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L'escouade des éditorialistes prend la relève
N° 199 - mai 2001

La démocratie en marche
Jacques Larue-Langlois
Québec avril 2001, une occasion ratée

On peut se demander si la démocratie a progressé, à Québec, à l’occasion des récents Sommets des peuples et des Amériques.

2300 délégués représentant 35 pays impliqués rejetaient, à l’occasion du Sommet des peuples, le projet de Zone de libre-échange des Amériques, jugé raciste, sexiste et destructeur de l’environnement.

40 000 manifestants venus des quatre coins des Amériques malgré toutes les mesures mises en œuvre par Douanes Canada pour les empêcher d’exercer leur libre droit d’expression, rappelaient aux nababs siégeant sous protection policière que la plupart des citoyens le moindrement conscients étaient en désaccord avec le projet de libre-échange proposé.

Quelques centaines de militants, particulièrement outrés, à juste titre, qu’on refuse de les entendre, ont provoqué les forces de l’ordre dans le but de souligner le profond fossé, peuplé en l’occurrence de flics armés dans toute leur arrogance, qui sépare et protège les leaders imbus de vérité de la vile populace.

Et pendant ce temps-là à l’intérieur de la forteresse du Palais des congrès, les grands de ce monde se gargarisaient de formules creuses, criant haro sur Haïti, baudet ou bouc émissaire commode dont ils tiennent à perpétuer la pauvreté pour bien montrer que voilà ce qui pourrait arriver à d’autres pays osant ne pas souscrire aux objectifs du profit avant tout.

Quant à Jean Chrétien, il se fendait d’une nouvelle formule stipulant que la démocratie réelle ne pouvait se manifester qu’à l’intérieur des structures des partis politiques dans le système parlementaire du plus meilleur pays. Un système où, tout le monde le sait, le budget d’un parti contribue avant tout à son succès politique.

Si c’est ça la démocratie, il faudra penser à passer à autre chose qui se rapprocherait davantage du gouvernement du peuple par le peuple. On a raté là une belle occasion d’utiliser l’invention du tonton de Boris Vian – la bombe H à rayon limité – et, d’un seul coup, débarrasser la planète de toute cette crapule.

Donnez aux riches, ça rapporte toujours

Ah, les pauvres riches ! Ils sont tellement à plaindre, avec les milliards de profits qui leur sortent par les oreilles, que le bon gouvernement du Québec, en un geste s’inscrivant sans doute dans le cadre de la lutte qu’il a entreprise contre la pauvreté, a décidé de verser aux institutions financières quelque 33 millions de dollars supplémentaires sur trois ans. Faut-il le souligner, dès le lendemain du dévoilement de cette nouvelle générosité, les quotidiens annonçaient 0 « Un vent d’optimisme souffle sur les Bourses, Le Nasdaq bondit et le Dow Jones remonte. » À ceux qui, comme nous, semblent trouver que le gouvernement dilapide des fonds publics au profit des nantis, la ministre des Finances, Pauline Marois, répond qu’il ne s’agit en fait que « d’un coup de pouce à l’industrie de la finance » (celle qui, obscénité absolue, peut s’enrichir sous prétexte qu’elle a déjà de l’argent) « afin qu’elle soit en mesure de demeurer dans la course face au grand capital torontois et américain ». Conséquence logique de la ZLEA, peut-on croire. Les bonzes augmentent leurs profits et en rient encore en tétant leurs gros cigares entre deux cognacs. Hélas, le ridicule ne tue pas et, si on souhaite mettre fin à ces scandaleux gaspillages, il faudra faire la job nous-mêmes. Viendra bien le jour de gloire…

Et 10 % pour M. le directeur

Les directeurs d’établissements du réseau de la santé seront dorénavant récompensés par des primes en argent pouvant atteindre dix pour cent de leur salaire. Mais attention ! Pas tous. Seulement ceux qui seront parvenus à administrer les entreprises dont ils ont la responsabilité (hôpitaux, CLSC) à l’intérieur des budgets prescrits par le ministère de la Santé du Québec. C’est le ministre lui-même, Rémy Trudel, qui annonçait récemment la nouvelle en précisant que les sommes ainsi versées aux « bons administrateurs » atteindraient quelque 36 millions en trois ans.

Après la prime aux universités en fonction du nombre de gradués produits, voici la prime aux hôpitaux en fonction du respect strict des budgets. Si, pour satisfaire le ministre, le directeur d’hôpital doit alléger la dépense au détriment des malades, ce n’est pas grave. Le gouvernement sera bien content et le directeur de l’établissement touchera une hausse de salaire substantielle. On a vraiment l’impression que toutes ces mesures n’ont finalement pour objet que de rendre le système public si mauvais que les citoyens seront heureux de la privatisation de tous ces services pourtant essentiels que sont la santé et l’éducation.

Trente-trois millions de dollars aux boursicoteurs et 36 millions à des individus dont le salaire annuel tourne autour de cent mille dollars au moins 0 voilà donc 69 millions de dollars qui n’iront pas à la lutte contre la pauvreté mais qui seront consacrés à assurer le succès économique de l’administration de notre bon gouvernement, sur le dos des pauvres.

Rien à craindre, le tigre est édenté

Pendant dix jours, le mois dernier, le monde entier a retenu son souffle. Les deux géants idéologiques de la planète allaient-ils s’affronter dans un conflit militaire dont les conséquences pour tous les citoyens du monde dépassent même l’imagination la plus paranoïaque ? Pour des excuses qui tardaient à venir, à la suite d’un accident causé par un avion espion américain, Pékin montrait les dents tandis que Washington tentait de jouer au plus fin. Tout pouvait arriver, a-t-on cru un moment.

Au fond, cependant, il n’y eut jamais rien à craindre de ce vaudeville où les États-Unis faisaient mine d’exiger que la Chine leur retourne l’appareil qu’ils avaient eux-mêmes chargé de transgresser le territoire chinois. En effet, peut-on imaginer les États-Unis, incapables de gagner une guerre contre le Vietnam (70 millions d’habitants) puissent avoir le culot d’attaquer la Chine (un milliard et demi) ?

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