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Salut Michel !
N° 255 - janvier 2007
La seule réponse pragmatique au développement anarchique
Hydro-Québec doit prendre l’éolien en charge
SPQ Libre
C’est par une majorité des deux-tiers que les militantes et les militants du Conseil national du Parti Québécois ont adopté une proposition pilotée, entre autres, par le SPQ Libre, stipulant que « sous un gouvernement du Parti Québécois, Hydro-Québec prendra en charge le développement éolien via la nationalisation ».

Les délégations de la Gaspésie et du Bas-du-Fleuve ont voté en bloc pour cette résolution. Elles se faisaient les porte-parole du profond désenchantement des populations de leurs régions face au développement anarchique de l’éolien, dominé par des firmes privées non québécoises qui se sont accaparé 72 % des premiers appels d’offres d’Hydro-Québec.

Quelques jours avant la tenue du Conseil national, un rapport du BAPE se prononçait contre la réalisation du méga-projet de construction de 114 éoliennes par la firme ontarienne SkyPower à Rivière-du-Loup en invoquant ses conséquences désastreuses sur la flore, la faune ailée, l’agriculture, le climat sonore et le tourisme en retour de ridicules retombées économiques d’à peine 10,5 % alors qu’on avait laissé miroiter 40 %.

Le gâchis appréhendé appelle un moratoire sur le développement éolien comme le prône implicitement la résolution adoptée par les délégués au Conseil national.

Les commentateurs politiques ont cherché à diaboliser les promoteurs de la résolution sur la nationalisation en la faisant équivaloir à une expropriation des parcs éoliens déjà construits et au non-respect des contrats déjà octroyés.

Pourtant, nous avons à plusieurs reprises expliqué que la nationalisation devait être comprise dans le sens d’une « appropriation » de nos richesses naturelles et non d’une « expropriation » des parcs éoliens existants. Nous regardions vers l’avenir et non vers le passé.

Les 1 000 mégawatts déjà octroyés au secteur privé pourront devenir propriété publique au terme de leur vie utile ou des contrats de 25 ans intervenus entre la société d’État et les promoteurs privés ou même avant, nous a-t-on souligné avec humour, en rappelant qu’Hydro-Québec a été créée en 1944 pour faire suite au souhait de la Montreal Light Heat and Power d’être nationalisée pour se tirer d’une situation financière précaire.

La proposition adoptée par le Conseil national a suscité une large adhésion parce qu’elle liait l’intérêt national de l’ensemble du Québec aux intérêts régionaux. Elle stipule qu’« Hydro-Québec devra favoriser le partenariat avec les régions et les communautés autochtones au moyen de co-entreprises (MRC, municipalités, coopératives, etc.) pour maximiser les retombées régionales ».

Au cours des dernières années, nous avons vu naître une opposition malsaine entre, d’une part, le gouvernement du Québec, Montréal ou encore les sociétés d’État comme Hydro-Québec et, d’autre part, les régions.

Les doléances régionales sont fondées – tout comme plusieurs des récriminations à l’endroit d’Hydro-Québec – mais la solution ne réside pas dans une alliance entre les pouvoirs régionaux et des entreprises étrangères contre ces instruments collectifs que doivent être nos sociétés d’État.

C’est d’ailleurs une des caractéristiques du néolibéalisme que de chercher à saper le pouvoir des États nationaux en faisant la promotion de la concurrence des pouvoirs régionaux entre eux dans un contexte de privatisation. L’affaire des éoliennes en est un exemple éclatant.

La résolution adoptée par le Conseil national réconcilie l’intérêt national et les intérêts régionaux et permet d’envisager la création de fonds régionaux où pourraient être versés les profits du secteur éolien afin d’en faire un levier économique pour les régions en difficulté.

Le fait d’écarter Hydro-Québec du marché éolien au profit d’entreprises non québécoises n’est pas sans conséquences stratégiques. Le journaliste Louis-Gilles Francoeur nous rappelait dans Le Devoir du 4 novembre dernier que les Cris de la Baie James projettent de construire, avec la société ontarienne Ventus, trois parcs éoliens d’une puissance nominale de 1650 mégawatts sur leur territoire dans le cadre du projet Yudinn. Il s’agit d’un investissement de trois à quatre milliards de dollars.

