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Les changements linguistiques
N° 260 - juin 2007

L’arrivée d’Internet ouvre une fenêtre démocratique
Pierre Dubuc
Depuis sa création, il y a 23 ans, l’aut’journal rêve de pouvoir présenter une solution de rechange solide aux grands médias de masse.

Bien entendu, nos moyens sont ridicules si on les compare à ceux de ces grands empires que sont Gesca de Power Corporation et Quebecor. Mais l’accélération de la concentration déjà exceptionnelle des médias au Québec, accentuée aujourd’hui par le phénomène de la convergence, rend cet objectif encore plus nécessaire, mais aussi, en apparence, plus inaccessible.

Nous assistons à une convergence si poussée entre les journaux fédéralistes de Power Corporation et Radio-Canada qu’on pourrait presque parler de Radio-Gesca. Du côté de Quebecor, le lock-out au Journal de Québec nous montre la volonté de la direction de tasser les syndicats de côté pour réorganiser l’empire à partir du site Internet Canoë avec l’embauche de journalistes pigistes équipés de caméra et chargés éventuellement d’alimenter le site Internet, TVA et les journaux de Montréal et de Québec. Cette réorganisation s’effectue en bonne partie à partir des bureaux de Sun Media à Toronto.

Ces transformations s’accompagnent d’une convergence idéologique de plus en plus poussée entre la défense du fédéralisme et des intérêts du patronat. La ligne éditoriale des journaux de la famille Desmarais à cet égard est connue depuis belle lurette. Chez Quebecor, on voit maintenant trôner les fédéralistes et néolibéraux Richard Martineau et Nathalie Elgrably dans des pages occupées auparavant Pierre Bourgault, Franco Nuovo et Léo-Paul Lauzon. La décision de Lise Payette d’interrompre sa chronique en solidarité avec les lock-outés du Journal de Québec et celle de Joseph Facal de poursuivre la sienne confirment ce virage.

Une étude sérieuse de la question démontre l’extraordinaire difficulté que représenterait la création d’un quotidien ou d’un hebdomadaire progressiste et souverainiste. Plus de 80 % des revenus des médias proviennent de la publicité et les grandes corporations ne soutiendront pas des médias qui les contestent.

Cependant, l’arrivée d’un nouveau média – Internet – ouvre une fenêtre démocratique que les forces progressistes et souverainistes doivent occuper. À chaque fois, au cours de l’histoire, où la concentration des médias étouffait la démocratie, c’est par un nouveau média que la solution est apparue. Franklin Roosevelt utilisa ses « causeries au coin du feu » à la radio pour contourner l’opposition des médias écrits à son New Deal. De même, c’est par ses conférences de presse télévisées que De Gaulle rallia l’opinion publique à sa position sur l’Algérie. Au Québec, la télévision joua un grand rôle dans la Révolution tranquille et produisit l’homme politique le plus important de son époque : René Lévesque.

Aujourd’hui, Internet peut jouer, selon nous, le même rôle et c’est dans cette perspective que nous présentons dans ce numéro l’aut’journal au-jour-le-jour, le nouveau site de l’aut’journal. Un projet en partie inspiré par l’expérience du site coréen www.ohmynews.com, un site qui réussit à tenir tête aux grands médias écrits de ce pays.

Notre projet de quotidien Internet tient compte des caractéristiques propres au moyen de communication qu’est Internet, aux particularités du Québec et aux spécificités propres à l’équipe de l’aut’journal. D’entrée de jeu, il faut préciser que la production d’un véritable quotidien est un objectif à moyen terme. Au départ, il s’agira plutôt de s’assurer de mises à jour quotidiennes. Puis, au fur et à mesure de l’élargissement de l’équipe de rédaction, on pourra augmenter le nombre d’articles, d’entrevues, de chroniques, de vidéos apparaissant sur le site.

Notre site Internet sera, comme l’est l’aut’journal, indépendant, indépendantiste et progressiste. Les articles devront être pertinents, bien écrits, appuyés sur des faits. Et il y aura évidemment de la place, comme dans le journal, pour des textes polémiques.

La politique rédactionnelle s’inspirera de celle de l’aut’journal. Internet permettant la publication de beaucoup plus d’articles que la version papier de l’aut’journal, nous pourrons élargir le spectre idéologique, mais nous ne voulons pas que le site devienne un fourre-tout. C’est une erreur fréquente de ceux qui lancent de nouveaux sites Internet que de vouloir l’ouvrir à tout ce qui s’écrit avec comme résultat que leurs sites sont sans personnalité, sans ligne rédactionnelle directrice.

