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Salut Michel !
N° 255 - janvier 2007
Décidément, le travail n’empêche plus d’être pauvre
Encore plus de gens font appel aux banques alimentaires
Stéphanie Beaupied
Plume Latraverse critiquait l’archétype du pauvre dans sa chanson. « Les pauvres, c’est d’ la vermine, Du trouble pis d’ la famine, Les pauvres, ça couche dehors, Les pauvres, ça l’a pas d’ char, Ça boé de la robine, pis ça r’garde les vitrines, Pis quand ça va trop mal, Ça s’tape sa photo dans l’journal... ». Mais qu’en est-t-il aujourd’hui du visage de la pauvreté ?

À la veille de la Grande Guignolée, l’aut’journal a rencontré Johanne Théroux, porte-parole de Moisson Montréal pour discuter de la question. Moisson Montréal est la banque alimentaire la plus importante au pays. À travers 189 organismes, elle distribue annuellement 9 millions de kilos de nourriture à 130 000 personnes du Grand Montréal. La pauvreté infantile est le cheval de bataille des banques alimentaires. 40 % des aliments sont distribués aux enfants. Moisson Montréal fournit de la nourriture à 52 000 enfants de Montréal.

Les statistiques de l’association canadienne des banques alimentaires (Bilan-Faim 2005) modifient l’image traditionnelle de la pauvreté. « Nous avons remarqué qu’il y a une augmentation des personnes à l’emploi qui ont recours aux banques alimentaires depuis 2004, ce qui très est préoccupant », affirme Johanne Théroux.

Si la majorité des gens ayant recours aux banques alimentaires – soit 52 % des récipiendaires – sont des personnes bénéficiant de l’aide sociale, les travailleurs en emploi arrivent bons deuxièmes. Ils représentent 13 % des clients des banques alimentaires au Canada et les chiffres sont comparables pour le Québec.

Les travailleurs en emploi figurent devant les gens dont le principal revenu est lié aux pensions ou à l’invalidité. À ce nombre, il faut aussi ajouter les chômeurs, qui représentent 4,5 % des clients de banques alimentaires. « Nous nous sommes rendus compte, souligne Mme Théroux, que nombre de travailleurs autonomes recourent à des banques alimentaires, car ils sont souvent en situation de vulnérabilité malgré une gestion serrée de leur budget ».

Ce qu’évoque la porte-parole de Moisson Montréal n’est pas sans rappeler le document rendu public par la Conférence régionale des élus en mai dernier, intitulé : Quand le travail n’empêche plus d’être pauvre.

On y apprenait que 40 % des travailleurs montréalais gagnaient moins de 20 000 $ par année en 2001, un revenu nettement insuffisant pour subvenir aux besoins de base. C’est donc 341 955 travailleurs de Montréal qui gagnent un salaire ne pouvant les sortir de la pauvreté. Pas étonnant que plusieurs aient recours aux banques alimentaires, particulièrement à la rentrée scolaire et à Noël, « les deux temps forts de l’année », rappelle Mme Théroux.

La montée fulgurante du travail atypique depuis 1976 « génère une forte croissance de la pauvreté », selon cette étude. L’accroissement du travail atypique, du travail involontaire à temps partiel, des travailleurs autonomes et contractuels, a créé une nouvelle catégorie de travailleurs vulnérables, privés d’avantages sociaux et de sécurité d’emploi.

C’est ce que remarque aussi la porte-parole de Moisson Montréal : « Il faut faire attention aux chiffres, on dit que le taux de chômage est bas, mais il faut voir quels sont les emplois qui sont créés; ce sont souvent des emplois au salaire minimum ou à temps partiel. Si les travailleurs ont recours aux banques, c’est que leurs revenus ne sont pas suffisants. »

Une fois sur trois, l’aide alimentaire est versée aux familles monoparentales. Comme le démontrait le document sur la pauvreté à Montréal, 84 % des familles montréalaises monoparentales sont dirigées par des femmes. Celles-ci sont d’autant plus pauvres, selon cette étude, si elles sont sous-scolarisée et issues des minorités visibles.

D’autres données tirées d’une étude récente du Canadian Institute for Health Information confirment ces faits. Elles visent à situer la position de Montréal par rapport aux autres grandes villes canadiennes. Des cinq grandes villes faisant l’objet de comparaison (Montréal, Toronto, Vancouver, Calgary, Halifax), c’est à Montréal que le revenu médian est le plus bas (45 333 $) comparativement à 65 532 $ à Toronto, la ville où il est le plus élevé.

C’est à Montréal qu’il y a le plus de gens vivant seuls, soit 15 % de la population, et le plus de familles monoparentales (19 %). Et c’est aussi à Montréal que le nombre de personnes détenant un diplôme d’études secondaires est le plus faible, soit à peine 50 % de la population. Ceci expliquant peut-être cela.

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