Selon Le Devoir, ces projets sont lancés en marge des appels d’offres d’Hydro-Québec et trouvent leur légitimité dans la priorité de développement reconnue aux Cris dans la Convention de la Baie-James. Cela signifie que leurs promoteurs n’auront pas à signer le contrat standard en vertu duquel les producteurs privés du reste de la province s’engagent à céder gratuitement leurs installations à la société d’État dans 25 ans.

Dans la perspective de l’accession du Québec à la souveraineté à la suite d’un référendum gagnant, il n’est pas nécessaire de faire un dessin cartographique pour imaginer les tensions à venir entre, d’une part, un gouvernement souverainiste et, d’autre part, les autochtones et les promoteurs privés ontariens.

La situation actuelle est d’autant plus fâcheuse que le chef du Grand Conseil des Cris, Matthew Mukash, a confié au journaliste du Devoir qu’il préférerait de loin un partenariat avec Hydro-Québec plutôt qu’avec des promoteurs ontariens.

Rappelons que la résolution adoptée au Conseil national du Parti Québécois propose des « partenariats avec les communautés autochtones ».

La question de la propriété de développement éolien est un enjeu capital pour l’avenir du Québec. D’autant plus qu’elle s’inscrit dans le cadre de la politique générale adoptée par le Conseil national du Parti Québécois de soustraire le Québec à la dépendance aux produits pétroliers.

Ceux-ci représentent plus de 40 % de notre consommation totale d’énergie. La situation est d’autant plus dommageable, soulignait-on dans le document d’animation du Conseil national, « qu’elle prive l’économie intérieure d’une partie substantielle des revenus disponibles en les drainant très largement à l’étranger au seul profit de quelques multinationales et de leurs actionnaires ».

De toute évidence, le secteur éolien fournira une bonne part de ces surplus énergétiques que nous devons dégager pour s’affranchir de notre dépendance au pétrole. Il ne faudrait pas que cela se fasse au seul profit de « quelques multinationales et de leurs actionnaires » étrangers. Nous n’aurions alors fait que changer « quatre trente sous pour une piastre ».

De façon tout à fait méprisante pour les militantes et militants du Parti Québécois, la presse fédéraliste a cherché à attribuer l’adoption de la résolution sur la nationalisation de l’éolien à une manipulation du Conseil national par le SPQ Libre qui, précisons-le, n’y a en vertu des statuts, que deux délégués.

La palme revient à la chroniqueure Lysiane Gagnon qui a écrit dans La Presse du 2 novembre qu’ « aujourd’hui, le PQ est à toutes fins utiles contrôlé par le SPQ Libre, qui sait très bien comment manipuler les salles ».

Évidemment, nos gérants d’estrade ont tous la même leçon à donner à la direction du Parti Québécois : se débarrasser du SPQ Libre et de l’aile gauche du parti.

C’est le précieux conseil que donnait déjà, il y a un an, Alain Dubuc dans une chronique intitulée « Le PQ peut-il se libérer de ses radicaux » (26 novembre 2005). Selon l’éditorialiste de Power Corporation, « le poids des radicaux au sein du PQ, en déséquilibrant aussi la vie politique, accroît la fracture sociale et compromet plusieurs débats essentiels, à commencer par la réforme de la santé ou encore les défis économiques qui attendent le Québec. »

La même idée était reprise le 24 août dernier par Don Macpherson du journal The Gazette dans une chronique intitulée « Boisclair could fly better without his left wing » (Boisclair volerait mieux sans son aile gauche).

Bien entendu, nous savons tous combien Mme Gagnon et MM. Alain Dubuc et Don Macpherson ont à cœur le renforcement du camp souverainiste.

Marc Laviolette, président, Pierre Dubuc, secrétaire. Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre)

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