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Vivement la réforme !
N° 258 - avril 2007
Les statistiques démontrent la surreprésentation des femmes
On devrait parler de « la » salaire minimum
Gabriel Ste-Marie
Le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) vient de publier une étude évaluant la pertinence d’augmenter le salaire minimum à 10 $ l’heure. Il s’agit d’une hausse revendiquée un peu partout au Canada. Le gouvernement ontarien McGuinty vient d’ailleurs de proposer l’augmentation du salaire minimum à 10,25 $ d’ici 2010. Au Québec, cette revendication est portée par Québec Solidaire et par l’organisme Au bas de l’échelle qui a aussi publié une excellente étude sur le même sujet l’an dernier.

Les deux documents s’appuient sur le même raisonnement pour exiger une telle augmentation : une personne qui travaille 40 heures par semaine au Québec en 2006 doit gagner 10,22 $ l’heure pour atteindre le seuil de faible revenu qui est calculé par Statistique Canada.

Dans un premier temps, les auteurs de l’étude du CCPA présentent l’évolution du salaire minimum pour les différentes provinces entre 1968 et 2005. Ils comparent ces taux horaires entre eux en tenant compte de l’augmentation des prix au fil des ans et évaluent le pouvoir d’achat de ces salaires. En prenant l’inflation en compte, l’année où le salaire minimum a été le plus élevé au Québec est 1977. Il était alors à 3,15 $ l’heure. Pour obtenir le même pouvoir d’achat en 2005, ce taux horaire devrait être de 9,78 $ l’heure. Les chiffres sont à peu près les mêmes dans les autres provinces. Ceci revient à dire qu’un salaire minimum à 10 $ l’heure aujourd’hui correspondrait simplement au niveau du salaire minimum de 1977, ajusté pour l’augmentation des prix.

En 2005, 161 900 personnes travaillaient au salaire minimum au Québec, soit un travailleur sur vingt. Ils étaient toutefois un sur cinq à gagner 10 $ ou moins de l’heure. Au premier coup d’œil, les gens au salaire minimum sont principalement des jeunes : 55,3 % d’entre eux ont moins de 25 ans. Toutefois, ceux-ci travaillent très peu d’heures par semaine. Un grand nombre d’entre eux sont aux études et demeurent chez leurs parents. C’est pourquoi l’étude produite par Au bas de l’échelle analyse également le nombre d’heures travaillées au salaire minimum en plus du nombre d’emplois. 81 % de ces heures reviennent aux 20 ans et plus (la statistique n’est pas donnée pour les 25 ans et plus). La question du salaire minimum dépasse la question des jeunes salariés.

Malheureusement, comme on peut s’y attendre, toutes les statistiques montrent la surreprésentation des femmes par rapport aux hommes pour ce qui est du salaire minimum et des faibles revenus.

Enfin, même s’il n’y a qu’un travailleur sur cinq qui se trouve dans une petite entreprise (moins de 20 employés), cette catégorie compte 36,5 % des travailleurs au salaire minimum. Toutefois, la plus grande portion des travailleurs au salaire minimum se trouve dans les grandes entreprises (500 employés et plus). Ils y sont 38,3 %. Il faut toutefois garder en tête que cette catégorie embauche la moitié de la main-d’œuvre.

Les deux études démentent le mythe selon lequel augmenter le salaire minimum crée du chômage. En regardant les données historiques, il est impossible de dresser un lien entre l’augmentation ou la diminution relative du salaire minimum et le nombre d’emplois qui y est relié.

Les seules études où on trouve un tel lien utilisent la méthode néoclassique, qui s’appuie sur une foule d’hypothèses non réalistes et sur une théorie qui cherche à tout prix ce lien. Même dans ces cas le lien est presque inexistant. Augmenter le salaire minimum de 10 % n’entraîne aucune perte d’emplois pour les 25 ans et plus. Pour les 20-24, il n’y a que des poussières. Enfin, cela pourrait entraîner une perte entre 2 et 4 % des emplois au salaire minimum chez les 15-19 ans. Nous répétons que ces résultats vont à l’encontre des autres études qui s’appuient sur les données historiques qui, elles, ne « voient » aucun lien.

Une foule d’études démontrent également qu’augmenter le salaire minimum ne nuit pas à la création de petites entreprises, pas plus que ça augmente leur nombre de faillites. Par exemple, une étude américaine réalisée par le Fiscal Policy Institute en 2004 montre même que le nombre de petites entreprises a augmenté plus rapidement dans les États américains où le salaire minimum est plus élevé que dans les États où il est plus faible.

La menace de pertes d’emplois pour d’autres pays est aussi un mythe. Les usines ne déménagent pas à cause d’une augmentation du salaire minimum. De plus, 90,6 % des emplois au salaire minimum sont dans le secteur des services, comme l’hôtellerie, la restauration ou le commerce au détail. On voit mal un McDo ou une boutique de vêtements déménager en Chine ou en Inde.

Il est ici important de rappeler que les pertes des emplois faiblement rémunérés s’expliquent davantage par le développement de nouvelles technologies que par la concurrence des autres pays, qui voient également leur nombre d’emplois diminuer à cause de la technologie. C’est le cas de la Chine, qui a perdu 15 % des emplois de son secteur de fabrication entre 1995 et 2002, selon l’économiste Jeremy Rifkin. Cet effet se fait de plus en plus sentir dans dans le secteur des services également. C’est le cas par exemple des téléphonistes et des commis aux banques qui sont remplacés par des machines.

Enfin, l’étude du CCPA rappelle que l’augmentation du salaire minimum aide l’ensemble des faibles salariés, pas seulement ceux qui sont au taux minimum. Sans donner de chiffres précis, l’étude ajoute que de telles augmentations ont des effets bénéfiques pour les entreprises, par exemple en diminuant le taux de renouvellement des employés, les coûts de recrutement, de formation et les frais d’administration.

Le salaire minimum passera de 7,75 $ l’heure à 8 $ au mois de mai prochain. Cette augmentation de 25 ¢ demeure insuffisante pour garantir le seuil de faible revenu à ceux qui travaillent 40 heures par semaine au salaire minimum. Une augmentation à 10 $ l’heure ne ferait certes pas disparaître la pauvreté mais serait un pas dans la bonne direction. D’autant plus que ça ne réduirait pas le nombre d’emplois. Mais évidemment, ça peut diminuer le niveau de profit. Pas assez pour faire fermer l’entreprise mais assez pour désintéresser le gouvernement de cette option. Avec la coalition libérale-adéquiste, il est certain que cette mesure ne sera pas réalisée à court terme. Pourtant, elle n’a rien d’extrème. La preuve, c’est que le gouvernement ontarien vient d’inclure l’augmentation à 10,25 $ l’heure pour 2010 dans son budget.

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