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L'escouade des éditorialistes prend la relève
N° 199 - mai 2001

Pour les zélés de la ZLEA, c’est oui !
Pierre Dubuc

La réponse est claire



Qui n'a pas eu un petit pincement au cœur lorsque les manifestants ont, au premier assaut, percé le célèbre «périmètre de sécurité » du Sommet des Amériques ?

Québec transformé en forteresse n'est plus Québec, comme le soulignait – avec un peu de retard – le maire L'Allier. Elle était devenue, l'espace d'une semaine, le symbole de ces quartiers huppés de villes latino-américaines aux villas entourées par des murs de pierre couronnés de tessons de bouteille ou encore de ces nouvelles villes états-uniennes ceinturées de murs et protégées par des milices privées, qui ont poussé avec le néolibéralisme.

C'est dans ce Québec militarisé, derrière un épais rideau de gaz lacrymogènes et sous la protection de policiers tirant des balles de plastique sur des manifestants sans défense, que Chrétien et Bush ont fait adopter par les 32 autres chefs d'État – dont les pays sont, pour la plupart, sous la tutelle du FMI ou de la Banque mondiale – une soi-disant « clause démocratique » d'exclusion contre Cuba et d'intimidation contre Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques. Belle démocratie !

Landry fier de sa « police nationale »

Au lendemain du Sommet, le premier ministre Landry, pourtant cavalièrement mis à l'écart par le gouvernement canadien, déclarait avec fierté que le Sommet avait permis au monde entier d’admirer « notre capitale nationale » et de voir à l’œuvre «notre police nationale » !!! Une « police nationale » sous les ordres de la police et de l'armée fédérales, lesquelles étaient redevables dans les faits aux forces de sécurité américaines ! Est-ce là le type de souveraineté dont rêve Bernard Landry ?

Dans son bilan du Sommet, Bernard Landry a déclaré que le projet de la Zone de libre-échange des Amériques démontre la nécessité de la souveraineté du Québec pour être présent à la table de négociations. On se serait attendu plutôt à ce qu'il dénonce le projet de la ZLEA dont l'objectif est de dépouiller les États-nations d'éléments de leur souveraineté au profit d’accords internationaux qui sont de véritables chartes des droits des multinationales. En fait, Landry est d’accord pour que le Québec abdique ses pouvoirs, mais à la condition que ce soit fait par son « gouvernement national ». Belle conception de la souveraineté !

L'autre Sommet

Au cours de la semaine précédent le Sommet officiel, se sont tenus différents sommets parallèles des forces d'opposition à la ZLEA dont le plus important a été le Sommet des peuples organisé principalement avec la collaboration des centrales syndicales.

Les débats lors de ces sommets, mais également les centaines de réunions tenues dans les syndicats, les cégeps, les régions au cours des semaines qui ont précédé, ont permis un saut prodigieux dans la compréhension des enjeux de la ZLEA. L'ampleur de la manifestation organisée par le Sommet des peuples – le chiffre de 60 000 personnes a été avancé – traduit bien l'importance du travail d'explication et d'éducation réalisé à travers le Québec.

En simplifiant, on pourrait dire que les lieux où se sont tenues les manifestations illustraient l'acuité du degré de compréhension des enjeux. Dans la haute-ville, de cinq à six mille manifestantes et manifestants – surtout des jeunes – affrontaient les policiers. Dans la basse-ville, des dizaines de milliers de personnes – de tous âges – marchaient pacifiquement. L'image est belle, mais elle ne traduit pas tout à fait la réalité, car l'envie était palpable chez plusieurs de celles et ceux qui manifestaient dans la basse-ville de monter aux barricades.

En fait, cette radicalisation à l'égard de la ZLEA s'est développée au fur et à mesure qu'on en a cerné les enjeux. Le contenu de la Déclaration finale du Sommet des peuples, que nous publions en page 9, le traduit bien. Il n'était plus désormais question d'accepter la ZLEA en échange de chartes sociale et environnementale. Elle était condamnable en soi. Comme l'a bien remarqué l'éditorialiste Agnès Gruda de La Presse 0 « Au début du sommet parallèle, le ton général face à la ZLEA était " oui, mais ". Le résultat final a été un " non " ferme. »

Les zélés de la ZLEA

Les éditorialistes sont tombés à bras raccourcis sur la Déclaration du Sommet des peuples. Agnès Gruda a parlé de « dialogue de sourds ». Son collègue Mario Roy a titré son éditorial 0 « Le Titanic, la suite ». Dans Le Soleil, Jean-Jacques Samson a qualifié la Déclaration de « Refus global dépassé ». Dans Le Devoir, Jean-Robert Sansfaçon n’arrive pas à masquer son dépit en concluant que c'était « une fin en queue de poisson » qui « discréditait le travail de sensibilisation mené depuis le début de la semaine ».

Les organisateurs du Sommet des peuples ne semblant plus vouloir jouer le jeu du partenariat, les éditorialistes ont immédiatement remis en question leur représentativité en invoquant les résultats d'un sondage de La Presse publié une semaine avant le Sommet des Amériques qui proclamait qu'une majorité (57 %) de la population canadienne était favorable au projet de libre-échange.

Mais le résultat global du sondage est trompeur. Seulement 37 % des personnes interrogées estiment que la ZLEA contribuera à la création d'emplois au Canada contre 45 % qui croient le contraire; 48 % pensent que la ZLEA va entraîner une diminution des salaires contre seulement 25 % qui estiment qu'elle favorisera l'augmentation des salaires.

Enfin, toujours selon même sondage, 41% croient que ce sont les entreprises qui récoltent le plus les fruits du libre-échange, contre 32 % qui citent les gouvernements, 11% les consommateurs en général et 2% les travailleurs !

Comment peut-on après cela coiffer l'article d'un titre qui proclame que les Canadiens sont favorables à la ZLEA ? Évidemment, la majorité des lecteurs ne retiennent que les titres et les éditorialistes peuvent se contenter de les citer !

Une brèche est ouverte

Il serait naïf de croire que le partenariat est enterré et que personne ne répondra aux appels du ministre Pettigrew qui cherche désespérément des interlocuteurs pour légitimer toute l'opération. La Déclaration contient déjà certaines concessions en ce sens, comme cette idée d'un référendum dans tous les pays que n'a pas manqué de souligner l'éditorialiste Mario Roy.

Après avoir promis la publication des textes (après traduction), l'élimination dans la ZLEA d'une clause sur le modèle du Chapitre XI de l'ALENA qui permet aux entreprises de poursuivre des gouvernements (il a été contredit par Chrétien), le ministre Pettigrew pourrait offrir de financer un tel référendum. Et il s’en trouvera pour mordre à l’hameçon.

Le partenariat n'est pas enterré, mais une brèche a été percée dans son périmètre de sécurité. Il ne reste qu'à l'agrandir.

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