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Vivement la réforme !
N° 258 - avril 2007
Le journaliste Fabrice de Pierrebourg vient de publier Montréalistan, « une enquête sur la mouvance islamiste » à Montréal qui se veut « réaliste mais non alarmiste »
Pour les islamistes, l’Internet a remplacé les mosquées
Pierre Dubuc
Le journaliste d’origine française, au Québec depuis 1998 et maintenant au Journal de Montréal, a parcouru au cours de sa carrière une trentaine de pays dont le Liban, la Bosnie et plusieurs pays du Maghreb.

Sa description des milieux islamistes montréalais semble fort bien documentée et la galerie de personnages qu’il présente est inquiétante à plus d’un égard. L’auteur a manifestement bénéficié d’informations privilégiées de source policière, ce qui fait en sorte que le non-dit est peut-être plus important que le texte écrit.

À ceux qui l’auraient oublié, M. de Pierrebourg rappelle l’existence dans les années 1990 d’une cellule montréalaise du terrorisme islamique qui comprenait Ahmed Ressam, arrêté à la frontière américaine avec une voiture bourré d’explosifs qu’il voulait faire sauter à l’aéroport de Los Angeles lors du changement de millénaire.

Ressam fréquentait la mosquée Assuna Annabawiyah, rue Hutchison, en face de la gare Jean-Talon, qui a ouvert ses portes en 1993 grâce à de riches bailleurs de fonds du golfe Persique. C’est là qu’il aurait été recruté pour un stage de six mois dans un camp d’Al-Qaïda en Afghanistan en 1998.

L’imam de cette mosquée à la fin de 1999 est aujourd’hui détenu à Guantanamo. Il est accusé d’avoir recruté deux des pirates de l’air du 11 septembre alors qu’il se trouvait en Allemagne. D’autres présumés terroristes ayant fréquenté la mosquée sont recherchés par les États-Unis.

Avant le 11 septembre, plusieurs de ces présumés terroristes avaient, semble-t-il, le statut de « combattants de la liberté » auprès des autorités canadiennes pour avoir combattu les Soviétiques en Afghanistan et les Serbes en Bosnie. C’est ce que nous soupçonnons en lisant entre les lignes car Fabrice de Pierrebourg est malheureusement très peu explicite à ce sujet.

Parmi ces vétérans de la Bosnie, il y a Fateh Kamel, dont le nom est évoqué dans tous les livres sur Al-Qaïda, le terrorisme et les islamistes. Il est soupçonné d’avoir été le responsable de la cellule d’Ahmed Ressam. Kamel est revenu dernièrement à Montréal, après avoir purgé une peine de 8 ans de prison en France pour activités terroristes avec le groupe de Roubaix, un groupe de vétérans de la Bosnie qui avaient transformé en 1996 ce village français en zone de guerre.

En prison, Kamel s’est lié d’amitié avec le célèbre Carlos. De Pierrebourg reproduit avec fierté une lettre manuscrite que Carlos lui a fait parvenir et qui nous présente Fateh Kamel comme « éduqué, présentable, toujours poli et pondéré, avec un discours intelligent et politique, rien du “ barbu illuminé ” ».

De Pierrebourg a retrouvé dans les archives judiciaires montréalaises que Fateh a été arrêté en septembre 1996 dans le stationnement du centre commercial Beaumont à Ville Mont-Royal pour le vol du sac à main d’une dame âgée de 62 ans, pendant qu’il était activement recherché en France.

Il sera acquitté en mai 1997 d’accusations de vol et complot. Lors de sa première comparution, deux des conditions de sa remise en liberté étaient de déposer son passeport au Greffe « dans les 96 heures » et de « ne pas quitter la province de Québec ». Ces deux conditions ont été rayées et remplacées par : « Aviser par écrit la Cour de son départ et de son retour à chaque fois qu’il quitte le Québec. »

Au chapitre des autres bizarreries, mentionnons Youssef Mouammar, alias Joseph Gilles Breault, un Québécois converti, qui a envoyé des lettres aux journaux dans lesquelles il menaçait de faire sauter une bombe bactériologique dans le métro de Montréal. De Pierrebourg rappelle que Michel Auger a révélé qu’il était un informateur du SCRS. Il était aussi le fondateur de la Fondation internationale musulmane du Canada, un organisme reconnu pour avoir envoyé des communiqués vengeurs. Son adresse était la même que la mosquée de Magdy Soliman sur la rue Jean-Talon.

