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Salut Michel !
N° 255 - janvier 2007
Un cautionnement total de 39,1 millions $ pour les manifestants
Le Texas ne rigole pas avec le blocage d’une intersection
Paul Martineau
Comment un concierge qui gagne à peine 5,30 $ de l’heure et qui peine déjà à faire vivre sa famille pourrait-il réussir à amasser 888 888 $ pour payer sa caution ? C’est la question que se posaient les 44 concierges grévistes arrêtés à Houston, au Texas, lors du blocage pacifique d’une intersection le 16 novembre.

Au Texas, on ne rigole pas avec ce genre de « fauteurs de troubles » qui bloquent une artère pour attirer un peu l’attention sur la misère dans laquelle ils sont confinés. Un tribunal du comté de Harris leur a donc imposé une caution de 888 888 $ chacun pour retrouver leur liberté en attendant leur procès, pour un cautionnement total de 39,1 millions $ pour l’ensemble des manifestants arrêtés.

Évidemment, les travailleurs ont dû se résoudre en rester en cellule, pendant que leur syndicat dénonçait « une tentative d’une transparence sans précédent pour limiter sévèrement le droit de manifester pacifiquement et la liberté d’expression des concierges à faible salaire de Houston ».

Plusieurs observateurs ont parlé d’un jugement aux motivations politiques, d’autant plus que la caution d’un homme accusé d’avoir poignardé à mort un client d’un bar dans le même comté a été fixée quelques jours plus tôt à 30 000 $ à peine. Le tribunal aurait ainsi voulu envoyer un message aux grévistes, dont la détermination et l’organisation a créé une commotion dans l’ensemble du Texas et même jusqu’à Washington, où plusieurs politiciens ont donné leur appui aux concierges de Houston.

La détermination des concierges a toutefois fini par payer, puisque le 21 novembre ils annonçaient fièrement la signature d’une entente. Sous la pression populaire et incapables de trouver d’autres concierges puisque toutes les entreprises d’entretien ménager de Houston étaient en grève, les cinq employeurs concernés ont accepté de signer un même contrat de travail pour l’ensemble de la ville, qui prévoit des hausses de salaires, l’accès garanti à un régime d’assurance santé et l’assurance de travailler à temps plein pour ceux qui le veulent. Il s’agit d’une percée majeure pour ces petits salariés, au cœur d’un des États les plus anti-syndicaux des États-Unis.

La lutte a été difficile pour les 1700 employés d’entretien ménager qui avaient déclenché simultanément une grève à Houston le 23 octobre. La plupart d’entre eux sont des immigrants qui peinent à survenir aux besoins de leur famille depuis leur arrivée au pays. Sur le site web de leur syndicat (houstonjanitors.com), on peut lire les témoignages émouvants des employés, ces Berlanga, Aguilar, Camacho, Sandoval, Landeros, Villareal, Quintallina, Parada, Hernandez, Salvador, Vega, Perez, Blanco, Morin, qui se disent prêts à travailler fort mais exigent de gagner assez d’argent pour assurer un avenir à leurs enfants. Les employés affirment que leurs droits civiques sont bafoués par les cinq géants américains de l’entretien ménager, ABM, OneSource, GCA, Sanitors et Pritchard.

Ces entreprises sont les joueurs dominants du marché de l’entretien ménager dans la plupart des grandes villes américaines. Les salaires et avantages sociaux y sont toutefois bien différents d’une région à l’autre. Alors que les employés de Chicago, Los Angeles et New York gagnent plus de 10 $ l’heure, jouissent d’une couverture médicale et sont assurés d’un horaire à temps plein, les travailleurs de Houston étaient payés à peine 20 $ par jour, travaillaient très souvent à temps partiel et n’avaient aucune assurance santé.

Les concierges de Houston sont syndiqués depuis environ un an avec l’Union internationale des employés de services, un syndicat dont la croissance a été fulgurante au cours des dernières années. Leur recrutement avait couronné l’une des plus grosses campagnes de syndicalisation jamais organisée dans le Sud des États-Unis.

La grève victorieuse qu’ils viennent de mener dans un contexte de répression particulièrement difficile montre aussi à quel point l’utilisation des nouvelles technologies peut être profitable dans un contexte syndical. Le site web mis en place spécialement pour le conflit était mis à jour presque quotidiennement. Des photos des grévistes avec leurs familles étaient mises en ligne, avec des témoignages écrits, des extraits audios et vidéos qui montraient au public les conditions de pauvreté abjecte des concierges, qui ne pouvaient même pas payer leur loyer, encore moins des médicaments ou des vêtements pour les enfants. Le tout était aussi téléchargeable sous forme de balladodiffusion, pour ceux qui préféraient écouter les reportages sur leurs lecteurs mp3.

Des vidéos étaient aussi capturés pendant les activités comme la manifestation du 16 novembre et diffusés massivement sur le site de partage vidéo Youtube.com. Les images de ces policiers à cheval brutalisant de pauvres mères de famille immigrantes ont ainsi pu faire le tour du monde. Tous les enjeux du conflit étaient expliqués clairement sur le site, et une longue liste de message de supporters – photo à l’appui – était disponible, avec des messages de leaders religieux, communautaires, syndicalistes et politiciens.

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