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N° 254 - novembre 2006

Interdit puis reconnu, le berbère demeure en sursis
Mario Beaulieu
Au début d’octobre, monsieur Ferhat Mehenni, fondateur du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), était de passage au Québec pour faire connaître la situation politique en Algérie et en Kabylie. Il a rencontré des représentants du mouvement souverainiste québécois, dont Gilles Duceppe et Daniel Turp. Il a notamment donné une conférence dans le cadre des Jeudis de la langue organisés par le Mouvement Montréal français et la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.

Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, le gouvernement a mis au point une politique linguistique d’arabisation de l’enseignement et de l’administration destinée à éradiquer le français et à promouvoir la langue coranique, c’est-à-dire l’arabe classique que pourtant aucun Algérien n’utilisait comme langue maternelle. Le nouveau régime refusa tout statut à l’arabe algérien et au berbère qui étaient perçus comme des langues « impures ».

Le nouveau régime algérien réprima l’utilisaition du berbère. Par exemple, les prénoms berbères furent interdits parce qu’ils avaient une « consonance étrangère ». Pourtant, 27,4 % des Algériens parlent l’une des variantes du berbère. C’est en Kabylie que se trouve la plus importante concentration de berbérophones.

En 1980, la Kabylie connaît plusieurs mois de manifestations réclamant l’officialisation de la langue berbère, appelées Printemps berbère. Politiquement, ce premier mouvement populaire spontané ouvre la voie à une remise en cause du régime algérien. Ces émeutes préfigurent celles de Constantine en 1986 et d’Alger en 1988. Sur le plan social, le mouvement traduit l’émergence d’une génération d’intellectuels engagés dans le combat démocratique.

Ferhat Mehenni, chanteur, écrivain et poète, a été l’un des leaders de cette lutte pour la langue et l’identité berbères. Il a goûté aux cachots du pouvoir algérien durant les années 1980.

À partir d’avril 2001, de graves émeutes provoquées par l’assassinat d’un jeune par des gendarmes accentuent la rupture avec les autorités: c’est le Printemps noir. Une revendication autonomiste, qui était jusque-là le fait de quelques intellectuels, est désormais portée par le MAK, dirigé par Ferhat Mehenni.

Le Parlement algérien adopta en avril 2002, à l’unanimité, une Modification à la Constitution instituant le berbère comme « langue nationale ». Mais la politique linguistique algérienne à l’égard du berbère semble plutôt une politique de temporisation face à la montée islamiste. À cause de la conjoncture politique, il y a désormais en Algérie une certaine tolérance, et même un début de prise en charge institutionnelle de la langue et de la culture berbères. Mais ces mesures sont encore très loin de répondre aux aspirations du peuple kabyle, et notamment celle d’un système d’éducation autonome.

Les Kabyles revendiquent la reconnaissance du pluralisme linguistique, notamment que la langue berbère soit reconnue comme « l’une des langues nationales et officielles de l’Algérie », ce qui impliquerait le droit pour tout citoyen d’utiliser la langue berbère. Ferhat Méhenni mentionne qu’ils sont « très attentifs au modèle espagnol, spécialement aux développements en cours en Catalogne, au Pays Basque et en Galicie, mais aussi à ceux du Québec. Nous revendiquons de pouvoir être les maîtres de notre destin dans notre autonomie. »

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