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Au service de la privatisation
N° 261 - juillet 2007
L’unanimité se fait contre le programme en anglais
Le cégep Édouard-Montpetit persiste et signe : yes !
Mario Beaulieu
Dans la dernière parution de l’aut’journal, nous avons relaté les démarches peu transparentes effectuées par le conseil d’administration du cégep Édouard-Monpetit (CEM) pour instaurer un programme entièrement en anglais (en entretien d’aéronefs). Même si l’autorisation du Ministère n’avait pas été donnée officiellement, le CEM a procédé à des admissions, mais celles-ci n’ont pas été suffisantes (seulement huit étudiants, dont six provenaient d’institutions francophones). Le Collège a donc reporté son projet pour la rentrée scolaire de l’automne 2008.

Après que le Syndicat des professeurs (SPPCEM) et le Syndicat du personnel de soutien (SPSCEM) du cégep aient signifié leur opposition à ce projet dans les médias, le conseil d’administration du cégep a accepté d’effectuer une brève consultation interne avant de déterminer s’il maintenait sa démarche lors d’une rencontre le 12 juin. Au terme de cette consultation, la commission d’étude du collège a pris position contre la démarche.

Lors d’une conférence de presse le 11 juin, de nombreux organismes se sont alliés aux syndicats locaux en émettant une déclaration commune pour tenter d’infléchir l’intention du conseil d’administration d’Édouard-Montpetit. Il s’agissait de l’Association générale des étudiants du collège Édouard-Montpetit (AGECEM), de la Fédération des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ/CSN), de la Fédération du personnel de soutien en éducation supérieure (FPSES/CSQ), de la CSN, de la CSQ, du Mouvement Montréal français (MMF), d’Impératif français, du Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ), de la Société nationale des Québécois Richelieu-Saint-Laurent (SNQRSL) et la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM).

Malgré cette opposition, le 12 juin, le conseil d’administration du cégep a maintenu sa demande pour instaurer un programme entièrement en anglais d’entretien d’aéronefs par un vote de 12 voix contre 5. C’est l’alliance entre les membres externes du conseil d’administration et la direction du collège qui a assuré cette majorité, alors que les représentants des professeurs, des étudiants et des employés de soutien ont tous voté contre et ont inscrit leur dissidence au procès-verbal.

Le directeur du cégep ainsi que l’attaché de presse de la ministre Courchesne ont allégué qu’il s’agit d’une mesure d’exception pour rendre ce programme accessible en anglais. Jusqu’en 2005, le programme d’entretien d’aéronefs était donné au cégep Johh-Abbot et au cégep Édouard-Montpetit (CEM). Mais seul le CEM donnait la troisième année du programme et les étudiants de John Abbott venaient y terminer leurs études en français (avec des accommodements). Or, en 2005, Jonh-Abbott décidait de ne plus donner ce programme. Alors pour recevoir les étudiants anglophones, le CEM demande donc carrément d’angliciser son programme ! De plus, dans un premier temps, le cégep avait demandé la permission d’instaurer non pas un, mais quatre programmes en anglais, dont un en technique de la santé !

En fait, certaines déclarations du directeur du cégep John Abbott, Keith Henderson l’ancien chef du Parti Égalité, laissent entendre que le projet de transfert de programme aurait été planifié depuis longtemps en catimini par le ministère de l’Éducation ! M. Henderson n’a pu s’empêcher de manifester son contentement en révélant à The Gazette qu’il y a trois ans, le ministère de l’Éducation aurait offert d’approuver un nouveau programme technique et le plan de développement d’un nouveau pavillon des sciences et technologies du cégep John Abbott à la condition qu’il accepte de mettre fin à son programme d’entretien d’aéronefs ! Le ministère de l’Éducation aurait simplement voulu rentabiliser les installations de l’École nationale d’aérotechnique (ÉNA), affilié au cégep Édouard-Montpetit, qui aurait perdu 1000 étudiants depuis les événements du 11 septembre 2001.

Le Mouvement Montréal français, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et Impératif français ont lancé un appel à la mobilisation de l’ensemble des intervenants du secteur de l’éducation et de la promotion du français. Cette décision d’un cégep français de dispenser une partie de ses cours en anglais constitue un précédent dans la région de Montréal. Elle entraîne le cégep, et éventuellement le secteur français de l’éducation postsecondaire à Montréal ainsi qu’ailleurs au Québec, sur une pente savonneuse qui pourrait bien conduire, à plus ou moins long terme, à l’anglicisation graduelle de ce secteur.

Il y a fort à parier que le nouveau programme serait essentiellement fréquenté par des allophones issus de l’école française (« les enfants de la loi 101 ») et des francophones, comme c’est déjà en grande partie le cas des cégeps anglophones. Leur formation en anglais va contribuer à angliciser davantage les milieux de travail dans la région métropolitaine, à précariser encore davantage la situation du français à Montréal et à moyen terme, dans l’ensemble du Québec.

Les trois organismes de défense du français rappellent que « le gouvernement libéral a démontré un manque de responsabilité flagrant face à l’avenir du français au Québec, en effectuant des coupures dans les services de francisation des nouveaux arrivants, en introduisant l’apprentissage de l’anglais en première année et en tentant d’élargir le financement public des écoles privées ethniques. Jusqu’où iront les accommodements linguistiques ? », demandent-ils. Ils exhortent les partis d’opposition à s’engager clairement en faveur de l’intégrité linguistique des institutions françaises d’enseignement postsecondaire et contre l’anglicisation des cégeps français.

Selon le chroniqueur du journal Le Devoir, Michel David, malgré quelques inquiétudes exprimées par le député péquiste de Gouin, Nicolas Girard, le PQ semble plutôt favorable à l’instauration du programme en anglais au CEM. M. Girard aurait aussi déclaré, à l’égard des étudiants anglophones susceptibles de s’y inscrire : « il vaut mieux leur offrir un environnement francophone que de les envoyer en Ontario ». Du côté de l’ADQ, le député de Mirabel, François Desrochers, a déclaré craindre qu’on ouvre une boîte de Pandore en créant un programme en anglais à temps plein dans un cégep de langue française et, qui plus est, dans un secteur aussi fragile que l’aéronautique. Tel que mentionné par M. David, « comme dans le cas des accommodements raisonnables et du doublage de films, le PQ risque de se faire doubler par l’ADQ sur le terrain identitaire. »

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