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Les changements linguistiques
N° 260 - juin 2007
Le PQ doit se remettre en question sans faire dévier la lutte
Se recentrer vers la droite autonomiste est un suicide
SPQ Libre
Au lendemain de l’élection, prenant prétexte du recul du Parti Québécois et des succès de l’ADQ, des voix se sont élevées pour inviter les péquistes à se « recentrer » vers la droite et à mettre sur la glace la souveraineté. Dans certains milieux, on vient de « découvrir » la classe moyenne et la famille et leur attribuant des valeurs qui seraient, laisse-t-on entendre, en porte-à-faux avec le projet social et national du Parti Québécois. Il convient ici de remettre quelques pendules à l’heure.

La classe moyenne est née du New Deal du président américain Franklin Delano Roosevelt au cours des années 1930. Ces politiques comprenaient la reconnaissance et la croissance du mouvement syndical. Des politiques similaires ont été adoptées au Canada – avec le Bennett New Deal du nom du premier ministre canadien de l’époque – et dans la plupart des pays industrialisés.

Aujourd’hui, on constate une adéquation presque parfaite entre le taux de syndicalisation et la répartition de la richesse. C’est dans les pays où le taux de syndicalisation est le plus élevé que la richesse est répartie de la façon la plus égalitaire. Les valeurs associées au syndicalisme (solidarité, entraide, interventionnisme de l’État) sont largement partagées par les Québécois, malgré le matraquage idéologique néolibéral des dernières décennies.

Le même raisonnement s’applique dans le cas de l’institution familiale. Sa « redécouverte » ne justifie en rien une dérive droitière. La famille est une unité d’entraide, de solidarité et de coopération. C’est aussi le lieu premier de l’affirmation identitaire, de l’apprentissage de la langue maternelle et de la défense des intérêts nationaux. C’est le creuset du projet souverainiste.

Mais la mondialisation et les flux migratoires qui l’accompagnent font naître dans les populations du globe une insécurité identitaire qui se traduit par une recherche d’affirmation collective et nationale. Ce sentiment aurait dû être un puissant argument en faveur de l’indépendance nationale. Mais, au cours des dernières années, certains ont voulu « épurer » le nationalisme québécois par l’élagage de tout référent ethnique, culturel et parfois même linguistique.

C’est ainsi que la campagne électorale s’est déroulée sans aucune référence à la défense et à la promotion de la culture et de la langue françaises, qui sont pourtant la raison d’être du mouvement national québécois. Est-ce que d’avoir tellement dépouillé le projet souverainiste de ses attributs nationaux fait qu’on puisse aujourd’hui envisager sa mise au rancart ?

Tout « recentrage » vers la droite et toute dérive vers l’autonomisme serait suicidaire. Nous sommes d’accord avec tous ceux qui proclament que l’approche du « bon gouvernement », qui était celle de la feuille de route, a fait long feu. Cependant, il ne suffit pas de proclamer vouloir faire un pays pour rallier les Québécois à ce projet. Il faut leur dire de quoi aura l’air le pays du Québec et comment nous proposons d’y arriver.

L’indépendance du Québec n’étant pas aujourd’hui le projet du seul Parti Québécois, il faut élargir la perspective pour jeter les bases de la nouvelle grande coalition qui nous conduira au pays. Comment ? En ouvrant le débat sur la future constitution du pays du Québec.

Le programme adopté en 2005 prévoit de créer, au lendemain d’un référendum gagnant, « une assemblée constituante qui aura le mandat de préparer la constitution permanente de l’État souverain du Québec ». La future assemblée constituante aura, entre autres, pour mandat de définir nos futures institutions politiques (régime parlementaire britannique ou régime présidentiel, scrutin proportionnel, etc.), établir les droits des nations autochtones, de la minorité anglophone et des minorités ethniques, comprendre une charte des droits individuels et sociaux, une charte de la langue, prévoir la répartition des pouvoirs entre le gouvernement central et les gouvernements régionaux et bien d’autres sujets.

La philosophie, l’esprit et les différents articles de la future constitution devraient faire l’objet d’un vaste débat à être enclenché le plus tôt possible. Nous devrions nous inspirer de l’expérience des États-Unis d’Amérique. Les principaux artisans de la constitution américaine, Alexander Hamilton, James Madison, John Jay, ont publié à l’époque des articles dans les journaux new-yorkais pour expliquer la philosophie de la nouvelle constitution et défendre le bien-fondé de ses différents articles. Ces contributions connues sous le nom de Federalist Papers servent encore aujourd’hui de guide d’interprétation du document fondateur de la république américaine.

