L'aut'journal
Le vendredi 24 mai 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
La peau de l'ours !
N° 257 - mars 2007
Seulement 5 francophones sur 44 hauts dirigeants
Mme Ménard, parlons vice-présidence voulez-vous ?
Léo-Paul Lauzon
Faut reconnaître le sens de l’humour particulier de Jean Charest qui a présenté sa candidate « vedette », Mme Nicole Ménard, à titre de « la vice-présidente » de la Banque de Montréal. Disons, sans toutefois rien enlever à madame, qu’elle est juste une des mille vice-présidentes régionales de ladite Banque. Nicole Ménard est vice-présidente Sud-Est du Québec, ce qui veut dire que le gros de ses fonctions a à voir avec le « P.R. », soit les relations publiques. D’ailleurs, son nom n’apparaît nullement parmi les 44 membres de la haute direction de la banque à la page 135 du rapport annuel 2006 de cette firme.

Tiens, tiens, madame Ménard, tant qu’à être dans la haute direction de la Banque de Montréal, je constate, toujours à la page 135 de votre rapport annuel, qu’il y a seulement cinq francophones sur 44 hauts dirigeants et 2 francophones sur 17 au conseil d’administration de la Banque de Montréal, tel qu’indiqué à la page 18 du dit document.

Puis-je me permettre, madame, de féliciter votre Banque d’avoir réalisé un bénéfice net record de 2,6 milliards de dollars en 2006, soit presque le double de celui engrangé en 2002 au montant de 1,4 milliards de dollars. Vraiment impressionnant.

Tiens, j’ai devant moi l’article du Devoir daté du 1er février 2007 et intitulé : « La BMO supprime 1000 emplois. La Banque de Montréal a engrangé des profits de 2,6 milliards ». Le pire dans tout ça, madame, est que les dirigeants de la Banque de Montréal ont dit qu’ils vont licencier 1000 employés afin « d’atteindre leurs objectifs financiers ». Sac à papier, des profits records à chaque année de plusieurs milliards de dollars ne suffisent plus.

Attendez, c’est pas fini madame Ménard. Dans un article du Journal de Montréal du 19 septembre 2006 du journaliste Michel Van de Walle intitulé : « Les employeurs sabrent dans les avantages sociaux », Ellen Whelan, directrice chez la firme de conseillers en ressources humaines et d’actuaires Mercier, a dit que « les grandes banques canadiennes ont été parmi les premières à sabrer dans les protections d’assurance de leurs employés puisque ces derniers ne sont pas syndiqués ». Mme Ménard, vous avez évidemment pris bonne note que les banques ont les coudées très franches puisque leurs employés ne sont pas syndiqués. Allez-vous vous battre pour corriger cet anachronisme et autoriser la syndicalisation des employés dans le milieu bancaire afin de rétablir quelque peu le rapport de force entre l’employeur et ses employés ?

Mme Ménard, parlons maintenant fiscalité si vous me le permettez. Rien de mieux que de prendre l’exemple de votre Banque de Montréal. À la note 23 des états financiers portant sur la charge d’impôts sur les bénéfices apparaissant à la page 125 du rapport annuel 2006 de la Banque de Montréal, il est écrit que même, si en 2 ans, le bénéfice net avant impôts de l’institution a augmenté de 200 millions$, passant de 3,3 milliards$ en 2004 à 3,5 milliards$ en 2006, les impôts sur le revenu payés par la Banque de Montréal aux gouvernements fédéral et provinciaux du Canada ont diminué de 369 millions$ en l’espace de seulement deux ans, passant de 968 millions$ en 2004 à 599 millions$ en 2006. En deux ans, la Banque de Montréal a payé 369 millions$ de moins en impôts aux gouvernements, même si son profit net a augmenté considérablement.

Et puis, toujours à la même note 23 aux états financiers 2006, la Banque de Montréal signale qu’en 2004 son taux d’impôt sur le revenu « réel », fédéral et provincial combinés, était de 30 % en 2004 et de seulement 21 % en 2006. Vous voyez, madame, il y a un monde de différence entre le taux d’impôt sur le revenu officiel fédéral et provincial de 35 % clamé par le patronat et le taux effectif de 21 %. Dire qu’un individu doit payer plus de 40 % d’impôts lorsque son revenu imposable dépasse 50 000$ par an et que les banques se pavanent avec des taux d’impôts réels, fédéral et provincial, de 21 %.

Pour moi, une fiscalité équitable des entreprises serait de faire en sorte que leur taux d’impôts fédéral et provincial réel soit de l’ordre de 25 %, ce qui correspond au taux statutaire. Par exemple, en prenant juste une année et une seule entreprise, soit la Banque de Montréal, les gouvernements auraient encaissé, en 2006, 490 millions$ de plus en impôts (35 % - 21 % = 14 % x 3,5 milliards$), sans surtaxer les compagnies.

Oh, oh, que vois-je encore à la même note 23 des états financiers 2006 de la Banque de Montréal ? Un petit article de rien du tout qui dit ceci : « Activités à l’étranger assujetties à des taux d’imposition différents » qui ont permis à la Banque de Montréal « d’économiser » 332 millions$ d’impôts en 2006. Cela veut dire qu’en 2006, la Banque de Montréal a privé les gouvernement fédéral et provinciaux du Canada de 332 millions$ grâce à l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux.

Enfin Mme Ménard, je vois à la note 21 aux états financiers de la page 119 du rapport annuel 2006 de la Banque de Montréal portant sur la rémunération du personnel qu’il y avait, à la fin de l’exercice 2006, 23 millions d’options d’achat d’actions en cours pouvant être exercées par les très hauts dirigeants à un prix moyen de 38 $ alors que l’action de la Banque se négocie actuellement à 74 $ à la Bourse de Toronto. Un petit cadeau de 36 $ l’action (74 $-38 $) fait au gratin de la Banque de Montréal ou de 828 millions$ au total alors que le personnel ordinaire de la même Banque a eu droit à 1000 emplois « flushés » et à des baisses importantes dans leurs avantages sociaux.

Vous savez certainement que 97 % des dirigeants des compagnies cotées à la Bourse se font payer le gros de leurs salaires sous forme d’options d’achat d’actions et non en chèques de paie, comme les employés ordinaires. Ça fait que la moitié de leurs énormes salaires, dans le cas de la Banque de Montréal, de 414 millions$ (828 M$ x 50 %), n’est pas imposable du tout puisque nos gouvernements considèrent cela comme un gain en capital du point de vue fiscal, alors que dans les faits il n’en est rien du tout.

Pouvez-vous me dire Mme Ménard, au nom de quel principe d’équité, que seulement la moitié du salaire gigantesque des patrons est imposable alors que 100 % du salaire du travailleur ordinaire payé sous forme de chèque est taxable ? Taxer à 100 % le salaire des dirigeants, payé sous forme d’options d’achat d’actions comme monsieur et madame Tout-le-monde, permettrait, juste pour la Banque de Montréal, à nos gouvernements d’aller chercher 165 millions$ additionnels en recettes fiscales, en supposant un taux d’impôt combiné de 40 % fédéral et provincial (414 millions x 40 %). Imaginez ce que cela donnerait pour l’ensemble des compagnies.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.