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Vivement la réforme !
N° 258 - avril 2007
On recule par en avant ! chantent les Zapartistes
La démocratie a parlé et elle est en crise
Benoit Rose
La salle était remplie au cabaret La Tulipe, avenue Papineau à Montréal, pour la conviviale soirée électorale du 26 mars concoctée par Les Zapartistes. Sur scène : quatre orateurs aux microphones, un musicien, un écran géant. Au menu : bilan de campagne, résultats en direct à Radio-Canada, et conclusion en discours et en chansons. Bref, de quoi changer le mal de place chez une foule qui applaudissait, majoritairement péquiste et solidaire.

« Les Québécois ont mis la hache dans le bipartisme. Il est fini le temps des chemises. On va mettre nos culottes ! » Tel fut le discours du chef adéquiste Mario Dumont (Christian Vanasse), jubilant comme un adolescent devant les résultats qui ont jeté tout le monde par terre. Au moment où les humoristes livraient leurs discours des chefs, le Premier ministre Jean Charest perdait toujours son comté de Sherbrooke au profit du candidat péquiste Claude Forgues. Cette chute annoncée avait été accueillie par un délire de satisfaction et de lumière au cabaret. « Je vais aller m’occuper de MA santé », lançait Jean Charest (François Parenteau) sous les bravos. Et tout le monde y croyait. « J’ai dit qu’on ne voulait plus de référendum, et la population s’est rangée derrière moi. En fait, elle s’est rangée derrière quelqu’un d’autre, mais c’est moi qui l’a dit en premier… »

L’ancien entraîneur des Nordiques Michel Bergeron (Parenteau) a été appelé en renfort pour expliquer cette grosse vague de fond adéquiste dans la région de Québec. Quelques pistes : beaucoup de frustration accumulée au fil des années, « entre autres à cause des Nordiques qui perdaient tout le temps ». Et Dumont a visiblement quelque chose de Maurice Richard : « Y’a rien à dire, mais y score », d’analyser Bergeron.

Les humoristes ont également regretté le mode de scrutin uninominal à un tour, sur l’air des Trois accords. « J’aurais voulu que tu sois proportionnel / Parce que j’aime pas ça quand mon vote se perd / quand je vote pour Québec solidaire… ». C’était peu de temps après la diffusion du discours d’Amir Khadir, candidat défait de QS dans Mercier, qui évaluait à trois le nombre de sièges qui, de façon légitime, auraient dû revenir à son parti. Aidée par quelques gorgées de bière locale, l’amertume de la déception électorale tentait de se frayer un chemin, au moins jusqu’à la rate, chez l’indépendantiste progressiste.

Plus tôt en soirée, le bilan de la campagne électorale avait été l’occasion pour la troupe composée sur scène de Vanasse, Parenteau, Brigitte Poupart et François Patenaude de décortiquer le jeu des acteurs politiques de notre théâtre provincial.

Petit parti somme toute peu évoqué, le Parti vert n’en a pas moins été ridiculisé: « L’environnement est à la mode. Soyez à la mode vous aussi. Même si on sait pas c’est quoi la gauche, et qu’on comprend pas tout ce qui se passe… » En quelques grandes lignes mordantes, le portrait était sévèrement ficelé. Québec solidaire a été écorché à quelques reprises pour son côté gentil à la Passe-Partout, avec ses représentants Porte et Parole, tandis qu’un citoyen droitiste fustigeait dans une ligne ouverte le parti de Françoise Dans-le-vide et d’Ahmadinejad Khadir, faisant planer la crainte d’une « épidémie de Castro » au Québec.

Jean « Parenteau » Charest, souvent appelé et toujours très à l’aise devant les questions, est venu répondre aux critiques à propos de sa mise en garde contre un vote indépendantiste : « On m’accuse d’employer des tactiques de peur, mais ce qu’on dit jamais, c’est que les tactiques de peur, ça marche. » Ça sème le doute, et le doute, « c’est l’affaire qui pousse le mieux au monde. »

En guise d’analyse de la situation du Parti Québécois, Les Zapartistes ont judicieusement entamé le refrain de Pied-de-poule: « En signe de détresse on branle un peu les fesses / À gauche, à droite / C’est un S.O.S ! » Encore plus finement, on fait remarquer dans le segment Parlons image, où les candidats défilent devant des spécialistes de la mode, que le chef péquiste porte un corset de marque SPQ libre, « qui l’aide à le soutenir quand André a une faiblesse du côté gauche ».

L’attaque contre l’ADQ s’est déployée tout au long de la soirée sur le caractère « vrai monde, p’tite famille » du discours, sur les relents traditionnels et l’option autonomiste de l’ADQ. La troupe a chanté en chœur, sur un air folklorique célèbre, que « c’est comme ça que ça se passe dans l’coin de Québec / On vote pour l’ADQ, on recule par avant ! ». Avec deux pelletées de gros bon sens dans son programme. Les caricatures de François Parenteau (Charest, Landry, Harper, Bergeron) et de Christian Vanasse (Dumont, Boisclair, Charles Tisseyre avec ses faux-verts à Découverte) sont justes et visent souvent dans le mille.

Après ce bref mais efficace tour de piste, le public rassemblé à La Tulipe s’en est remis à l’écran géant. À mesure qu’entraient les résultats, les gueules tombaient. À 21h02, on annonçait un gouvernement minoritaire encore indéterminé, alors que Libéraux et Adéquistes recueillaient chacun 32 % des voix. À 21h11, Françoise David de QS est défaite et André Boisclair est réélu.

Un peu plus tard, l’entrevue de Bernard Derome avec Gilles Taillon de l’ADQ est couverte de huées bien senties. L’élection de Pierre Curzi, elle, est chaudement applaudie. 22h05 : le gouvernement sera libéral minoritaire. Christian Vanasse revient en Bernard Derome : la démocratie a parlé, et la démocratie est en crise, suggère-t-il.

De façon assez claire, Les Zapartistes ont exprimé certains espoirs au moment de clôturer la soirée : que les Québécois dépassent la peur et s’affirment, notamment au plan de leur différence (éloquent discours à double-sens d’André « Vanasse » Boisclair) et que les sympathisants de Québec solidaire ne perdent pas espoir, et qu’ils se considèrent comme salués.

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