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N° 254 - novembre 2006
Les événements donnent raison à Richard Desjardins
Il faut abolir le régime des concessions forestières
Roméo Bouchard
La crise de l’industrie forestière est catastrophique pour les régions-ressources où vivent plus d’un million de Québécois.

La forêt, tout comme l’agriculture, la pêche, les mines, l’énergie, les sites naturels, est à la fois le gagne-pain et la raison d’être des 6 régions périphériques en décroissance, désignées comme régions-ressources.

Les politiciens et les industriels s’évertuent à fournir des explications à la crise, lesquelles détournent l’attention de leur responsabilité fondamentale dans la crise :

. l’effondrement des prix en raison de la chute des mises en chantier

. la concurrence des Chinois

. les pertes dues au conflit du bois d’œuvre

. la hausse du dollar canadien

. le taux supposément élevé des droits de coupe

. le coût élevé de la fibre ligneuse

. la baisse de la demande de papier journal

. le caractère temporaire de la crise (18-24 mois)

Ces facteurs « conjoncturels » ont bien sûr tous une influence, mais la vraie cause de la crise, c’est le pillage systématique de la forêt qui a résulté de la concession de nos forêts à des compagnies qui les ont naturellement exploitées de façon à en tirer le maximum de profit sans se soucier vraiment de l’avenir de la ressource et des régions dont c’était le gagne-pain et la raison d’être.

Étrangement, on ne parle plus de Richard Desjardins, qu’on a traité de fou pendant des années, mais à qui les événements donnent raison sur toute la ligne.

C’est un non-sens de confier la gestion de la forêt à des compagnies de papier et de sciage, comme nos gouvernements québécois l’ont fait. C’était évident qu’ils allaient l’exploiter essentiellement en fonction de leurs intérêts industriels et commerciaux.

Effectivement, ils ont écrémé et saccagé la forêt pour leurs seuls besoins immédiats . Ils manquent maintenant de bois et il leur coûte de plus en plus cher pour aller chercher le bois de mauvaise qualité qui reste, à des distances de plus en plus grandes. C’est la cause principale du « coût élevé et non concurrentiel de la fibre ».

Ils n’ont pas davantage profité des années de vaches grasses pour prévoir l’évolution du marché et de la concurrence et pour s’y adapter. Irresponsabilité sur toute la ligne.

Cette crise, comme celle de la pêche dans l’Est, celle de l’agriculture qui fait rage également, celle des villes minières et celle qu’on est en train de préparer dans les développements énergétiques en région, met le doigt sur les dommages d’un modèle d’exploitation des ressources naturelles qui est à la base de la faillite des régions-ressources.

Certes le contexte de la mondialisation et l’absence de décentralisation n’aident pas, mais à la base, rien ne changera si on ne reprend pas le contrôle de l’exploitation de nos ressources naturelles et de l’approvisionnement des entreprises privées de transformation.

Il faut bien sûr des mesures d’urgence pour les travailleurs et les communautés affectées, mais ce n’est pas à l’État de payer pour une modernisation, une rationalisation et une diversification que l’industrie a négligé de faire pendant qu’elle se remplissait les poches, et de toute façon, cette aide ne remettra pas des arbres dans les forêts dévastées ni des moulins dans les villages victimes de la rationalisation.

Ce qu’il faut, c’est modifier de fond en comble notre régime de gestion et d’exploitation de la forêt, reconstruire la forêt et reconstruire une économie forestière basée sur une exploitation durable, écosystémique et multifonctionnelle comme l’a proposé la Commission Coulombe.

Ce qu’il faut, c’est abolir le régime de concessions forestières et bâtir une nouvelle gestion de la forêt et des industries qui en découlent, en partenariat avec les communautés régionales dont c’est le gagne-pain et la raison d’être et qui sont les premiers dépositaires de l’expertise en cause.t

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