditions de travail.

General Electric cherche notamment à imposer un régime de retraite à cotisations déterminées. Avec ce système, la somme que verse l’entreprise au fonds de retraite diminue. La gestion et les risques reliés au montant épargné pour la retraite retombent sur les épaules des travailleurs, qui ne peuvent plus vraiment planifier leur retraite. En plus, même si la compagnie tente de le réduire, le fonds de pension actuellement en vigueur est largement insuffisant. C’est pourquoi le syndicat exige une augmentation des cotisations patronales de 10 %.

L’employeur veut aussi créer un nouveau quart de travail. Présentement, les horaires sont de huit heures par jour, du lundi au vendredi. Le nouveau plan s’étalerait sur les sept jours de la semaine avec des journées de 12 heures.

L’assurance-santé des syndiqués est également revue à la baisse par l’employeur. Par exemple, les 30 médicaments les plus chers seront réévalués à la baisse à raison de 10 par an, sur une période de trois ans.

La direction accorde une augmentation salariale plus importante aux emplois les mieux rémunérés. Le syndicat exige une augmentation uniforme des salaires, au plus haut pourcentage.

Jusqu’ici, les augmentations salariales étaient toujours en ordre décroissant. La plus grosse augmentation était accordée la première année et la plus petite, la dernière. Cette fois-ci, la compagnie propose le contraire. Par exemple, les assembleurs recevraient 19 ¢/h la première année, 20 ¢/h la deuxième et 31 ¢/h la troisième. Le syndicat exige l’inverse.

La dernière revendication se rapporte à la formule de vacances. On demande que le temps supplémentaire puisse être pris en compte.

La ZLEA 0 une diminution du niveau de vie pour tous les travailleurs

Pour bâtir un rapport de force plus approprié, les syndicats des travailleurs de G.E. se rencontraient l’an dernier à Washington. Les représentants syndicaux de 25 pays en ont alors profité pour développer leurs liens et organiser la résistance. Avec le développement continuel de la mondialisation des marchés, cette réunion était absolument nécessaire.

Il est clair que l’avènement de la Zone de libre-échange des Amériques va nuire aux travailleurs de G.E.. Alain Leduc, président du SCEP 501, explique que l’abolition des barrières économiques sur le continent va miner les conditions de travail. « Il y a quatre entreprises qui fabriquent des électroménagers pour G.E. en Amérique 0 Camco au Canada, Mabe au Mexique, Madoza au Vénézuela et Dako au Brésil. Avec la libre circulation des capitaux et des marchandises, l’entreprise forcera ses usines à se faire compétition, afin de réduire le coût de ses employés. C’est une diminution du niveau de vie pour tous les travailleurs, même ceux du sud. Il n’y a qu’un seul gagnant, G.E. »

Alain Leduc en profite pour rappeler que la transnationale profite déjà allègrement de la mondialisation. « À titre d’exemple, au moins 25 000 Mexicains travaillent indirectement pour General Electric dans les maquiladoras. Il n’est nul besoin de décrire leur niveau de vie. »

Le citoyen modèle G.E.

Pour les principales revues d’affaires américaines, General Electric est une multinationale modèle. William Greider, célèbre reporter américain, relatait les exploits de l’entreprise dans son livre paru en 1992 0 Who Will Tell the People, The Betrayal of American Democracy.

G.E. ne produit pas seulement des ampoules et des lave-vaisselle. Avec sa fabrication de moteurs électriques, de locomotives, de turbines industrielles et de centrales électriques nucléaires, l’empire est très diversifié. La firme arrive au premier rang dans les services financiers américains. Elle fabrique du matériel militaire, des avions et des bombes nucléaires. Elle tient à son image et cherche à manipuler l’opinion publique en étant propriétaire de l’immense réseau de télévision NBC qui émet dans quatre pays, dont les États-Unis et le Canada.

Son pouvoir politique est gigantesque. Elle contribue de façon importante à la caisse électorale des deux partis politiques américains. Ce géant de la pollution, qui ne paye pratiquement aucun impôt, cherche à se présenter comme un modèle de bon citoyen corporatif...

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