Un chapitre est consacré à l’imam Saïd Jaziri, « l’homme qui soufflait sur les braises ». Jaziri est cet imam de la mosquée Al-Qods de la rue Bélanger, qui est allé se promener dans les rues d’Hérouxville avec une femme voilée dès le lendemain de la publication du célèbre code de vie. De Pierrebourg décrit bien comment un débat comme celui sur les accommodements raisonnables est repris au vol par des extrémistes pour justifier leur rhétorique anti-occidentale.

Jaziri a déjà été condamné en 1994 en France pour « violences volontaires et dégradation » et expulsé vers la Tunisie où il affirme avoir été torturé et emprisonné pendant neuf jours. Il raconte à de Pierrebourg que sa situation s’est normalisée lorsqu’il a accepté de collaborer avec les services de sécurité tunisiens. Trois mois plus tard, il était de retour en France. Arrêté une nouvelle fois, il aurait, selon ses dires, collaboré avec les services de renseignement français.

Arrivé au Canada en 1997, il obtient rapidement son statut de réfugié et devient résident permanent en 1999. En trois ans, il récolte 700 000 $ pour ouvrir la mosquée Al-Qods. Plus tard, il projette de construire une mosquée d’au moins 20 millions de dollars au centre-ville de Montréal avec la contribution financière de l’Arabie saoudite. Il demande à l’administration municipale de lui céder gratuitement un terrain et des subventions au gouvernement du Québec.

Son projet est rapidement dénoncé par Salam Elmenyawi, un autre personnage troublant. Elmenyawi se présente comme président du Conseil musulman de Montréal et s’est fait connaître comme le promoteur de tribunaux islamiques au Québec. Au cours des années 1980, Salam Elmenyawi avait des allures de play-boy et était le patron de Serabit Electronics.

En 1980, la GRC saisit à Mirabel plusieurs caisses d’équipement d’une valeur de 56 000 $ que Serabit se préparait à expédier à Islamabad au Pakistan ainsi qu’à Dubai. Devant les tribunaux, Salam Elmenyawi plaide qu’il ignorait qu’il avait besoin d’un permis spécial pour exporter ce type de matériel utilisé pour l’enrichissement d’uranium.

Après quatre années de procédures, relate de Pierrebourg, Elmenayi n’est reconnu coupable que de l’un des treize chefs d’accusation à propos desquels il avait enregistré un plaidoyer de non-culpabilité. En septembre 1988, la Cour d’appel casse le jugement au prétexte que le juge de première instance aurait commis une erreur de droit et ordonne un nouveau procès. Le 5 octobre 1988, le substitut du procureur général du Canada signe un arrêt des procédures. L’affaire est close.

Le livre de Fabrice de Pierrebourg regorge d’autres détails troublants sur les milieux islamistes de Montréal. De toute évidence, les mosquées ont servi à une époque de lieux de recrutement à plusieurs fins. Aujourd’hui, nous dit l’auteur, Internet a remplacé les mosquées, ce qui ne peut être que bénéfique pour la très grande majorité des 15 % des 100 000 musulmans de Montréal qui considèrent la mosquée comme un lieu de prière.

La lecture de Montréalistan nous incite à échafauder toutes sortes d’hypothèses sur l’irruption de porte-parole incendiaires, le plus souvent autoproclamés semble-t-il, au cours de la période qui a suivi le rapprochement des Québécois et de la communauté arabe lors de la guerre du Liban. Le livre nous invite à une grande méfiance devant d’éventuels actes terroristes qui pourraient se produire dans le contexte où le gouvernement canadien cherche à justifier son intervention en Afghanistan.

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