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Vivement la réforme !
N° 258 - avril 2007
Au royaume du 514, c’est le règne du « For English, press nine ! »
L’unilinguisme au Québec ne veut pas dire l’anglais
Mario Beaulieu
Plusieurs intervenants, notamment l’Union des Artistes, ont souligné que la culture a été largement absente du débat électoral. Le moins qu’on puisse dire c’est que, comme l’ont dénoncé le Mouvement Montréal français et Impératif français, la question de la langue française a été elle aussi presque complètement évacuée du débat électoral.

Le parti Libéral, l’Action démocratique et le Parti Québécois n’ont pris aucun engagement spécifique pour renforcer le statut du français dans les milieux de travail. Pourtant, le dernier recensement de Statistique Canada a démontré que le français n’est toujours pas la langue commune des milieux de travail linguistiquement mixtes. Moins de la moitié des Québécois allophones travaillent le plus souvent en français.

Pourtant, il est essentiel que les entreprises de moins de 50 employés fassent l’objet d’un processus de certification de l’Office québécois de la langue française. Les entreprises de 10 à 49 employés regroupent le tiers de la main-d’œuvre au Québec, et une forte proportion de nouveaux arrivants dans la région de Montréal.

Dans les grandes entreprises, l’attribution des certificats de francisation permet d’établir des conditions favorables, mais elle n’assure pas la généralisation de l’usage du français, notamment dans les communications orales. Ce sont les comités de francisation qui ont le rôle de maintenir ces conditions et de s’assurer que le français est véritablement la langue de travail dans l’entreprise. Il est donc crucial de revitaliser ces comités, car toutes les études montrent qu’une très faible proportion de ces comités de francisation sont actifs et efficaces.

Il faut également modifier les mécanismes de recours en cas d’exigence injustifiée de bilinguisme dans les offres d’emploi. Les recours actuels sont inopérants, notamment parce qu’un travailleur qui porte plainte se place dans une situation fort délicate par rapport à son employeur ou futur employeur.

Une amélioration du processus de francisation des entreprises ne peut donner de résultats que si les travailleurs ont une bonne maîtrise de la langue. À cet égard, les plateformes électorales de l’Action démocratique du Québec, de Québec Solidaire et du Parti Québécois mentionnent vouloir effectuer des améliorations aux services de francisation des nouveaux arrivants, mais sans chiffrer ces engagements.

Bien que le dernier budget prévoie de nouvelles ressources pour les services de francisation, les Libéraux ne se sont pas engagés à abolir les coupures qu’ils ont faites dans les allocations pour la francisation des nouveaux arrivants ! Ils proposent de faire une campagne de promotion de la qualité du français auprès de ceux-ci. Dans le contexte où la croissance de la population dépend de plus en plus de l’immigration, il est vital d’investir et de faire de la francisation un droit fondamental.

En outre, il est difficile d’inciter les entreprises à utiliser le français comme langue commune au Québec si le gouvernement et ses organismes ne le font pas eux-mêmes. Or, particulièrement à Montréal, tous les services publics sont bilingues. « For English, press nine » nous disent d’entrée de jeu les répondeurs du gouvernement. Cela contrevient pourtant à la Politique linguistique gouvernementale qui, à l’article 3, mentionne que « l’Administration favorise l’unilinguisme français dans ses activités afin de refléter le fait que le français est à la fois la langue officielle et la langue normale et habituelle de la vie publique ».

Même le Directeur général des élections du Québec déroge actuellement à l’article 9 de cette politique qui précise que « seule la version française d’un document d’information fait l’objet d’une diffusion par envoi anonyme ou par publipostage.», tel que l’a soulevé Impératif français.

Si les partis politiques québécois n’ont pas même la volonté politique d’appliquer rigoureusement ce qui reste de la loi 101, il est inquiétant de s’imaginer jusqu’où ils iront pour acheter la paix linguistique. Seul le parti Québec solidaire a émis l’intention de donner à l’Office de la langue française les moyens de faire respecter la loi 101.

Il est de plus en plus évident que la seule voie pour faire du français la véritable langue commune et officielle est celle de la mobilisation des composantes de la société civile, celle de la rue.

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