L'aut'journal
Le samedi 24 août 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Bientôt sur nos ondes !
N° 254 - novembre 2006
Le film ¿¡ Revolución !? se veut un ABC de la révolution moderne
Chavez permet aux gens de tenir l’avenir dans leurs mains
Julie Tremblay
L’aut’journal rencontre ce mois-ci Charles Gervais, un jeune réalisateur de talent, dont le tout dernier documentaire, ¿¡ Revolución !?, prend l’affiche sur nos écrans. Voyage initiatique au cœur d’un « ABC de la révolution moderne », où la « nouvelle » révolution bolivarienne proposée par le Venezuela et son controversé président Hugo Chavez servent de figure de proue, dans une Amérique latine balayée par le souffle de la gauche.

Charles Gervais est diplômé de l’Université Concordia. Après ses études, il parcourt, en compagnie d’un ami, l’Amérique latine pendant un an. L’idée de réaliser des documentaires lui fait de l’œil et, dès son retour, il propose à RDI une série de six courts documentaires sur l’Afrique.

La proposition est acceptée et le voilà lancé, accompagné de deux amis, sur les routes européennes, à bord d’un vieux camion, qui les mènera de la Belgique jusqu’en Afrique. La série de documentaires baptisée Un Canadien en Afrique est présentée en 2004 au Festival Vues d’Afrique et un des films remporte le prix du Meilleur documentaire canadien.

À l’été 2004, Charles s’envole pour Haïti afin d’y réaliser un autre documentaire, intitulé Quand la vie est un rêve, qui connaîtra un franc succès lors de sa diffusion en 2005 sur les ondes de Zone Libre et Passionate Eye. Après un an de travail et six voyages au Venezuela, il nous livre maintenant son dernier-né, un documentaire ambitieux se penchant sur la page historique qui s’écrit présentement chez nos voisins du Sud.

Février 1989, au Venezuela. Une onde de révolte s’élève dans les rues de Caracas. Des affrontements surgissent entre les militaires et la population, apparemment causés par le coût du transport en commun, qui vient de doubler en une nuit à la suite d’une mesure gouvernementale. Le gouvernement corrompu du moment ordonne aux militaires de faire feu sur le peuple. Près de 3000 personnes y laisseront leur vie.

Trois ans plus tard, Hugo Chavez et quatre autre commandants rebelles de l’armée vénézuélienne (Cardenas, Contreras, Urdaneta et Acosta), choqués par la crise que traverse le pays, renversent le gouvernement en place par les armes. C’est le début de la révolution vénézuélienne.

En 1998, Chavez est élu président par une forte majorité de suffrages. Depuis, il ne laisse personne indifférent avec ses prises de position très à gauche, son engagement à affranchir le Venezuela et les pays de la région de l’impérialisme américain, son rapprochement avec Cuba, ses efforts pour contrôler les ressources de son pays et soutenir les prix et quotas pétroliers au sein de l’OPEP, sa volonté de renforcer l’intégration économique des pays d’Amérique latine par des accords de libre-échange et, plus récemment, sa participation à la création de la chaîne d’information en continu Telesur afin de doter l’Amérique latine de sa propre voix médiatique.

Mais, avec tous les changements en cours en Amérique latine, pourquoi avoir choisi le Venezuela ? « À l’époque, je cherchais un autre sujet de documentaire », explique le jeune réalisateur. « Je venais de terminer celui sur Haïti et j’avais besoin d’un sujet d’espoir. Je voulais parler de la gauche en Amérique latine, car je savais que quelque chose de gros allait se passer qui allait avoir un impact majeur sur l’histoire du continent. ».

La réponse à cette quête ne se fait pas trop attendre : « Un matin, j’ai lu une petite brève dans Le Devoir qui disait que Chavez allait distribuer gratuitement un million d’exemplaires de Don Quichotte de Cervantès au peuple vénézuélien pour nourrir l’esprit de ceux qui veulent “ déjouer les torts et refaire le monde ”, raconte-t-il. La distribution de livres était annoncée pour le samedi suivant. Nous étions le lundi; le jeudi soir, on était là-bas ».

Pendant un an et demi, Charles et ses complices retourneront à six reprises au Venezuela pour tenter de comprendre la révolution bolivarienne – ce « socialisme du XXIe siècle » que propose Hugo Chavez - et tâter le pouls du peuple vénézuélien. « J’étais intéressé à savoir ce qu’était ce nouveau mouvement de la gauche en Amérique latine, si la révolution de Chavez, qui semble être originale en se vivant pacifiquement, démocratiquement et par la voie de la légalité, représentait un quelconque espoir. Si ce mouvement était novateur ou si on tentait seulement de reprendre les vieux modèles de la gauche communiste de Fidel ».

Avec la distribution de Don Quichotte et les positions sans équivoque de Chavez en matière de politique étrangère, Charles se rend compte que ce dernier est le leader le plus radical de ce mouvement de la gauche et il décide de concentrer son attention sur le Venezuela. « Le film se veut une étude, un ABC de la révolution moderne. Le sujet n’est pas tant la révolution de Chavez en tant que telle, mais comment réussir une révolution qui fonctionne. »

Pour ce faire, le documentaire est construit en dix étapes, élaborées avec la collaboration de Marie-Ève Desrosiers, spécialiste de la théorie de la révolution, du Trudeau Centre for Peace and Conflict Studies de l’Université de Toronto, soit : les germes d’une révolution, la révolte, la voie démocratique, gérer le pouvoir, travailler au changement, contrôler ses ressources, former des alliances, la guerre de l’image, savoir apaiser les hostilités, devenir remplaçable.

« Ce qui est vraiment beau au Venezuela, c’est de sentir que les gens ont vraiment l’impression de tenir leur avenir entre leurs mains, de sentir quelque chose de tellement vivant, qui contraste beaucoup avec le sentiment qu’on a ici, où tout le monde est un peu blasé, un peu amorphe. C’est comme si tu entrais dans un musée et que tu pouvais voir comment se sont déroulés les premiers jours de la Révolution cubaine ou ceux de la Révolution française ».

Tout au long du parcours, le spectateur découvre des personnages réels issus de toutes les classes sociales et allégeances politiques de la très polarisée société vénézuélienne, rencontrés par Charles Gervais et son équipe au fil de ses multiples séjours à Caracas et les environs. On y croise entre autres un propriétaire de kiosques à journaux dans l’un des quartiers les plus pro-Chavez de la capitale, l’un des membres fondateurs du principal parti d’opposition, une jeune femme issue d’un quartier pauvre de Caracas et une fervente militante anti-Chavez.

« Plus j’étudie la révolution de Chavez, plus je commence à réaliser son potentiel de dérapage. J’associe un peu Chavez à une figure “ don quichottesque ”. Qu’il réussisse ou dérape, il va avoir fait avancer les choses ».

C’est donc un rendez-vous aux Rencontres internationales du documentaire du 9 au 19 novembre pour visionner ¿¡ Revolución !?, de Charles Gervais.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.