Nous pourrons et devrons accorder une plus grande place aux différentes régions du Québec, de façon à en faire un quotidien vraiment national. C’est une politique délibérée et bien établie des magnats de la presse au Québec que de fragmenter le marché. L’actualité du Bas-du-fleuve et de la Gaspésie se retrouve uniquement dans Le Soleil de Québec et est inconnue à Montréal et dans les régions où Le Soleil n’est pas distribué. L’actualité du Saguenay-Lac-St-Jean est traitée dans le Quotidien et franchit rarement le Parc des Laurentides. Il en va de même avec l’actualité de l’Outaouais couverte par Le Droit, celle de l’Estrie par La Tribune et de la Mauricie par Le Nouvelliste. Il n’y a donc pas au Québec de véritable journal national malgré les prétentions montréalaises de La Presse.

Nous aurons des inédits, des articles sur des conflits ou des réalités qu’occultent les autres médias. Par exemple, l’actualité syndicale est très pauvrement couverte par les grands médias. De même, de nombreux événements, assemblées, débats, films ne trouvent aucun écho dans la presse écrite. Nous publierons des analyses, des opinions qu’ignorent l’ensemble des médias.

Mais nous aurons également des articles présentant un autre point de vue sur des sujets traités par les grands médias, en critiquant si nécessaire le traitement journalistique qui leur aura été réservé.

Nous allons constituer une petite équipe de rédaction pour faire le choix des articles, les corriger et les mettre en style journalistique, faire des entrevues, traduire des textes.

Une des caractéristiques d’Internet est d’offrir la possibilité aux lectrices et aux lecteurs d’enrichir les articles publiés, soit en les complétant, les corrigeant ou même les contredisant. Nous allons permettre à notre lectorat de jouer ce rôle en publiant à la suite des articles leurs commentaires. Il ne s’agit pas ici de publier tous les commentaires comme sur un blogue, mais seulement ceux qui enrichissent un article. Les autres commentaires pourront se retrouver dans le courrier du lecteur.

Nous voulons également faire appel aux journalistes pigistes, aux journalistes en herbe, aux journalistes citoyens, à toutes celles et ceux qui sont témoins d’événements, qui connaissent à fond un sujet ou qui en connaissent bien un aspect, autrement dit à toutes celles et ceux qui peuvent nous envoyer des textes – bien écrits ou mal écrits (nous les réécrirons au besoin) – pour apporter leur contribution à ce site Internet.

Nous aurons également besoin de photos, de caricatures et de photos-montage. Nous accueillerons aussi de courts vidéos et des documents sonores.

Nous ne pourrons rémunérer ces journalistes pigistes, tout comme nous ne pouvons rémunérer celles et ceux qui écrivent dans les pages de la version papier de l’aut’journal. Cependant, nous allons verser un montant de 50 $ par mois au meilleur article (ou photo, caricature, vidéo, document sonore) de ces journalistes citoyens et 50 $ encore à l’article (ou photo, caricature, vidéo, document sonore) le plus « fréquenté ».

La popularité d’Internet tient en grande partie au fait que l’information qui y circule est gratuite. Les diverses tentatives de faire payer les utilisateurs pour la fréquentation de sites ont presque toutes échoué. À notre connaissance, seul l’accès au Wall Street Journal est payant.

Certaines publications exigent un tarif pour avoir accès à certains articles et à leurs archives ou les réservent à leurs abonnés. Le Devoir ouvre ses archives à ses abonnés, mais a également lancé une formule d’abonnement Internet, moins chère que l’abonnement normal, qui permet l’accès aux articles du jour et aux archives. Une telle formule pourrait éventuellement être envisagée, mais elle ne nous semble pas appropriée pour une nouvelle publication qui aurait encore à faire ses preuves. L’accès à notre site sera donc gratuit.

Nous nous donnons la possibilité de réserver quelques bannières pour la vente de publicités. Mais nous ne voulons pas surcharger le site avec des espaces publicitaires et les publicités ne devront pas contrevenir à l’orientation générale de l’aut’journal au-jour-le-jour.

Nous examinons la possibilité d’imposer un tarif minimal aux organisations syndicales ou autres organismes qui voudront que leurs communiqués se trouvent dans les rubriques à cet effet sur notre site.

Nous pourrons également vendre, par l’intermédiaire de notre site, nos publications ou des produits dérivés. Cependant, nous n’avons pas l’intention de nous transformer en magasin général. Cela restera donc marginal.

Nous ne comptons pas non plus sur des subventions gouvernementales. Notre expérience à l’aut’journal est éloquente sur le cul-de-sac d’une telle perspective.

L’essentiel de notre financement devra provenir du soutien de nos lecteurs et de nos lectrices comme c’est actuellement le cas avec l’aut’journal. Nous allons donc vous solliciter plus activement, lectrices, lecteurs et partenaires syndicaux pour que vous augmentiez votre contribution aux AmiEs de l’aut’journal, la fondation qui est déjà responsable de plus de 40 % des revenus de l’aut’journal.

Notre site sera fonctionnel à compter du 11 juin. Vous pouvez visualiser la maquette dans les pages centrales du journal.

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