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Nos points de repère cardinaux
N° 262 - septembre 2007
Notre homme à Washington
Qui aura la main haute sur le général Hillier ?
Pierre Dubuc
Selon certains commentateurs politiques, le Québec sort gagnant du remaniement ministériel du gouvernement Harper avec la promotion des ministres Maxime Bernier et Josée Verner, et l’Ontario perdante avec la démotion de Gordon O’Connor et Bev Oda. La réalité est tout autre.

À force de le contredire à la Chambre des Communes, le ministre de la Défense Gordon O’Connor s’était mis à dos le général Hillier qui réclamait sa peau à mots à peine couverts. Son départ réjouit donc l’establishment militaire et cet ancien lobbyiste militaire retrouvera sûrement un jour une niche dorée dans les conseils d’administration des entreprises du complexe militaro-industriel qu’il a arrosées de juteux contrats de plus de 20 milliards de dollars pendant son mandat.

La nouvelle préoccupation des milieux dirigeants torontois est de savoir si le nouveau ministre de la Défense Peter MacKay pourra avoir la main haute sur un général Hillier qui en mène de plus en plus large. On l’a même comparé au général Douglas MacArthur que le président Truman avait dû démettre dans les années 1950 parce qu’il voulait élargir la guerre de Corée à la Chine, avec l’utilisation au besoin d’armes nucléaires.

La supposée « promotion » de Maxime Bernier réjouit également à plus d’un titre l’establishment canadien. On a applaudi à Toronto le refus du ministre Bernier, lorsqu’il était ministre de l’Industrie, d’assurer des retombées économiques au Québec lors de l’attribution des contrats d’achat d’avions militaires C-17 à la compagnie américaine Boeing.

Mais, au moment où Bay Street s’inquiète de plus en plus de la prise de contrôle des fleurons de l’économie canadienne par des intérêts étrangers, la présence au ministère de l’Industrie de cet ancien vice-président de l’Institut économique de Montréal, chaud partisan de l’idéologie du laisser-faire, ne cadre plus avec l’humeur du jour.

La presse torontoise a donc salué avec beaucoup d’effusion l’arrivée au ministère de l’Industrie de Jim Prentice de qui on s’attend à ce qu’il n’hésite pas à faire intervenir l’État pour protéger le « big business » contre les affres du libre-marché.

La promotion, bien réelle celle-là de Jim Prentice, s’accompagne de la mise à l’écart du ministre des Finances Jim Flaherty qui, au lendemain du remaniement ministériel, s’est vu retirer la présidence du Comité sur la croissance et la prospérité à long terme et la vice-présidence du Comité du trésor, deux postes occupés traditionnellement par le ministre des Finances.

Dépourvu de réels pouvoirs, car le premier ministre Harper a la main haute sur les relations internationales, Maxime Bernier ne servira qu’à tenter de vendre aux Québécois la mission en Afghanistan et à assumer les contrecoups dans l’opinion publique des premières victimes militaires québécoises de cette guerre. À cet égard, le duo O’Connor-MacKay n’était pas vraiment digne de foi.

Pour s’assurer que Maxime Bernier ne lui porte pas ombrage, le premier ministre Stephen Harper a refusé que sa chef de cabinet au ministère de l’Industrie, Mme Michèle Austin, le suive aux Affaires étrangères. Mme Austin, une militante de la première heure du Reform Party, s’était acquis la réputation de tenir tête au premier ministre Harper. Comme prix de consolation, on lui a offert de devenir chef de cabinet du ministre démis Gordon O’Connor, ce qu’elle a refusé.

Quant à la nouvelle ministre du Patrimoine, Josée Verner, elle distribuera les commandites fédérales aux festivals – du « déjà vu » comme disent les Anglais – et cherchera à prendre le contrôle, à coups de millions, des festivités entourant la célébration du 400e anniversaire de la fondation de Québec.

Que le gouvernement canadien, issu de la Conquête britannique, s’invite ainsi aux célébrations entourant la fondation de la Nouvelle-France en étonnera peut-être certains. Mais, après tout, le premier ministre Stephen Harper n’a-t-il pas eu le culot, le 15 août dernier, de participer à la Fête nationale des Acadiens, alors que ses ancêtres ont prospéré en s’installant sur les terres fertiles rendues « disponibles », en 1755, par la déportation des Acadiens.

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