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L'âge des ténèbres !
N° 259 - mai 2007
Le dossier noir de la gestion privée de la firme Slivia
La flotte d’autobus de la STM dans un état pire qu’en 1993
Marc Laviolette
Le 25 février 2007 plus de 800 membres du syndicat des transports de Montréal (CSN) réunis en assemblée générale, votaient à 97 % pour la grève. Même si leur convention collective était échue depuis le 7 janvier 2007, le syndicat voulait indiquer clairement sa mobilisation face aux enjeux de la négociation actuelle soit, réorganiser le travail au service d’entretien de la STM de façon à réparer les cinq années de dégâts de la gestion privée du service d’entretien par la firme Slivia et, d’autre part, revendiquer la pleine gestion paritaire du fond de pension et rendre permanentes, donc accessibles à tous les membres, les primes de raccordement permettant aux salariés de prendre leur retraite après 30 ans d’ancienneté ou à l’atteinte du facteur 80 (âge et ancienneté).

Malgré les hauts cris poussés par les éditorialistes et les « bien-pensants de la société » contre le vote de grève, les syndiqués sont déterminés à relever le défi de la mise à niveau de la flotte d’autobus de la STM. « Pour y arriver, ça passe par la négociation de la réorganisation du travail », confiait à l’aut’journal, Pierre St-Georges, président du syndicat de l’entretien, CSN.

En mai 2006, le syndicat rendait public le dossier noir de la gestion privée de la firme Slivia, une entreprise privée issue de l’association de la firme SNC-Lavalin avec la firme européenne Kéolis. Pour le syndicat, les quatre ans de gestion privée de l’entretien des autobus (une forme de PPP) était un désastre.

Lors de la conférence de presse de 2006, le président Pierre St-Georges déclarait « La flotte d’autobus de la STM est dans un tel état que, si rien ne change à très court terme sur la façon dont la direction du réseau des autobus gère l’entretien, c’est une question de jours, de semaines, à la rigueur, de mois pour qu’un malheur ne survienne ».

La condition actuelle des autobus était, de l’avis du syndicat, plus dégradée que lors de la crise vécue par la STCUM en 1993, alors que la condition des véhicules était dans un état pitoyable et représentait un risque pour les usagés. Aujourd’hui, lors de l’inspection des véhicules, il n’est pas rare que les travailleuses et travailleurs de l’entretien constatent des freins usés jusqu’au métal, des suspensions brisées, des carrosseries perforées côté trottoir, des problèmes de direction…

Le résultat est facile à comprendre, Kéolis avait un contrat de 1,5 million par année plus 10 % du montant total du contrat de bonification si la firme augmentait l’offre de service (sorties d’autobus) selon les objectifs fixés. « Pour faire son “ cash ”, Kéolis a augmenté à 1 300 autobus sortis par jour. Depuis que Kéolis a été congédié, nous sommes à 1 240 sorties d’autobus par jour. Kéolis (trois personnes) pour toucher sa prime, mettait en circulation des autobus qui auraient dû être immobilisés parce que non conformes aux normes de la société d’assurances automobile du Québec ». Le syndicat évalue que, selon ces mêmes normes, de 400 à 450 autobus devraient (aujourd’hui) être immobilisés immédiatement. Pour les syndiqués, la mise à niveau de la flotte coûtera plusieurs centaines de millions de dollars.

Pour le président du syndicat de l’entretien : « Ce n’est pas les 100 millions annoncés par le gouvernement Charest pour venir en aide au transport en commun au Québec qui vont régler le problème. Quand un service d’entretien composé de 2 200 travailleurs et travailleuses génère 480 000 heures de temps supplémentaires par année c’est qu’il y a un grave problème d’organisation du travail et de gestion ».

Lors du renouvellement de la convention collective, la STM devra pour se sortir du marasme compter sur l’intelligence et la force de travail de ses salariés. C’est ce qu’a très bien compris la direction du syndicat CSN. Une telle attitude démontre bien le caractère progressiste de ce syndicat oeuvrant dans le transport en commun : s’assurer que leur travail préserve la sécurité du public et augmente l’offre de ce service public à la fois stratégique pour la population de Montréal et essentiel dans la réduction du nombre d’automobiles circulant sur l’île de Montréal. « La réorganisation du travail doit être négociée avec le syndicat et nous avons des objectifs précis à atteindre à ce chapitre », concluait M. St-Georges.

« Parmi les 2 200 membres du syndicat, près de 50 % sont des jeunes. Présentement ces jeunes n’ont pas accès aux mesures de bonifications temporaires (primes de raccordement) permettant aux salariés qui ont 30 ans d’ancienneté ou qui atteignent le chiffre magique 80 (âge et ancienneté) de prendre leur retraite. C’est un problème d’équité intergénérationnelle. Nous voulons rendre permanente ces primes de raccordement pour permettre à tous les membres d’y avoir accès ». C’est le sens des négociations sur le fonds de pension. Le syndicat exige aussi la pleine gestion paritaire du fonds de pension. Actuellement la STM a un droit de veto sur la nomination de l’actuaire, sur la nomination du gestionnaire et sur la politique de placement. « Nous voulons avoir notre mot à dire sur les aspects stratégiques de notre fonds de pension », nous confiait le président du syndicat.

En cette période du 1er mai, fête internationale des travailleurs, Pierre St-Georges est à la fois critique et confiant à propos du mouvement ouvrier. « Le mouvement ouvrier a toujours tiré son épingle du jeu. J’ai confiance dans l’histoire mais aujourd’hui je me demande jusqu’où ça va descendre avant que ça tourne. Je trouve ça inquiétant. Nous avions promis à Jean Charest que nous serions au rendez-vous électoral pour lui faire ravaler ses mesures anti-syndicales et anti-sociales. Avec l’absence d’activités de mobilisation syndicale durant la campagne électorale et le résultat des élections, le moins qu’on puisse dire c’est qu’on a lâché. Nous devrions nous inspirer du mouvement étudiant dans la lutte contre les coupures de 103 millions dans l’aide aux étudiants. Ils ont maintenu la pression et ont forcé le gouvernement à reculer ».

Dans ce contexte, la lutte du syndicat de l’entretien de la STM pour l’équité intergénérationnelle et pour le maintien et le développement du transport en commun à Montréal est un vent de fraîcheur.

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