Nous devrions produire nos « Sovereignist Papers », nos « Contributions souverainistes ». Celles-ci seraient publiées afin d’assurer la participation du plus grand nombre de nos concitoyennes et de nos concitoyens. Le mandat de cette tâche extrêmement importante pourrait être confié à un organisme indépendant des partis politiques afin de permettre le spectre le plus large possible d’opinions.

Pour rallier la population au projet de pays, le Parti Québécois devra également développer ses politiques sur un certain nombre de chantiers jugés prioritaires dans la perspective de la souveraineté.

Déjà, notre programme prévoit la formulation de grandes politiques nationales et les conseils nationaux sont prévus à cet effet. Sur la question de l’environnement – et dans une moindre mesure l’éducation – nous l’avons fait. En proposant la réduction de notre dépendance au pétrole, nous ouvrions la voie à un vaste projet économique, environnemental et social basé sur le développement de l’énergie hydro-électrique et éolienne, sur le transport collectif urbain et inter-cité avec tramways, trains rapides et voitures électriques. Un projet qui structurait l’occupation du territoire. Malheureusement, ce thème n’a pas été suffisamment développé ni avant ni pendant la campagne électorale.

Il serait sans doute nécessaire de lui jumeler une politique de plein emploi, une question extrêmement importante dans le contexte de la concurrence asiatique, du vieillissement de la population et de la pénurie de main d’œuvre appréhendée, et de l’importance du décrochage scolaire chez nos jeunes.

Nous pourrions multiplier les exemples de politiques nationales pour un Québec indépendant, de ces politiques qui permettront que prennent forme dans la tête des gens les grands contours, la charpente, l’ossature du pays que nous proposons.

Ajoutons que, dans le cas d’un gouvernement péquiste minoritaire – une éventualité que nous ne pouvons plus maintenant exclure – ou dans les circonstances exceptionnelles où un gouvernement majoritaire du Parti Québécois ne pourrait déclencher rapidement un référendum, il pourrait être tiré de ces positions un programme de gouvernement « minimal », c’est-à-dire des politiques qu’il serait possible à ce gouvernement de réaliser dans le cadre du Québec-province, dans le cadre des contraintes du fédéralisme canadien, mais en expliquant la nécessité de l’indépendance pour leur réalisation pleine et entière. Le programme servirait alors non de programme de « bon gouvernement », mais d’outil pédagogique pour préparer une nouvelle élection générale ou le référendum.

Dans un texte publié au lendemain de l’élection, M. Louis Bernard a mis le doigt sur une des grandes faiblesses de la dernière campagne électorale en proposant que le Parti Québécois explique davantage le « comment » se fera la souveraineté « afin que la population ait l’assurance que la transition pourra se faire correctement ». Il parle d’une période de transition au cours de laquelle des négociations s’engageront avec le Canada, où il faudra s’assurer de la continuité des services actuellement dispensés par le gouvernement fédéral et de la reconnaissance internationale d’un Québec souverain.

Ce sont là des questions extrêmement importantes dont il faudrait débattre, non pas seulement dans le cadre enfiévré d’une campagne électorale, mais au cours de la période qui précède un rendez-vous électoral.

Il faudrait également AVANT la prochaine campagne électorale traiter d’un certain nombre de questions « négligées » par le mouvement souverainiste. Bien que nous ne voulions pas revenir à un projet de souveraineté-association ou souveraineté-partenariat dans lequel l’accession à la souveraineté est conditionnelle à son acceptation par le Canada anglais, rien ne nous empêche d’entrevoir quelles pourraient être nos relations avec nos voisins canadiens et américains. Nos relations avec les peuples autochtones et la minorité anglophone sont également cruciales.

La défaite électorale a provoqué chez certains de « profondes remises en question existentielles » que d’autres essaient de manipuler pour faire dévier notre lutte de son cours. Mais les indépendantistes ne se laisseront pas distraire. Près de 250 ans de domination nous ont convaincus de l’acharnement des gouvernements qui nous ont dominés et nous dominent toujours à réactualiser dans le contexte propre de leur époque les aspects fondamentaux de la Conquête britannique. Encore aujourd’hui, nous ne sommes libres que « dans la mesure où le permettent les lois anglaises » comme le stipulait la Proclamation royale de 1763.

Vive le Québec libre, progressiste, français, écologiste et pacifiste !

Marc Laviolette, président

Pierre Dubuc, secrétaire

Pour le club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre)

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