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Le Versailles des CHUM
N° 256 - février 2007
Le président de la CSQ ne décolère pas
Qui écrit les discours d’André Boisclair ?
Pierre Dubuc
Réjean Parent était furieux. Le président de la CSQ venait de prendre connaissance des déclarations d’André Boisclair sur les syndicats aux Nouvelles TVA du vendredi 12 janvier.

« Il y a peut-être de la nostalgie de cette époque où les leaders syndicaux étaient copain-copain et passaient leur soirée autour de repas arrosés avec les dirigeants politiques », déclarait le chef péquiste au journaliste de TVA. « Les temps ont changé. Le Parti Québécois n’est pas là pour perpétuer le statu quo. Que le milieu syndical se le tienne pour dit », ajoutait André Boisclair en affirmant qu’il n’était pas « le porte-parole de groupes particuliers ».

« Où M. Boisclair pense-t-il aller chercher ses votes ?, demande Réjean Parent. Ce n’est pas parce que nous contestons vivement le gouvernement Charest qu’il doit prendre le vote des syndiqués pour acquis. Il y a d’autres candidats progressistes ».

« Il se pourrait également que nos membres ne se rendent tout simplement pas voter s’ils ne se reconnaissent pas dans les programmes et les équipes qui leur seront proposés. André Boisclair devrait se rappeler que son parti a perdu les dernières élections à cause du fort taux d’absentéisme », de préciser M. Parent.

On se souviendra qu’aux élections de 2003, le Parti libéral a obtenu 17 500 votes de moins qu’à l’élection précédente, mais que c’est la clientèle péquiste qui a permis sa victoire en faisant l’élection buissonnière. Le PQ récoltait en effet 475 500 moins de votes qu’en 1998. Le taux d’abstention était le plus élevé depuis 1927.

Réjean Parent trouve extrêmement inquiétant qu’André Boisclair reprenne à son compte le discours du pamphlet cinématographique L’illusion tranquille. « C’est le discours de L’illusion tranquille, c’est le discours des Lucides, c’est le discours de l’Institut économique de Montréal, c’est le discours des scribouilleurs de Power Corporation selon lesquels la société québécoise serait victime d’immobilisme et que la cause principale en est le mouvement syndical et son supposé copinage avec les leaders péquistes. »

« S’il faut ressortir la liste des lois anti-syndicales adoptées par le Parti Québécois, nous le ferons. On verra que ce fut un drôle de copinage », ajoute-t-il.

« D’autre part, poursuit le président de la CSQ, il faudrait rappeler à M. Boisclair que les principales mesures progressistes dont se réclame le PQ ont été adoptées suite aux revendications syndicales. C’est le cas pour l’équité salariale, les centres de la petite enfance, la laïcisation du réseau scolaire. »

« J’invite les militants péquistes à se rappeler que la participation du mouvement syndical aux Partenaires pour la souveraineté y a été pour beaucoup dans la presque victoire lors du référendum de 1995. Cette collaboration n’existait pas en 1980, alors que les relations étaient plus conflictuelles », raconte-t-il.

« Je voudrais, enfin, leur signaler que le mouvement syndical au Québec n’est pas un groupe particulier comme un autre, tel que semble le croire le chef du P.Q. Il y a 1 million 290 mille syndiqués au Québec. C’est la principale organisation de masse. C’est une voix importante dans notre société. »

Cette voix, la CSQ veut la faire entendre. Elle entreprend ces jours-ci une grande tournée à travers le Québec avec les autres organisations syndicales regroupées dans le Secrétariat intersyndical du secteur public (SISP). Le SISP regroupe 290 000 membres, soit ceux de la CSQ (172 000), de la FIQ (56 500), du SFPQ (43 000), du SPGQ (19 000), la FIQ. À ce groupe s’ajoutera bientôt l’APTS (23 000) qui vient de faire sa demande d’adhésion.

Le regroupement qui a vu le jour lors des dernières négociations entreprend sa consolidation avec la mise sur pied prochaine d’un secrétariat permanent.

Au cours de sa tournée pré-électorale, le SISP veut conscientiser ses membres afin qu’ils interviennent de façon active lors de la prochaine campagne électorale. « Nous demandons le retrait de la loi 142 – le décret adopté sous le bâillon qui a mis fin abruptement aux négociations avec les employés du secteur public au mois de décembre 2005 – et nous demandons la reprise des négociations salariales », précise Réjean Parent.

« Les emplois sont en voie de devenir inintéressants dans la fonction publique à cause du retard de 20 % sur le privé au chapitre de la rémunération, ajoute-t-il. Cela compromet la qualité des services publics. »

M. Parent donne l’exemple des infirmières qui se tournent de plus en plus vers les agences privées qui leur offrent de meilleurs salaires et des conditions de travail plus avantageuses. Le secteur public fait appel à ces mêmes agences pour combler ses besoins à un prix évidemment supérieur puisqu’il faut ajouter le profit qu’en tirent les propriétaires d’agences. « En affaiblissant l’État, on affaiblit la seule véritable structure collective que nous nous sommes donnés. À qui cela profite-t-il ? », demande le leader syndical.

L’état du réseau scolaire est une autre des grandes préoccupations du regroupement. « Nous sommes en train de créer un apartheid scolaire. Les écoles ordinaires se retrouvent avec des élèves en difficulté en surnombre, à cause du prélèvement opéré par les écoles privées. Dans la grande région de Montréal, un élève sur trois fréquente l’école secondaire privée. Collectivement, c’est suicidaire de poursuivre dans cette voie. Il nous faut un nouveau pacte en éducation », fait-il remarquer.

La tournée du SISP sera donc l’occasion d’une prise de conscience pour les membres des efforts déployés par la droite pour marginaliser le mouvement syndical, l’évacuer du terrain politique, afin de pouvoir imposer son programme de déréglementation et de privatisation.

Réjean Parent conclut l’entrevue qu’il nous accorde en décortiquant la mise en scène qui a entouré la déclaration de Lucien Bouchard selon qui nous ne travaillons pas assez.

« Le jeudi précédent, lors d’une réunion du Conseil consultatif du travail et de la main d’œuvre – où se côtoient des représentants du mouvement syndical et du patronat – le nouveau président du Conseil du patronat, Michel Kelly-Gagnon s’informe, en fin de séance, de notre intérêt à prendre connaissance d’une étude ontarienne sur l’écart entre le nombre d’heures travaillées au Québec et en Ontario.

« Le lundi suivant, Bouchard fait sa déclaration. Le mercredi, le Journal de Montréal publie les résultats d’un sondage qui démontre que nous sommes moins productifs que l’Ontario. Un sondage financé par le Conseil du patronat dont les objectifs sont, selon Kelly-Gagnon, 1) l’allègement réglementaire des lois du travail; 2) l’abolition complet de l’impôt sur les gains en capital (une revendication reprise récemment par André Boiscliar, nous fait remarquer Réjean Parent) et 3) une plus grande place du privé dans le domaine de la santé ».

« La sortie de Bouchard était donc télécommandée. C’était de la grande stratégie de communication », constate Réjean Parent. « La droite est très bien organisée, conclut-il. Tant sur le plan patronal, médiatique que politique. Il serait temps que le mouvement syndical et le mouvement progressiste en fassent autant. Sinon, le rouleau-compresseur va nous écraser. »

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