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Nos points de repère cardinaux
N° 262 - septembre 2007
Contre toute espérance, le nouveau film de Bernard Émond
Guylaine Tremblay déchirante de vérité
Ginette Leroux
Mercredi, 15 août, en manchette au Téléjournal de Radio-Canada : Baltex, un fabricant de maillots de bain, fleuron de l’industrie québécoise du textile, un chiffre d’affaires avoisinant les 100 millions de dollars, ferme ses portes et se place sous la protection de la loi sur les faillites. Trois cents employés mis à la porte, principalement des femmes dont le désarroi crève l’écran.

Je viens de visionner le film de Bernard Émond, Contre toute espérance et j’ai vraiment l’impression que la fiction me rattrape. Réjeanne, magnifiquement interprétée par Guylaine Tremblay, forme avec Gilles un couple ordinaire, heureux et amoureux. Ni riche ni pauvre. Elle travaille depuis vingt ans comme téléphoniste, il est camionneur. Comme tous les couples ordinaires, ils rêvent d’une petite maison bien à eux et d’une cour fleurie. Ils la dénichent à Beloeil avec vue sur le mont Saint-Hilaire. Ils ne peuvent résister.

Le bonheur est de courte durée. La descente aux enfers débute par la maladie de Gilles, un ACV le laisse diminué et incapable de reprendre le travail. Le sort s’acharne. La restructuration de la multinationale où travaille Réjeanne force l’employeur à vendre ses employées. La femme est brisée, mais s’accroche à la vie, malgré la vente de leur maison. Elle accepte de petits emplois, garde la tête haute. Jusqu’à ce que la fatalité la rattrape. Gilles fait un deuxième ACV qui le rend impotent et aphasique. L’espoir les abandonne. Trop, c’est trop !

L’intensité du regard de Guylaine Tremblay sur l’affiche du film rend à elle seule la déception, l’angoisse, l’immense tristesse du personnage qu’elle incarne. Le jeu de la comédienne tant aimée de son public est déchirant de vérité. On y croit, on voudrait pouvoir l’aider à traverser ses épreuves. On la sent forte, on sait qu’elle ne se laissera pas dominer par son destin. À moins que l’injustice ne lui fasse péter les plombs.

Guy Jodoin, pour sa part, livre une prestation exceptionnelle. Un jeu sans faille, vrai jusqu’au bout, capable de rendre la profondeur de l’abîme dans laquelle plonge son personnage. Parions que ce premier rôle dramatique ne sera pas le dernier. Gildor Roy, qui personnifie Claude, l’ami indéfectible du couple, généreux de son temps, joue un rôle de soutien remarquable.

L’équipe de comédiens solide et soudée est menée de main de maître par Bernard Émond qui signe aussi le scénario. L’œil bienveillant et attentif de la caméra de Jean-Claude Labrecque complète le tableau, saisissant avec grandeur et force et autant de justesse la parole comme le silence.

Bernard Émond livre avec Contre toute espérance, moins austère que La Neuvaine (2005), le deuxième volet de sa trilogie sur les vertus théologales, la Foi, l’Espérance et la Charité. Le cinéaste engagé remet en question la perte des valeurs au Québec. Ces valeurs sacrifiées sur l’autel de « l’Économie triomphante », ces lois du marché inventées par l’homme créent un sentiment d’impuissance. Même chez le patron de la multinationale du film qui lance : « C’est le marché qui fixe mon salaire ». Ironie.

Qu’en sera-t-il de la Charité ? « La charité est ce qui reste quand il ne reste plus rien », croit Bernard Émond, annonçant ainsi son prochain film, déjà en préparation.

Contre toute espérance, Film de Bernard Émond, 2007

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