L'aut'journal
Le dimanche 21 avril 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Nos points de repère cardinaux
N° 262 - septembre 2007
Les titres d’emploi des cols blancs passent de 250 à 750
19 roitelets ne feront pas un maire ni une ville
Pierre Dubuc
Y a-t-il un maire à Montréal ? C’est la question que posent les promoteurs, les éditorialistes, mais surtout les syndiqués de la Ville de Montréal. Au-delà de la personnalité du maire, le problème est structurel, nous dit Monique Côté, la présidente du Syndicat des fonctionnaires municipaux .

« Le 18 décembre 2003 au matin, nous signions notre convention collective. Le même jour, l’après-midi, le maire Gérald Tremblay demandait des modifications à la Charte de Montréal qui ont eu pour effet de déshabiller presque complètement la Ville pour remettre les pouvoirs aux 19 arrondissements », rappelle Monique Côté.

Depuis, les employés municipaux sont aux prises avec les conséquences catastrophiques de ces décisions. C’est le cas des 10 000 cols blancs représentés par le syndicat que préside Mme Côté. Le renouvellement de leur convention collective échue le 31 décembre 2006 pourrait être l’occasion de redonner aux Montréalaises et aux Montréalais une vraie ville.

Monique Côté trouve que le maire Tremblay « s’est peinturé dans le coin » en dévoilant aux médias son cadre financier, quelques heures à peine après l’avoir présenté aux syndicats. En voulant négocier sur la place publique avec une offre d’augmentation de 0 % pour 2007 et 2 % pour les trois années suivantes, le maire risque de devoir marcher sur la peinture. Ce ne serait pas la première fois.

Cependant, dans le cas des cols blancs, les principaux enjeux touchent davantage les clauses normatives. C’est en écoutant la présidente du syndicat nous les expliquer qu’on se rend compte de l’état bordélique dans lequel se trouve ce qu’on continue d’appeler la ville de Montréal, mais qui, dans les faits, n’est plus une ville.

À l’aide d’un sondage auprès de ses membres, complété par des réunions avec ses délégués, le syndicat, affilié au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-FTQ), a identifié un certain nombre de priorités de négociations. En tête de liste, on trouve la mobilité de la main d’œuvre.

Depuis les modifications apportées à la Charte de la Ville, les droits de gérance à ce chapitre relèvent des dix-neuf arrondissements qui agissent comme autant de fiefs moyenâgeux. Ainsi, une bibliotechnicienne à temps partiel ne peut postuler pour un emploi à temps plein dans un autre arrondissement à moins de démissionner de son emploi et de renoncer à son ancienneté.

Pour compliquer encore davantage la situation, les arrondissements se sont mis à redéfinir les titres d’emploi. Ainsi, dans l’arrondissement Ville-Marie, le poste d’inspecteur en circulation a été fusionné avec le poste d’inspecteur du domaine public pour donner un nouveau titre d’emploi: inspecteur d’arrondissement. Mais, dans un autre arrondissement, il peut porter un autre nom, avec une définition de tâche légèrement modifiée. Si bien que les 250 titres d’emploi ont été multipliés par trois pour atteindre le chiffre de 750 !

On ne sait pas si une chatte y retrouverait ses petits mais, chose certaine, les cols blancs n’y retrouvent plus de plan de carrière.

« Nous demandons non seulement de fusionner des postes pour en réduire le nombre, mais aussi que la Ville s’engage à créer un comité pour évaluer les besoins en main d’œuvre pour les années à venir de façon à ce que les gens puissent planifier leur carrière », nous dit Monique Côté.

Comme 6 000 des 10 000 membres du syndicat sont à statut précaire, on comprend que leur situation fasse l’objet de plusieurs demandes. « Il y a un manque flagrant d’équité. Après 15 ans de travail, leur nombre de semaines de vacances est encore déterminé par la loi des normes minimales, s’indigne la présidente des cols blancs. Il y a un nombre considérable de personnes ayant plus de 5 ans d’ancienneté et qui ne peuvent bénéficier des quatre semaines de vacances que prévoit la convention collective pour les employés permanents. »

Au cours des ans, le syndicat a fait des gains pour ses membres à statut précaire (congés de maladie, congés mobiles, échelles de traitement), mais un des objectifs de la présente négociation est de soumettre ces emplois à un plan d’évaluation et d’en faire accéder le plus grand nombre à la permanence.

« C’est actuellement très aléatoire et cela cause plein de problèmes. Par exemple, nous explique Monique, la Ville a de la difficulté à recruter des sauveteurs pour ses piscines, tout simplement parce que le salaire à 12$ l’heure se compare très défavorablement aux 16$/h que le gouvernement du Québec accorde aux sauveteurs de la piscine olympique. »

« Cette évaluation est incontournable, juge-t-elle, parce que la loi sur l’équité salariale va obliger à réévaluer les emplois à prédominance féminine. Ce sera facile, après cela, pour des employés de se présenter devant les tribunaux en plaidant qu’ils sont victimes de discrimination, d’iniquité. »

L’autre priorité syndicale, c’est la conciliation travail-famille. « On demande, donne-t-elle en exemple, la possibilité d’horaires flexibles comme cela se fait dans plusieurs entreprises. Présentement, c’est laissé au bon vouloir de l’arrondissement. C’est appliqué dans certains, mais pas dans d’autres arrondissements. On demande également de pouvoir se constituer une banque de congés pouvant être utilisés pour prolonger un congé parental ou encore pour s’occuper d’un parent malade. »

Aux dires de la présidente Monique Côté, les négociations progressent à un rythme intéressant. Mais la question fondamentale est de savoir si un éventuel règlement avec l’administration du maire Tremblay lierait les arrondissements.

Monique Côté se souvient trop bien de la journée du 18 décembre 2003 au cours de laquelle le maire a ni plus ni moins défait l’après midi, en demandant au gouvernement québécois des modifications à la Charte de la Ville de Montréal, le règlement intervenu le matin avec les organisations syndicales.

« Nous ne signerons rien sans que les arrondissements s’engagent à respecter la convention collective », jure-t-elle. Et les choses ne s’annoncent pas faciles. Déjà, l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve a interpellé le Tribunal du travail en plaidant que des objets de négociation présentement discutés à la table centrale relèvent du pouvoir des arrondissements. « Selon la Charte, reconnaît Monique Côté, c’est clair que les conditions salariales relèvent de la table centrale, mais 19 autres points sont de la juridiction des arrondissements. »

Dans les conditions actuelles, on ne voit pas très bien comment ces négociations pourront se conclure sans déboucher sur une crise majeure. Mais, peut-être justement, faut-il une telle crise pour faire prendre conscience aux Montréalais de l’état de leur ville. Y a-t-il un maire à Montréal ? La vraie question est plutôt : Montréal est-elle encore une ville !?

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.