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Salut Michel !
N° 255 - janvier 2007
La conjoncture décidera de la réouverture des négos
La victoire de l’équité n’efface pas la loi 142
Pierre Dubuc
On n’acceptera pas d’attendre 2010 pour discuter de la rémunération des employés de la fonction publique », nous déclare Claudette Carbonneau, la présidente de la CSN, rencontrée à ses bureaux pour tracer un premier bilan de la tournée du Québec entreprise par la centrale syndicale sous le thème « Agir ensemble » .

Mme Carbonneau ne cache pas qu’elle suit avec grand intérêt la démarche actuelle des médecins spécialistes pour faire lever la loi spéciale qui a mis fin à leurs négociations avec le gouvernement et a fixé leur rémunération. « On étudie attentivement la conjoncture politique », précise-t-elle en disant que le règlement du déséquilibre fiscal pourrait être l’occasion d’exiger du gouvernement de rouvrir les livres.

Le règlement de l’équité salariale ne suffit pas, selon elle, à combler l’écart grandissant depuis plusieurs années entre le secteur privé et le secteur public au détriment de ce dernier. « De plus, ajoute-t-elle, la victoire de l’équité salariale n’efface pas le décret de décembre dernier (Loi 142) qui fixait arbitrairement la rémunération du secteur public. Il y a eu injustice. Rien n’autorisait le gouvernement à décréter, ni l’intérêt public, ni l’ordre public. »

Deux questions extrêmement importantes sont ici en jeu, selon Mme Carbonneau. « Premièrement, l’importance de la rémunération pour assurer la pérennité des services publics et, deuxièmement, redonner de la crédibilité au processus de la négociation. » La CSN va profiter de la prochaine campagne électorale pour interpeller les partis politiques sur ces deux questions.

Tout comme elle va le faire sur une série d’autres questions issues de la vaste consultation qu’elle mène actuellement à travers le Québec.

Déjà, au moment de l’entrevue, plus d’une soixantaine d’assemblées avaient eu lieu sur les 103 prévues dans les villes et villages du Québec. Des assemblées publiques auxquelles sont invités les membres de la CSN, mais également ceux des autres organisations syndicales, des groupes communautaires ainsi que l’ensemble de la population.

« Nous avons rencontré des syndiqués, mais aussi des agriculteurs, des artistes, des étudiants, des petits commerçants, des maires, des préfets », précise la présidente de la CSN. Bien sûr, il y a une grande morosité, un abattement – « C’est comme si les deux gouvernements leur avaient déversé deux voyages de briques sur le dos » – constate Mme Carbonneau, mais « les gens sont heureux de pouvoir trouver dans ces assemblées un espace de parole et de réflexion ».

« À Chicoutimi, un commerçant nous a dit : C’est impossible d’avoir de tels débats dans le milieu des affaires, parce qu’il est trop lié aux élites locales. À la CSN, votre indépendance vous le permet. »

Quels sont les thèmes majeurs évoqués ? « La forêt, déclare sans hésiter Claudette. Et de façon plus générale, le problème des régions. Ça nous a frappés. Il y a un grand appétit pour la décentralisation, tout en étant conscient des dangers. Mais elle est justifiée par des aspirations démocratiques. On parle du développement des régions, de l’occupation du territoire. »

La défense des services publics et des outils collectifs se trouve également tout au haut de l’agenda. « C’est souvent lié à la défense des régions. On veut maintenir l’offre de services en santé et en éducation avec les cégeps et les universités. »

« C’est crucial », poursuit-elle en soulignant que cela n’a rien à voir avec de l’immobilisme, thème par excellence des « lucides ».

Ensuite, parmi les autres sujets abordés, se démarquent la gratuité et l’accessibilité scolaires, la précarité de l’emploi, la loi 142 et les autres législations antisyndicales du gouvernement Charest.

C’est à partir des thèmes débattus dans ces assemblées que la CSN établira sa plate-forme d’intervention lors de la prochaine campagne électorale. Le Parti libéral sera dans la collimateur, mais le Parti Québécois sera également interpellé. Claudette Carbonneau ne croit pas que le Parti Québécois ait fait la démonstration de sa capacité de se régénérer. « Il pourrait toujours le faire, mais le temps presse », déclare-t-elle en ajoutant que la réflexion sur la question nationale doit se faire autrement que sur le mode instrumental, c’est-à-dire centré sur la date du référendum. « Il faut démontrer que la question nationale est une porte ouverte sur des jours meilleurs. »

Impossible, bien entendu, d’interviewer la présidente de la CSN sans revenir sur la dernière négociation dans le secteur public vue sous l’angle de l’unité syndicale. « On s’est présenté éjarré devant le gouvernement, affirme-t-elle. Il y a eu une rupture de solidarité sans précédent. Il y a présentement un repli sur elles-mêmes des forces syndicales, comme on n’en a pas vu depuis 30 ans.»

Comment reconstituer cette unité ? Mme Carbonneau fonde beaucoup d’espoir sur le Forum social prévu pour le mois d’août. « Quand il y a trop de tensions autour d’un enjeu, il faut regarder ailleurs. J’espère que toutes les organisations seront au rendez-vous », conclut-elle.

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