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La peau de l'ours !
N° 257 - mars 2007
La social-démocratie et le syndicalisme sont des frères siamois
Le rôle du SPQ Libre au sein du PQ est capital
SPQ Libre
Le déclenchement prochain des élections au Québec interpelle le mouvement syndical et chacun de ses membres. Qu’ils soient syndiqués au secteur public ou au privé, tous ont goûté à la médecine néolibérale du gouvernement Charest.

Dès le départ, le gouvernement a envoyé un message clair au 30 % de la main d’œuvre qui occupent des emplois atypiques, en légiférant pour nier le droit à la syndicalisation aux 25 000 travailleuses des services sociaux et de santé et des services de garde à l’enfance.

Puis, les amendements à l’article 45 du code du travail ont placé une épée de Damoclès au-dessus de la tête des travailleuses et travailleurs des entreprises privées. La fusion forcée des accréditations syndicales dans le secteur de la santé (loi 30) prépare là aussi le terrain à la sous-traitance et à la désyndicalisation. Enfin, la loi 142 a passé les menottes au secteur public.

Avec des lois adoptées sous le bâillon, le gouvernement Charest a envoyé le mouvement syndical au tapis. Qui peut être assez naïf pour croire qu’il va lui tendre la main pour l’aider à se relever? Qui peut penser qu’il lui donnera le temps de récupérer et se remettre sur pied ? Aussitôt réélu, il va le frapper pour le rendre socialement et politiquement insignifiant.

Ce scénario n’est pas particulier au Québec. Il a été joué et rejoué dans nombre de pays avec toujours le même dénouement : l’érosion des effectifs syndicaux. De 1970 à 2000, le taux de syndicalisation a chuté de 34 % à 21 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Les leaders syndicaux ont participé à suffisamment d’ateliers, colloques et sommets sur le néolibéralisme au cours des dernières années pour connaître cette situation.

La marginalisation du mouvement syndical serait catastrophique pour ce modèle québécois tant célébré pour ses valeurs de partage et de solidarité. Au Québec, comme partout dans le monde, il y a corrélation entre le taux de syndicalisation et la redistribution de la richesse. La social-démocratie et le syndicalisme sont des frères siamois. L’un n’existe pas sans l’autre. Le catalogue des législations progressistes adoptées au cours de son histoire par le Parti Québécois a souvent été un copier-coller de résolutions de congrès syndicaux.

Cependant, au cours des dernières décennies, l’amoindrissement de l’influence syndicale est patent. Les lois anti-syndicales ont considérablement rétréci son champ d’action et ses positions subissent le feu nourri des médias, instituts de recherche et autres regroupements de Lucides. Le mouvement syndical doit retrouver sa marge de manœuvre et son pouvoir d’influence sur les grands enjeux politiques. Il doit faire sentir sa présence dans l’arène proprement politique.

Les règles du jeu politique au Québec ont toujours rendu inopérants tous les efforts de création d’un parti social-démocrate. Il y a des obstacles qui tiennent à un mode de scrutin assassin pour les tiers-partis. Mais la difficulté première est la question nationale autour de laquelle s’articule toute la politique québécoise et – faut-il le répéter – une bonne partie de la politique canadienne. Plus que le mode de scrutin, celle-ci condamne à l’échec l’expérience de Québec solidaire. En cherchant à mettre en sourdine la question nationale, cette coalition de souverainistes et de fédéralistes s’engage dans un chemin souvent fréquenté au cours de notre histoire et dont l’issue est connue. À la première crise politique d’envergure, la coalition volera en éclats.

La seule soudure capable de lier ensemble des forces politiques autrement divergentes est la quête de la souveraineté. Pour faire entendre leur voix – et faire adopter des législations progressistes – les partisans de la social-démocratie doivent s’inscrire au sein de la grande coalition souverainiste. Au plan proprement politique, ce ne peut être qu’à l’intérieur du Parti Québécois. C’est la voie que nous avons choisie avec la création du club politique Syndicalistes et Progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre).

Fondé il y a trois ans, le SPQ Libre a négocié avec Bernard Landry, alors chef du Parti Québécois, une entente qui peut se résumer ainsi. Le Parti Québécois reconnaît dans ses statuts l’existence de clubs politiques pouvant être l’expression d’un point de vue minoritaire et les membres du club politique s’engagent à rompre avec une vieille pratique de la gauche québécoise, soit de déchirer sa carte de membre sur la place publique lorsque ses positions ne sont pas adoptées.

Les membres du SPQ Libre ont investi les instances du parti, participé à la Saison des idées, fait élire leur présidente, Monique Richard, à la présidence du Parti Québécois et présenté un candidat, Pierre Dubuc, dans la course à la chefferie. L’influence du SPQ Libre se reflète dans l’orientation résolument social-démocrate du programme adopté au congrès de 2005 et s’est fait sentir à chacun des conseils nationaux.

Avec le SPQ Libre, la gauche syndicale et progressiste revient au Parti Québécois après l’avoir longtemps boudé. La fracture date des négociations désastreuses du secteur public de 1981. Rappelons que, lors du référendum de 1995, l’alliance entre le mouvement syndical et les souverainistes s’est concrétisée à l’extérieur du Parti Québécois dans le cadre des Partenaires pour la souveraineté.

Il y a, bien sûr, toujours eu des progressistes au Parti Québécois, mais le SPQ Libre leur sert aujourd’hui de pôle de ralliement et leur permet d’intervenir de manière organisée en toute indépendance. Avec ses orientations, ses statuts, son financement et ses propres dirigeants, le SPQ Libre est la réponse à une vieille et fondamentale préoccupation du mouvement ouvrier québécois, soit celle de pouvoir intervenir au plan politique tout en conservant son autonomie.

Le rôle du SPQ Libre au sein du Parti Québécois est aujourd’hui capital pour l’avenir de la social-démocratie québécoise. Chacun est à même de constater les efforts déployés par certaines forces pour tirer le Parti Québécois vers la droite. Elles attribuent la dernière défaite électorale aux gains effectués par l’ADQ et proposent de reconquérir cette clientèle électorale avec un discours et un programme faisant de larges emprunts à Mario Dumont. Elles proposent une « nouvelle social-démocratie » calquée sur le « New Labour » de Tony Blair. Une approche qui s’est traduite en Angleterre par un affaissement du mouvement syndical et des politiques de droite enrobées dans un discours de gauche.

Nous croyons plutôt, au SPQ Libre, que la défaite de 2003 est attribuable au taux d’abstention, le plus élevé depuis 1927. Déçus de ses politiques à saveur néolibérale et de sa tiédeur sur la question nationale, 475 500 électeurs qui avaient voté pour le Parti Québécois en 1998 ont fait l’élection buissonnière en 2003. L’enjeu de cette élection est de les ramener dans les isoloirs, ce que seul un programme social-démocrate est en mesure de faire.

Plus globalement, l’enjeu est également la souveraineté. Avec le programme social et économique de Mario Dumont vient tout naturellement son programme constitutionnel : l’autonomie provinciale. Pour marcher résolument vers la souveraineté, le Parti Québécois doit élargir le plus possible son soutien populaire et sa base organisationnelle. Et seul le mouvement syndical peut la lui procurer.

Marc Laviolette, président, Pierre Dubuc, secrétaire. Syndicalistes et Progressistes pour un Québec libre

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