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L'âge des ténèbres !
N° 259 - mai 2007
La FTQ considère qu’un sérieux coup de barre doit-être donné
La moitié de la main d’œuvre s’adresse au boss en anglais
Mario Beaulieu
Le 30 mars 2007 avait lieu la rencontre annuelle des comités de francisation de la FTQ, avec pour thème « Moi, je milite pour le français ». La FTQ soulignait à cette occasion le 30e anniversaire de la Charte de la langue française, qui instaurait des droits linguistiques fondamentaux dont celui de travailler en français.

La Charte donnait aux travailleurs et aux travailleuses des mécanismes pour réaliser la francisation de leur milieu de travail. Elle décrétait que toute entreprise de plus de 50 employés doit obtenir un certificat de francisation, et que les entreprises de 100 employés ou plus doivent instituer des comités de francisation. Ces comités procèdent à l’analyse linguistique, ainsi qu’à l’élaboration et l’application des programmes de francisation.

Tout en soulignant les avancées accomplies, les membres des comités de francisation ont relevé des reculs dans leurs milieux de travail respectifs. On a notamment souligné que plusieurs syndicats de la FTQ offrent des cours de français dans des secteurs où un grand nombre des salariés sont immigrants.

La FTQ souligne qu’au cours des trente dernières années, la francisation a fait de réels progrès, mais que les compressions successives des derniers gouvernements n’ont cessé de réduire les budgets de l’Office québécois de la langue française (OQLF), mettant ainsi en péril les acquis du passé. La FTQ relève également qu’environ la moitié des francophones qui travaillent dans les deux langues dans le secteur privé communiquent principalement en anglais lors des échanges avec leurs supérieurs, collègues et subordonnés anglophones.

René Roy, secrétaire général et responsable du dossier de la francisation, affirme que « l’usage du français au travail chez les allophones ne s’est pas réalisé ou si peu. Le Québec accueille chaque année en moyenne quelque 40 000 personnes immigrantes, dont plus de la moitié n’ont aucune connaissance du français. La FTQ considère qu’un sérieux coup de barre doit être donné.»

Selon René Roy, « les comités de francisation doivent pouvoir compter sur l’appui du gouvernement pour réussir leur mission. Nous demandons au gouvernement qu’il réitère, après 30 ans, sa position en faveur de la francisation du Québec. Nous sommes conscients que la défense et la promotion du français ne peuvent se faire sans la participation active des travailleuses et des travailleurs, mais pour cela il faut également qu’il y ait une véritable volonté politique de défendre le français au Québec ».

Il faut se rappeler que, selon le rapport de la Commission Larose paru en 2002, les crédits alloués à l’application de la Charte de la langue française étaient de 40 % inférieurs à ce qu’ils étaient en 1980-1981 en dollars constants. Cela correspondait à une chute de 55 % du personnel. Les organismes créés par la loi 101 ont subi de multiples coupes depuis ce temps.

De plus, malgré leur rôle crucial, selon une étude de l’OQLF en 2002, les comités de francisation étaient actifs dans seulement 18,8 % des grandes entreprises. Ainsi, dans un Avis sur la langue de travail paru en 2004, le Conseil supérieur de la langue française recommande que le gouvernement fasse des comités de francisation un outil central de francisation et, à cette fin, qu’il dote l’OQLF de moyens financiers suffisants pour lui permettre d’assurer la formation continue de ses membres.

En tant que conférencière invitée à cette rencontre des comités de francisation, Louise Beaudoin, ex-ministre responsable de la Charte de la langue française, s’est interrogée sur la possibilité que l’Office de la langue française impose des normes de francisation plus rigoureuses aux entreprises.

Elle a déclaré qu’il était inacceptable que 30 ans après l’adoption de la Loi 101, le taux de transferts linguistiques soit toujours majoritairement vers l’anglais. Selon l’ex-ministre péquiste : « Il n’y a pas de vrai programme de francisation là où se trouvent la plupart des nouveaux arrivants, c’est-à-dire dans les entreprises de moins de 50 employés ».

Mme Beaudoin affirme que si la société québécoise ne se mobilise pas à nouveau en faveur de la langue française, la grande aventure francophone en Amérique va se terminer en « fossile folklorique ». Faisant référence à l’enjeu de la diversité culturelle et linguistique, elle rappelle qu’il y a une relation entre vivre en français au Québec et le français comme langue internationale : « Quand on défend le français, on défend toutes les langues ».

Madame Beaudoin s’est montrée critique à l’endroit du chef du Parti Québécois, André Boisclair, à qui elle reproche de ne pas avoir abordé la question de la langue et de la culture durant la dernière campagne électorale.

Parallèlement, les délégués ont déploré l’absence de considération pour la langue et la francisation pendant la toute récente campagne électorale. « Nos gens sont inquiets. Nous allons nous bagarrer et organiser des manifs pour remettre cette question à l’ordre du jour », a conclu le secrétaire général de la FTQ.

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