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La peau de l'ours !
N° 257 - mars 2007
Plus question de bassins versants depuis la levée du moratoire
Il faut cesser d’enlisier nos puits d’eau
André Bouthillier
J’ai le plus grand respect pour la fonction d’agriculteur. Toutefois, à considérer les faits choquants qui se trament, je m’insurge, non pas contre les personnes agricultrices, mais bien pour contribuer au débat qui s’engage à travers la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire.

Agriculture ou élevage porcin, « Est-ce possible de se sortir du contrat d’affaires des années 1990, axé sur la conquête des marchés ? » de demander Jacques Proulx de Solidarité rurale. « En 20 ans, dit-il, le Québec a perdu le tiers de ses fermes et un fossé s’est creusé entre le producteur et le consommateur, sans parler de l’endettement qui étouffe les agriculteurs et décourage la relève. Le modèle agricole s’essouffle, la concentration s’est accélérée, alors que “ produire pour produire ” a limité l’agriculture à sa seule fonction marchande, réduisant du coup la diversification des produits et des entreprises. » C’est évident que ce modèle productiviste ne fonctionne pas pour l’intérêt de la collectivité… il fonctionne, oui, pour enrichir Pierre, Jean, Jacques !

Observons bien la pièce de théâtre que nous joue actuellement Olymel, propriété de la Coopérative fédérée (les agriculteurs du Québec) et de quelques barons du porc. Toutes ces personnes qui siègent aux conseils d’administration sont des agriculteurs. Comme ceux de Nortel et de bien d’autres multinationales, ces gestionnaires tentent d’obtenir le soutien de nos taxes lorsque ça va mal et de ne pas en payer quand ça va bien. Observez l’industrie du porc, dont les revenus sont de 2,7 milliards $ par année, qui se dit incapable de couvrir les frais de 11,4 millions par année et demande aux travailleurs de les financer à même leur salaire. Après avoir produit du porc illégalement pendant des années en dépassant les quotas permis, après avoir produit 700 000 porcs de plus en pleine période moratoire, les voilà maintenant décidés à faire payer leur déconfiture par les plus petits de la chaîne financière.

Sont-ils si pauvres, qu’ils doivent fermer l’usine d’abattage de Vallée-Jonction ? Comment feront-ils alors pour investir dans la dépollution de nos réserves d’eau souterraine, de nos lacs et rivières, ….les algues bleues (cyanobactéries), qu’ils continuent de polluer allègrement?

Observons, nous retrouvons ici le même contexte financier qui nourrit l’idée de la privatisation des infrastructures de l’eau ou le captage intensif de nos réserves d’eau souterraine. Celui-là même qui pousse nos concitoyens à souhaiter l’exportation de l’eau pour que nous devenions les princes de l’eau comme le sont les princes du pétrole.

Pour mieux comprendre l’ensemble de la situation, Eau Secours! vient de publier une étude sur l’état de la protection de l’eau depuis la levée du moratoire porcin de 2003.

Observons que selon l’étude, le gouvernement du Québec prend pour acquis que les normes qu’il impose sont suffisantes pour protéger l’environnement et l’eau, alors qu’il n’en est rien. Il dit offrir la possibilité aux gouvernements locaux d’imposer des restrictions plus sévères que les siennes, alors qu’il entrave souvent leurs actions sous prétexte de ne pas nuire au développement de la production porcine (comme dans le cas des MRC de Kamouraska et de Nicolet-Yamaska).

Quant aux normes gouvernementales, non seulement sont-elles insuffisantes pour protéger l’environnement et l’eau, mais le gouvernement ne prend pas les moyens d’en assurer le respect. Il continue de surcroît à financer et à soutenir la production et le développement porcin sous sa forme actuelle, jetant à la poubelle l’ensemble du colossal travail effectué par la Commission du BAPE et tous ceux et celles qui y ont participé.

Les faits saillants : Les lisiers de porc, largement épandus sur de grandes surfaces cultivables, coulent généreusement dans les canaux, les ruisseaux et les rivières. Parfois, ces lisiers atteignent des cours d’eau importants près des équipements d’approvisionnement des municipalités, mettant directement en danger la qualité de l’eau potable ainsi puisée et, potentiellement, la santé des gens qui la boiront. Paradoxalement, le gouvernement s’oppose à la volonté de la MRC de Kamouraska d’obliger les nouveaux porciculteurs à produire sur paille plutôt que sur lisier.

