L'aut'journal
Le samedi 24 août 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
L'âge des ténèbres !
N° 259 - mai 2007
25 000 travailleuses domestiques sont sans couverture
Les employeurs boudent les cotisations à la CSST
Benoît Rose
Les quelque 25 000 travailleurs et travailleuses domestiques au Québec n’ont pas droit à une couverture obligatoire à la CSST payée par leur employeur. Ils forment une catégorie explicitement exclue par la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles. Leur employeur n’est pas tenu de payer une cotisation. Ces travailleuses domestiques, puisqu’il s’agit en très grande majorité de femmes, sont dans une large proportion des immigrantes venues des Philippines. Vulnérables aux abus, elles sont isolées, invisibles, et souvent mal informées de leurs droits.

Une campagne réunissant le Centre des travailleurs et travailleuses immigrant(e)s (CTI), l’Organisation des femmes des Philippines du Québec (PINAY) et l’Association des aides familiales du Québec (AAFQ) est en marche depuis un an. Elle demande au gouvernement du Québec de modifier la loi pour y inclure « la couverture obligatoire par leurs employeurs au régime d’indemnisation, et ce sans égard au statut d’immigration ni à la validité du permis de travail ».

Ces trois groupes sont appuyés notamment par la CSN, la FTQ, la Fédération des Femmes du Québec (FFQ) et Au bas de l’échelle, qui défend les droits des non syndiqués.

Les multiples tâches des domestiques les exposent à des risques sérieux. Selon Stéphanie Premji du CTI, les principaux problèmes de santé sont les troubles aux muscles et aux articulations (maux de dos, d’épaule, de bras), les réactions allergiques aux produits chimiques utilisés dans les foyers, les brûlures, les coupures, les blessures découlant de chutes… On parle aussi de maladies et d’infections. Bref, on considère que les risques sont comparables à ceux des autres travailleurs.

Beaucoup sont victimes de harcèlement psychologique, de stress, et de « contrôle » par l’employeur. Bien que couvertes par les normes du travail depuis 2002, ce qui leur donne droit au salaire minimum et à la semaine de quarante heures, les aides familiales ne sont pas toujours payées pour la totalité de leurs heures. Les employeurs vont souvent parvenir à gruger du temps ici et là à des domestiques qui résident chez eux. Plusieurs d’entre elles se sentent humiliées, et souffrent d’épuisement psychologique.

À la FFQ, on considère que c’est une honte que des femmes parfois proches d’une situation d’esclavage moderne n’aient pas les mêmes droits que les autres travailleuses. La loi du travail a toujours contenu un certain nombre d’exclusions, comme autant de portes ouvertes aux abus, selon Esther Paquet d’Au bas de l’échelle. Il s’agit donc ici de lutter pour l’universalité des lois du travail.

Fait à souligner, les travailleuses domestiques philippines sont souvent éduquées et scolarisées. Bon nombre ne parle ni français ni anglais, et cette barrière linguistique contribue à leur isolement et à la méconnaissance de leurs droits.

Depuis un an, la coalition est parvenue à obtenir des rencontres avec le ministre du Travail, Laurent Lessard en août 2006 (récemment remplacé par David Whissell) et avec la CSST en octobre dernier. Le ministre Lessard aurait proposé la création d’un comité de travail, tandis que la CSST a depuis produit des rapports internes sur la situation dans les autres provinces, à des fins de recommandations au ministère du Travail. C’est qu’en Colombie-Britannique, au Manitoba et en Ontario, les travailleurs domestiques ne souffrent pas d’une exclusion comparable et ont droit aux indemnisations.

Toutefois, les groupes en lutte n’ont toujours pas eu accès aux rapports de l’organisme. Réunis dans le cadre d’un forum le 22 avril dernier, ils ont déploré n’avoir reçu qu’un « petit résumé » du travail. « La CSN est membre du conseil d’administration de la CSST, alors c’est important de continuer nos échanges entre groupes impliqués », a souligné Marie-France Benoit, conseillère syndicale à la condition féminine pour la CSN. « Je nous souhaite de gagner cette bataille commune dans les plus brefs délais », a ajouté Louise Mercier de la FTQ.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.