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Les changements linguistiques
N° 260 - juin 2007
La mère au foyer n’a pas la cote seulement au Québec
Êtes-vous du type hédoniste, tradition, fusion ou Faf ?
Karine Tremblay
Voilà la question que pose l’essai de la journaliste française Cécile Margain. En effet, la mère au foyer a la cote dans les médias. Ce n’est encore qu’une minorité de femmes qui abandonnent leur carrière pour se consacrer à la famille, mais ce phénomène apparaît en France comme ailleurs. Le retour à la maison des jeunes mères représente la « conciliation par défaut » pour vivre la maternité dans ce monde effréné. Est-ce pour autant un choix éclairé ?

Cécile Margain explore cet univers et les raisons qui peuvent y pousser les femmes. Dans un essai bien documenté, avec humour et respect, la journaliste nous présente quatre portraits de femmes au foyer, ponctués de données et de témoignages. La « mère hédoniste », fatiguée de sa vie de marathonienne, préfère arrêter de travailler, du moins temporairement, pour profiter de la vie.

La « mère tradition » pense que sa présence à la maison est garante d’une bonne éducation. La « mère fusion », quant à elle, se croit seule capable de prendre soin de ses enfants, ce qui lui permet en même temps d’échapper à un travail stressant ou peu valorisant.

Enfin, la « femme au foyer » (FAF) forcée se retrouve à la maison à défaut d’avoir déniché un emploi ou un service de garde convenable, mais elle ne s’y sent pas à sa place. Selon les valeurs et les raisons, le retour au foyer se fait avec plus ou moins de liberté. Des facteurs sociaux influencent toujours le choix. À travers ces portraits, l’auteure nous présente les difficultés de concilier le rôle de mère avec la carrière.

Depuis l’entrée massive des femmes sur la marché de l’emploi, leur travail n’est toujours pas reconnu à sa juste valeur, spécialement celui des mères. Leur taux d’activité chute avec le nombre d’enfants : 80 % au premier, 58 % au second et 36 % au troisième, selon l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE) de France. De plus, il devient difficile de gravir les échelons en s’occupant de sa famille. Malgré la performance professionnelle des femmes, les employeurs exigent généralement une grande disponibilité, ce qui favorise les hommes.

Ces derniers, contrairement aux femmes, soumettent peu leur vie professionnelle aux exigences familiales, et ils contribuent beaucoup moins aux tâches domestiques, même quand la mère travaille. Malgré les beaux discours et les bonnes intentions, la nouvelle paternité se fait attendre : 65 % des pères disent s’occuper des enfants, se lever la nuit, rentrer plus tôt du boulot, mais seulement 37 % des femmes le confirment. Résultat : les mères cumulent la double journée de travail et finissent par s’épuiser. Alors, elles quittent parfois leur emploi, pour se simplifier la vie.

Après tout, les femmes demeurent les grandes responsables de la bonne éducation des enfants. Pourquoi ne pas rester à la maison pour s’y investir totalement ? Dès le berceau, les petits ont besoin de stimulation, et leur développement devient l’œuvre de tous les instants. Rien ne prouve pourtant qu’un tel investissement maternel donne les meilleurs résultats, mais les « spécialistes » encouragent tout de même les parents – c’est-à-dire les mères – à se dévouer.

L’État français a aussi trouvé une façon d’inciter les femmes à rentrer chez elles : le Complément au Libre Choix d’Activité (CCLA). Il s’agit d’une allocation mensuelle de 500 euros versée aux parents – des mères à 98 % – dès la naissance du deuxième enfant, et ce pendant trois ans. L’État offre ainsi la garde individualisée aux petits Français et économise sur les garderies, tout en trouvant une « solution » au chômage de femmes dans une situation précaire.

Ces enjeux, et plusieurs autres, sont discutés par Cécile Margain dans son livre La femme au foyer est-elle l’avenir du féminisme ? (Éditions No 1, 2007). On prend beaucoup de plaisir à lire cet essai et à réfléchir à cette problématique qui retarde l’atteinte d’une réelle égalité. La question-titre s’avère très pertinente, puisque les valeurs conservatrices reviennent en force, avec le danger de retour en arrière. D’ailleurs, l’auteure cite à quelques reprises La femme mystifiée de Betty Friedan, un classique féministe des années 60, pour exprimer le mal-être des femmes au foyer, lequel existe toujours, même quand elles le choisissent.

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