L'aut'journal
Le samedi 19 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
J’aurais dû me doper
N° 263 - octobre 2007
La Bank of Montreal reprend le flambeau des commandites
La Fresque des Capitales remet le Québec à sa place
Francine Lavoie et Jacques Beaumier*
La Fresque des capitales BMO dévoilée ces jours derniers illustrera avec une franchise désarmante la véritable place du Québec dans la confédération canadienne : l’une des dix provinces du Canada, sans plus. Faisons notre deuil une fois pour toutes de la thèse des deux peuples fondateurs ! Et n’essayons surtout pas de souligner ici un anniversaire qui n’inclurait pas tout le « canadian establishment ».

Voilà un détournement politique qui insulte notre intelligence et notre intégrité comme peuple et comme nation. Les fédéralistes veulent forcer notre appartenance au Canada alors que ce pays n’a jamais accepté le moindre compromis facilitant l’adhésion du Québec à la constitution canadienne. Le fossé est béant depuis Meech et ce n’est pas une fresque à la soviétique qui va le combler.

Les Fêtes du 400e devraient célébrer, et cela seulement, l’implantation du premier établissement francophone en Amérique. Et non la fondation du Canada qui, tous les historiens soucieux de respecter l’histoire le diront, se situe quelque part entre la Conquête de 1759 et l’instauration de la Confédération en 1867.

Cette fresque de près de 500 mètres carrés sera peinte sur les murs, ce n’est pas un hasard, de l’édifice Marie-Guyart, bâtiment principal de la fonction publique à Québec, et qui abrite notamment le ministère de l’Éducation. Il faut y voir une dévalorisation de la ville de Québec comme capitale des Québécois et clairement, un nouvel outil de propagande de l’unité canadienne.

Il est de plus inacceptable d’y montrer, dans les personnalités représentant les quatorze capitales du Canada, René Lévesque aux côtés des Dorchester et autres « conquérants » dont le dessein était d’anéantir le peuple canadien-français, en commençant par sa langue et son identité. Quel cynisme !

C’est la Bank of Montreal, créée par les marchands anglais de Montréal en 1817, qui finance cette fresque. Veut-elle ainsi nous rappeler son rôle historique dans l’infériorisation économique des Canadiens de langue française ?

Ce projet, qui vise donc à affaiblir le caractère national de la capitale du Québec, s’ajoute à d’autres actions concertées des gouvernements libéral et conservateur pour faire de Québec 2008 le symbole du « ciment canadien ».

On veut manifestement faire de ces fêtes un événement où les Québécois vont être, sinon exclus, du moins noyés dans l’univers savamment bâti de ceux qui ont voulu les assimiler. Au moment où l’on doit, au contraire, se réjouir de l’incroyable survie du fait français dans le pays du Québec où Champlain a choisi de l’y installer !

En 1908, lors des fêtes du tricentenaire de Québec, le gouvernement fédéral de l’époque a voulu profiter de l’occasion pour mobiliser et renforcer l’appui à l’empire britannique. Force est de constater que, cent ans plus tard, nous ne sommes toujours pas libres de nous célébrer à notre façon.

Les souverainistes représentent plus de 40 % de la population du Québec, tous partis politiques et mouvements indépendantistes ou nationalistes confondus. Se joignent à eux tous ceux et celles qui demeurent fortement attachés aux spécificités de notre culture francophone québécoise. Comment pourront-ils, les uns et les autres, avoir le goût de participer à ce qui semble déjà devenir une grande célébration pan-canadienne ?

C’est en leur nom que nous exigeons des organisateurs des Fêtes du 400e de tenir compte de cette réalité dans l’élaboration et l’organisation des manifestations entourant l’événement. Que ces Fêtes soient ramenées à leur essence même et à leur juste commémoration ! Et que l’on écarte à jamais ce projet de Fresque des capitales BMO, aussi inapproprié que, disons-le en terminant, de mauvais goût artistique. Il n’est pas trop tard.

* respectivement présidente et vice-président du conseil d’administration du Conseil de la souveraineté de la capitale nationale.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.