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Les changements linguistiques
N° 260 - juin 2007
Les profs de Rimouski protestent contre les bâillons à la Charest
Les grévistes inventent la journée de grève travaillée
Alain Dion*
Le mardi 1er mai dernier, fête des travailleuses et des travailleurs, les enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski tenaient une journée de grève afin de dénoncer publiquement le sous-financement chronique du réseau collégial et les orientations décentralisatrices du ministère de l’Éducation qui, présentement, entend réduire le nombre de programmes de formation offerts en région.

Le mardi 1er mai dernier, les profs de Rimouski occupaient la place publique afin de redire une fois de plus que les politiques de rationalisation du gouvernement Charest en matière d’enseignement collégial accélèrent présentement l’exode des jeunes et favorisent l’exclusion et la sous-scolarisation en région.

Le 1er mai dernier, les profs de Rimouski profitaient également de l’occasion pour protester contre l’adoption sous bâillon par le gouvernement Charest du projet de Loi 142 ( Loi 43 ) en décembre 2005, loi qui décrétait les conditions de travail des travailleuses et travailleurs du secteur public et qui bafouait leur droit à une réelle négociation.

En adoptant cette loi spéciale qui prévoit, en cas de grève ou de toute autre forme d’altération du travail, des amendes très lourdes pour les syndiquées et syndiqués et pour les organisations qui les représentent, le gouvernement Charest croyait peut-être museler le mouvement syndical ? C’était sans compter sur la créativité et la solidarité des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski.

C’est en janvier dernier, lors d’une journée de réflexion syndicale, que les membres du Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski (SEECR-FAC) développaient un plan d’action et de communication pour le moins original. Conscients de l’impossibilité d’utiliser actuellement des moyens de pressions traditionnels, soucieux également de secouer la morosité qui règne dans le mouvement syndical (du secteur public à tout le moins) et surtout désireux de retrouver leurs espaces de parole et de contestation face à la situation qui prévaut dans le réseau collégial, l’assemblée générale des profs de Rimouski jouait d’audace et proposait de tenir une journée de grève travaillée.

Une journée donc, où chacune et chacun faisaient le sacrifice de son salaire tout en effectuant le travail coutumier. Mais à la différence d’une grève traditionnelle où les salaires retournent dans les coffres du gouvernement, les sommes ainsi amassées allaient être mises à la disponibilité des communautés collégiale et régionale et c’est l’ensemble des enseignantes et des enseignants qui allait décider de la manière d’en disposer.

Pour les membres du SEECR, trois grandes orientations militaient en faveur d’une telle décision : déjouer les filets législatifs du gouvernement Charest, s’assurer d’obtenir le plus grand rayonnement médiatique possible afin de soutenir régionalement et nationalement leurs principales revendications et, surtout, soutenir financièrement des organismes qui œuvrent au développement économique, social et culturel de la région.

L’utilisation de cette journée de grève travaillée permettrait donc à la fois d’atteindre un objectif politique – la grève traditionnelle dans le réseau collégial étant d’ailleurs strictement politique – et elle permettrait surtout de bâtir des solidarités régionales avec des intervenantes et intervenants voués au soutien de leur communauté.

Le 1er mai dernier, les membres du SEECR ont fait le choix de briser le silence. Briser le silence en utilisant une partie des sommes amassées pour faire paraître une publicité dans la presse nationale et régionale présentant leurs principales revendications et dénonçant les orientations du gouvernement Charest en matière d’enseignement collégial.

Briser le silence en se serrant les coudes et en manifestant leur solidarité et leur engagement régional en remettant plus de 45 000 $ à 19 groupes communautaires et culturels de la grande région de Rimouski qui en ont bien besoin pour poursuivre leurs œuvres d’une valeur inestimable.

Pour les profs du Cégep de Rimouski, le 1er mai 2007 aura été une journée marquée par la fierté, fierté de contribuer à la fois à la défense d’un réseau qui offre un enseignement de qualité au plus grand nombre sur l’ensemble du territoire québécois, contribuer au développement de leur communauté et peut-être, espérons-le, contribuer au renouvellement de l’action syndicale. Imaginez seulement l’impact d’une telle approche si chaque syndicat du Québec recourait à la même stratégie une fois l’an afin de marteler au quotidien les bourdes et les inepties de ce gouvernement…

*Enseignant au Cégep de Rimouski

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