L'aut'journal
Le jeudi 24 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Au service de la privatisation
N° 261 - juillet 2007
Même en 1969, il réservait l’assurance-maladie aux plus pauvres
Claude Castonguay s’obstine à miner sa crédibilité
Saideh Khadir*
Pourquoi le premier ministre Charest et Mme Jerôme-Forget remettent-ils en cause notre système de santé dont il a été démontré qu’il est l’un des meilleurs et des plus efficients au monde? Dans toute institution, on peut trouver des lacunes. Et on peut corriger les lacunes du notre système de santé public à l’intérieur même du système plutôt que de proposer la privatisation, une solution qui jette le bébé avec l’eau brouillée du bain.

Plusieurs groupes de médecins, de professionnels de la santé, d’acteurs sociaux , d’économistes ont proposé des solutions aux lacunes de notre système de santé, plus particulièrement au problème d’accès lors de la consultation publique qui a suivi le jugement Chaoulli.

On croyait enfin pouvoir passer à l’action. Mais voilà qu’on propose un nouveau comité parce que les conclusions des précédents ne font pas l’affaire parce qu’ils ne proposent pas le privé comme solution.

La ministre des Finances Mme Jérôme-Forget crée un nouveau comité sur le financement des soins santé en invoquant toujours les mêmes arguments désuets et catastrophistes.

Pourtant, n’a-t-on pas démontré, preuves à l’appui, que la part du PIB attribuée à la santé est demeurée la même depuis 1974, c’est-à-dire 7 % du PIB. Que, selon les meilleures recherches, le vieillissement de la population augmentera de manière très relative et graduelle et que l’économie pourra facilement en absorber le coût.

Visiblement, on ne tient pas à passer à l’action et améliorer le système. On veut plutôt trouver un moyen de convaincre la population d’introduire le privé. Comme aucune personne raisonnable ne voudrait logiquement débourser pour des services accessibles et de qualité sans frais d’utilisation, on utilise la manipulation politique et une campagne de peur. Les médias pourraient faire la différence en vérifiant, puis en rectifiant les faits.

On n’a pas besoin d’une nouvelle commission sur le financement du système de santé et encore moins de M. Castonguay à sa tête. Nous avons déjà assez de preuves qu’un système médical et hospitalier privé parallèle augmentera les coûts globaux de la santé pour le citoyen avec des soins de moindre qualité, moins d’accessibilité et moins d’équité.

Comme médecin qui avons à coeur la santé de nos patients, nous avons tout à craindre de cette privatisation. S’il doit y avoir une autre commission, ses membres devront être des experts et citoyens neutres. Or, la crédibilité de M. Castonguay a progressivement été minée par sa manière entêtée de proposer les mêmes solutions devant l’évolution constante des besoins de la population et de la pratique médicale. D’ailleurs son titre de père de l’assurance-santé inlassablement évoqué par lui et malheureusement repris par les journalistes est abusif puisque, même en 1969, il proposait que l’assurance-maladie ne s’applique qu’aux plus pauvres alors que Tommy Douglas l’avait instauré 10 ans plus tôt en Saskatchewan.

D’ailleurs, l’expérience des cliniques privés payantes, qui ont proliféré au cours des derniers mois et années, nous démontre que non seulement cette solution n’a pas allégé le système public mais, bien au contraire, qu’elle a allongé les listes d’attente dans le système public en drainant vers le privé des radiologistes ou des médecins déjà rares. D’ailleurs un rapport commandé par le ministre Couillard condamne la pratique illégale des frais accessoires chargés aux patients dans certaines cliniques.

Le Québec est plus riche que jamais. La qualité et l’équité des soins de santé font partie des valeurs fondamentales de la société québécoise. Notre système de santé public est un des plus efficients au monde. Nous connaissons en grande partie comment pallier les lacunes de notre système. Il est prouvé que le privé n’est pas une solution pour l’accessibilité, pour la qualité et les coûts. Nous n’avons pas besoin d’un nouveau comité. Nous avons besoin d’action pour faire en sorte qu’au Québec, on puisse se soigner selon nos besoins et non pas notre capacité de payer.

* Urgentologue

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.