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J’aurais dû me doper
N° 263 - octobre 2007
Gaza est une prison à ciel ouvert de 1,5 million de personnes
La démobilisation gagne sur la résistance à l’occupant
André Le Corre
Nous avons pu rencontrer Jamalat Abou Youssef lors de son récent passage au Québec où elle séjournait à l’invitation de l’association PAJU (Palestiniens et Juifs unis).

Fille d’une famille paysanne palestinienne, elle est née à Helhoul, près d’Hébron, en 1962.

En Palestine, elle a participé à de nombreuses luttes populaires et se définit comme une militante indépendante de la gauche palestinienne. Mariée à un militant français rencontré en Palestine au début de la deuxième Intifada, Jamalat vit maintenant en France depuis quelques années tout en gardant des contacts étroits avec son pays d’origine.

Nous ne pouvons commencer cet entretien sans aborder avec elle la situation de Gaza qu’Israël vient de déclarer « Entité ennemie ».

Israël ne parle plus maintenant d’une défense contre de « présumés terroristes » mais décrit Gaza comme une « Entité ennemie » ce qui lui permettrait d’intervenir sans tenir compte des lois internationales qui régissent l’administration de territoires occupés.

En réalité, Gaza n’est en aucune façon une entité ennemie. Même si en 2005, Israël a retiré son armée d’occupation, il n’en contrôle pas moins tous les accès, par terre, air ou mer ainsi que la distribution de l’eau, de l’électricité, des marchandises et des personnes.

Même les Américains qui pensent à la future conférence de paix en novembre prochain ont déconseillé à Israël par l’intermédiaire de Condoleeza Rice de provoquer ce qui serait une catastrophe humanitaire. (Il y a 1,5 million de personnes dans cette prison à ciel ouvert que constitue Gaza).

L’aut’journal : Quelle est la situation actuelle de la population palestinienne ?

Jamalat : « Elle est des plus obscure car s’ajoute maintenant aux problèmes que posent le blocage économique et les entraves à la circulation des biens et des personnes le fait qu’il n’y a pas une direction unique avec la division Fatah-Hamas.

De plus, les forces de la nouvelle sécurité contribuent à opprimer le peuple et agissent en alliés objectifs des Israéliens. Il en résulte une démobilisation progressive de la population sur le plan de la résistance à l’occupant. Chacun devient trop préoccupé chaque jour davantage par une lutte pour survivre et s’éloigne des revendications politiques. C’est une perte pour la solidarité et un gain pour l’individualisme.

À mon avis la cause de cet état de fait provient de l’illusion des Accords d’Oslo. Arafat, Abbas et la direction de l’OLP ont accepté de signer un texte qui ne parlait pas d’occupation coloniale, qui laissait tomber l’exigence du droit au retour des réfugiés et qui donnait aux Palestiniens la responsabilité d’assurer la sécurité de l’occupant.

Aucune des mesures prévues à cet accord n’a été appliquée et le nombre de colonies en Cisjordanie n’a cessé d’augmenter.

L’aut’journal : Vous avez participé à la formation des femmes, pouvez-vous nous décrire la situation des femmes palestiniennes ?

Il y a de nombreuses conséquences à la faillite économique palestinienne concernant la place des femmes et on peut dire qu’elles sont les plus frappées. Le combat des femmes palestiniennes a toujours été lié au combat pour la libération nationale.

Depuis les origines du problème palestinien et jusqu’à présent leur participation a été variable. Après les accords d’Oslo, la situation et le rôle des femmes palestiniennes se sont détériorés au point de régresser. Nombre de leurs droits ont été ignorés et des signes négatifs sont apparus comme, par exemple, la recrudescence des mariages précoces (avant l’âge de dix-sept ans).

En même temps, la société devenait plus conservatrice concernant la libération des femmes. Le Hamas et d’autres groupes religieux augmentaient leur pression sur l’éducation des femmes. Elles étaient beaucoup plus nombreuses que par le passé à porter le voile.

On retrouve une situation tribale, les femmes sont surveillées et ne sont plus protégées par une Autorité palestinienne délinquante et corrompue. Bien sûr, la situation des femmes est bien meilleure à Ramallah où il y a plus de bourgeoises qu’à Gaza.

L’aut’journal : Vous avez déjà parlé de refondation du projet national palestinien. Qu’entendez-vous par là ?

Ce dont le peuple palestinien a le plus besoin aujourd’hui, c’est d’une alternative apte à diriger la résistance et la lutte, car le peuple n’a pas d’autres choix. Il faut une refondation du projet et des structures de la lutte. Cela doit passer par une réorganisation ou répartition de la résistance sous toutes ses formes ( politique, culturelle, sociale, armée) à l’initiative de militants et cadres de la gauche, du Fatah, du Hamas et d’autres partis qui feront le choix de l’unité et des intérêts collectifs.

La condition pour y parvenir est de mettre un frein à la dépolitisation et à l’individualisme, reconstruire la solidarité et établir un consensus à la base, ce qu’aucun leader ne semble capable de faire actuellement.

En résumé, il faut reconstruire l’OLP avec les Palestiniens de 1948 (en Israël), ceux de la Cisjordanie et de Gaza et ceux de la diaspora.

L’aut’journal : Dans ces conditions, quelle aide peuvent apporter les mouvements pro-palestiniens à travers le monde ?

Les mouvements de solidarité internationaux peuvent jouer un grand rôle pour soutenir la résistance palestinienne, mais il faut qu’ils laissent les Palestiniens choisir eux-mêmes les formes de résistance qui leur conviennent, demeurer sur leur terre, développer eux-mêmes une indépendance économique (plutôt qu’avec des ONG).

L’aide la plus significative serait de répondre à l’appel lancé en Palestine par 172 syndicats et associations pour que s’organise une campagne internationale de boycott et de désinvestissements touchant tout ce qui est israélien.

Il y a actuellement 11 000 prisonniers politiques palestiniens dans les prisons israéliennes, parmi lesquels des femmes et des enfants. Il faut qu’ils et qu’elles ne soient pas oubliéEs.

Les commémorations du 60eanniversaire de la NAKBA (catastrophe) devront faire l’objet d’initiatives internationales en 2008 pour rappeler les massacres des Palestiniens par les groupes armés israéliens en 1948 et l’exode de 600 000 Palestiniens qui en a résulté.

Le peuple palestinien a besoin d’une solidarité qui exprime un clair soutien politique à sa résistance à ses droits nationaux et qui aide les initiatives locales qui visent à lutter contre les effets désastreux des illusions d’Oslo, contre la frustration consécutives aux échecs répétés, contre la mentalité fataliste produite par la corruption, contre les tentatives de repli individuel.

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