L'aut'journal
Le jeudi 17 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Au service de la privatisation
N° 261 - juillet 2007
La Révolution tranquille, c’est la création de l’État québécois
Voulez-vous laisser le Canada gérer notre économie ?
Gabriel Ste-Marie
En juin dernier, le Syndicat de la fonction publique du Québec a organisé un important colloque portant sur le rôle de l’État et de sa fonction publique. C’est l’ancien Premier Ministre du Québec, Jacques Parizeau, qui a clôturé l’événement. Son exposé a démontré le rôle crucial de l’État dans le développement de l’économie, de la création du Canada jusqu’au cadre actuel de la mondialisation et, en particulier, lors de la Révolution tranquille.

M. Parizeau a critiqué les émules du laissez-faire et dénoncé les attitudes dogmatiques : « Ceux qui aujourd’hui rêvent d’un retour à une sorte d’âge d’or où l’État se faisait une vertu de ne pas intervenir et se pliait au libre jeu du marché auraient un sérieux besoin d’un cours d’histoire économique ». Pour M. Parizeau, il faut délaisser les a priori et étudier les différents problèmes économiques au cas par cas, toujours dans l’intérêt des citoyens.

À ceux qui croient que la dette publique constitue le principal problème du gouvernement, plutôt que le développement économique et social, il rappelle l’exemple du gouvernement de Duplessis. Ce dernier, en brouille avec les milieux financiers, va rembourser toute la dette publique. Jacques Parizeau s’indigne : « On n’aura ni les écoles, ni les universités, ni les hôpitaux, ni les routes que l’on aurait dû avoir, mais on n’a pas de dette. On a le plus bas taux de scolarisation secondaire au monde dit développé, avec le Portugal, mais des finances publiques magnifiques. » Il dénonce d’ailleurs le fait qu’aujourd’hui un jeune sur cinq sort du système d’éducation sans aucun diplôme. Il s’agit d’un problème bien plus important que celui de la dette.

La Révolution tranquille, c’est la création de l’État québécois. Le conférencier rappelle les propos de René Lévesque : « Le seul instrument dont les Québécois disposent vraiment c’est leur État ». Pour que le Québec développe son économie et son identité, M. Parizeau explique ce qui a été nécessaire : « Il faut d’abord faire reculer le fédéral, donner de l’espace à cet État que l’on veut construire. Deuxièmement, il faut complètement chambarder le système d’éducation et le rendre vraiment accessible à l’ensemble de la population et, troisièmement, se doter d’instruments d’intervention qui définissent un espace économique québécois et des centres de décision au Québec. »

Une partie importante des activités de la révolution tranquille a été de prendre l’espace occupé par Ottawa : « Chaque fois que c’est possible, remplacer un programme fédéral par un programme québécois. L’apothéose de cette politique se produit en 1964, alors que le Québec se retire de 29 programmes à frais partagés, obtient une compensation sous forme de points d’impôts pour certains programmes et de transferts financiers pour d’autres. Du même coup, il établit une Régie des Rentes distincte du Canada Pension Plan, ce qui permettra de créer la Caisse de Dépôt ». Le Québec est la seule province à agir de la sorte, toutes les autres préfèrent conserver les programmes fédéraux.

Les sociétés d’État permettent aux francophones de participer à leur économie : « Hydro-Québec, la Caisse de Dépôt et Placement, – l’entrepreneur et le financier – vont devenir des symboles de la capacité enfin découverte de la société québécoise francophone à participer avec succès aux plus grandes décisions économiques et financières qui la concernent, et plus tard d’intervenir dans le cadre de la mondialisation. »

Les entreprises publiques modifient le fonctionnement des marchés canadiens à l’avantage des intérêts du Québec : « La Caisse de Dépôt, par exemple, va permettre de casser le syndicat financier qui pendant si longtemps a exercé un monopole sur les emprunts du gouvernement du Québec. Sidbec va permettre de ramener le prix de l’acier plat (nécessaire à l’industrialisation) à Montréal au niveau du Sud de l’Ontario, puis faire sauter le prix de base du minerai de fer fixé au Lac Érié qui faisait que le minerai de la Côte Nord était hors de prix à Montréal. SOQUEM va ramener l’exploration minière au Québec ; Petromont, sous la direction de la SGF, va sauver l’industrie pétrochimique à Montréal, après que l’établissement de la ligne Borden par Ottawa, le long de la rivière Outaouais, ait entraîné la fermeture de la majeure partie du raffinage de pétrole à Montréal. La SGF et la Caisse de Dépôt, en achetant le contrôle de Domtar, vont renverser la décision de cette compagnie de ne plus investir au Québec. » Malgré quelques échecs, comme celui de l’industrie de l’amiante, l’intervention de l’État permet au Québec de développer son économie.

L’ancien Premier ministre explique qu’aujourd’hui, avec le marché mondial, les nouveaux problèmes concernent davantage la localisation des sièges sociaux et le contrôle des centres de décision, comme l’éventuel déménagement du siège d’Alcan aux États-Unis.

Avec la mondialisation, Jacques Parizeau explique que seul le gouvernement central peut s’exprimer au concert des nations et négocier les ententes commerciales qui s’appliquent ensuite aux provinces et municipalités. Le rôle de l’État du Québec province, qui a été très important pour l’économie depuis la révolution tranquille, ne peut que péricliter. Il faut donc se brancher : ou on choisit le Canada comme pays et on accepte de lui laisser gérer notre économie et nous représenter, ou on fournit à Québec les moyens d’être responsable de ses affaires, en réalisant la souveraineté.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.