Les normes gouvernementales relatives aux bandes riveraines sont insuffisantes et peu respectées. La MRC de Nicolet-Yamaska a dû se battre pour que le gouvernement accepte qu’elle impose des bandes riveraines plus importantes le long de trois cours d’eau majeurs.

Le Règlement sur les exploitations agricoles (REA), principal règlement agricole servant à protéger l’environnement et l’eau, n’est basé que sur le phosphore alors que les pratiques agricoles polluent de bien d’autres façons (nitrates, pesticides, érosion des sols, antibiotiques, etc.). De plus, la norme phosphore contenue dans le REA ne devra être respectée qu’en 2010.

Le REA fonctionne selon une approche ferme par ferme alors que logiquement, il devrait tenir compte des bassins versants. Depuis la levée du moratoire sur la production porcine en décembre 2005, toute référence à la protection de certains bassins versants a disparu.

Devant tant de laxisme et même si je suis sensible au taux de suicide chez nos concitoyens agriculteurs, sensible à la diminution du nombre de fermes et enragé de constater que les multinationales agroalimentaires, au nom des affaires et de l’intégration, amènent les agricultrices et agriculteurs à devenir des métayers sur leur propre ferme. Tout ce gâchis est inacceptable et toute personne raisonnable ne devrait pas abdiquer sur la santé des Québécois et Québécoises pour quelques cochons de plus !

Dans un débat respectueux des uns et des autres, il nous faut comprendre qu’il n’y a aucun substitut à l’eau et que sa pollution affecte le devenir de nos populations tant par une diminution de la capacité humaine de reproduire des jeunes mâles, que la progression de certains cancers. Il faut le dire et faire valoir nos arguments, peu importe l’état des marchés et la volonté de tous les lucides de ce monde.

À tous ceux qui cherchent à réduire les conditions de travail des travailleurs et travailleuses de l’agroalimentaire afin de satisfaire l’insatiable goût du profit des investisseurs et conseils d’administration et qui s’empiffrent dans la tarte monétaire de l’agrobusiness, il faut leur dire : C’est assez !

Comme le dit si bien monsieur Jacques Proulx de Solidarité rurale, « une réflexion importante doit avoir lieu sur l’état de l’agriculture au Québec ». De même, monsieur Roméo Bouchard du Collectif de réflexion sur l’avenir de l’agriculture de l’Union des citoyens du Québec déclare : « L’objectif est de définir un nouveau modèle public d’agriculture et d’alimentation ».

Nous savons que nombreux sont ceux à l’UPA qui comprennent l’importance de créer un nouveau contrat social avec les Québécois et Québécoises. Même s’il nous faut accepter que certains gestes déjà posés nous mettent en situation de non-retour, il semble encore et toujours possible, avec des moyens modernes, de revenir sur un contrat social fondé sur l’autosuffisance alimentaire, incluant une l’exportation raisonnable. N’est-ce pas là le sens de « développement durable » ?

Observez : de février à mai 2007, la Commission sur l’Avenir de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire passera dans votre région. En tant que citoyens, vous pouvez déposer un mémoire personnel, une lettre ou vous faire entendre, même ! Pour vous aider, la Coalition Eau Secours! rend disponible à toute personne qui en fait la demande un document synthèse sur les enjeux de l’agriculture et l’eau ainsi que l’étude sur les pratiques d’élevage porcin depuis 2003,

Il ne reste plus qu’à inciter le gouvernement à jouer son rôle de protecteur de l’ensemble des citoyens et à exhorter les producteurs de porc à ne pas «enlisier» nos puits d’eau pour quelques revenus de plus. Surtout à inviter l’ensemble des agriculteurs et agricultrices « pris dans l’agrobusiness à se ressaisir, à joindre ceux et celles qui déjà ont renoué avec la pratique moderne de l’agriculture saine tout en protégeant l’eau : chose commune et vitale s’il en est une. »

Pour obtenir les documents mentionnés dans l’article. Téléphone : 514-270-7915. Courriel : webmaster@eausecours.org

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