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Les changements linguistiques
N° 260 - juin 2007
On estime à 120 000 les membres des gangs de rue à Los Angeles
Le recrutement syndical a changé la donne
Paul Martineau
Presque tout avait été essayé pour combattre le fléau des gangs de rues à Los Angeles, la capitale américaine des gangs. Les descentes de polices musclées, les outils législatifs ultra-sévères, les emprisonnements massifs, les ex-prisonniers devenus travailleurs de rue et les programmes religieux n’ont jamais réussi à enrayer le phénomène.

La ville est toujours divisée en petits fiefs autours desquels s’affrontent les gangs rivaux et où plusieurs résidents sont victimes de balles perdues chaque année. On estime à 120 000 les membres des gangs de rues à L.A. Plusieurs jeunes noirs et latinos des quartiers pauvres y voient leur seule perspective d’avenir dans un environnement sans débouchés, et la peur de la prison n’y change pas grand chose.

«Nous avons la loi des “ trois prises ” (emprisonnement après la troisième condamnation, peu importe l’offense), la prison, et tout ça, mais vous ne pouvez pas pousser un jeune à être confiant en l’avenir en le terrifiant », explique Greg Boyle, un prêtre jésuite qui intervient auprès des membres de gang en entrevue au magazine Time.

Dans son édition du 21 mai dernier, le quotidien Los Angeles Times aborde justement le cas de plusieurs ex-membres de gangs et ex-prisonniers qui ont retrouvé foi en l’avenir, laissant derrière eux leur passé criminel. L’article intitulé : « Les membres de gangs de L.A. se tournent vers le syndicalisme » souligne le nombre croissant de ces délinquants juvéniles et ex-prisonniers qui réussissent à obtenir des emplois bien payés et valorisants grâce aux syndicats de la construction.

Un des jeunes qui se confie au L. A. Times est Julio Silva, ancien membre de gang, voleur de voiture et consommateur de drogues dures qui a séjourné plusieurs fois derrière les barreaux. Après sa dernière sortie de prison, il y a quatre ans, il est devenu apprenti sur les chantiers de construction, au sein du Local 433 du syndicat des monteurs d’aciers. Dès le départ, il gagnait 29 $ l’heure plus les avantages sociaux. À la fin de son apprentissage, Silva verra son salaire monter jusqu’à 49 $ l’heure, alors que l’industrie de la construction est en plein essor à Los Angeles.

« Je n’aurais jamais pensé que mon passé me permettrait d’avoir quelque chose de plus que 7 $ l’heure, confie-t-il au journaliste. Ça ne serait pas possible ailleurs qu’avec le syndicat. Ils m’ont donné la meilleure opportunité de ma vie. Mes yeux deviennent humides quand je pense là où j’étais il y a quelques années et où je suis maintenant. Je suis fier d’être membre des monteurs d’aciers. »

Pendant longtemps, les bons emplois spécialisés dans la construction en Californie étaient réservés à ceux qui était « connectés » dans le milieu. Les pères permettaient à leurs fils d’obtenir leurs cartes de compétences et l’affiliation syndicale, au sein de professions où les blancs formaient l’écrasante majorité.

Mais aux prises avec un membership en déclin et face à la compétition de la main-d’œuvre non-syndiquée, les syndicats ont fait des efforts de recrutement considérables chez les jeunes noirs et latinos des quartiers pauvres, dont plusieurs avaient été membres de gangs.

Le Los Angeles Times fait d’ailleurs le décompte : les jeunes du quartier de Wilmington ont déserté les deux gangs rivaux qui s’y livraient une guerre sanglante pour joindre le syndicat des monteurs d’aciers, qui leur offrait un avenir prometteur. Ceux du quartier de Harbor Gateway ont délaissé la bande du coin pour joindre en masse le Local 105 des Métallos, alors que le tristement célèbre gang criminel des Tiny Diablos, dans le quartier South Side, a perdu plusieurs membres qui préféraient des emplois tranquilles et payants au sein des Teamsters.

« C’est ici notre gang maintenant, mais dans un sens positif », confie au journal l’ex-revendeur de « crack » Albert Frey, devenu apprenti au sein du local 250 des Frigoristes.

En entrevue au USA Today, le président du local 433 du syndicat des monteurs d’aciers, Robie Hunter, explique d’ailleurs qu’une fois rendus sur les chantiers, ces jeunes hommes découvrent un nouveau sentiment d’appartenance. « Il y a seulement une gang ici, et c’est celle des monteurs d’aciers », dit-il. Selon lui, les jeunes durs à cuire couverts de tatouages sont parfois surpris en arrivant au travail. « Nous leur disons que ce travail n’est pas pour tout le monde. Nous perdons deux ou trois travailleurs par année; c’est brutal. Mais ils veulent travailler et ce sont de bons travailleurs. Et ils gagnent de bons salaires. »

Dans une autre entrevue, le syndicaliste précise que son syndicat est particulièrement populaire pour ces jeunes qui veulent réorienter leur vie. « Les électriciens exigent qu’ils fassent de l’algèbre et tout ça. Nous exigeons seulement qu’ils soient sans peur. Ils sont parfaits pour nous. »

Plusieurs syndicats de la construction font maintenant affaire avec des groupes communautaires spécialisés dans l’intervention auprès des jeunes qui cherchent à quitter les gangs de rues. L’organisme Homeboys essaie de les motiver à joindre un syndicat et trouver un emploi avec son slogan « Rien n’arrête les balles comme un job ». De quoi faire réfléchir les administrations successives au pouvoir en Californie et à Los Angeles qui ont tenté – sans succès- de mettre au pas les gangs tout en combattant énergiquement la syndicalisation des travailleurs.

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