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N° 254 - novembre 2006

Vous croyez vraiment que vous faites vivre les régions ?
Denis Trottier
Chère Marie-France Bazzo, depuis plusieurs années, je vous suis et j’apprécie votre savoir-faire. Quel ne fut pas ma surprise, dimanche soir dernier, le 24 septembre, lorsque j’ai regardé votre émission sur les régions. Il m’est apparu par vos questions et vos réflexions que vous aviez l’impression que les gens de la métropole font vivre les régions et que le prix qu’il en coûte serait trop élevé. De telles affirmations ou sous-entendus me déçoivent grandement de votre part.

Comment pouvez-vous croire que vous faites vivre les régions ? À partir de quelles données pouvez-vous arriver à cette conclusion ? De quoi vivez-vous à Montréal ? Combien d’emplois y sont reliés à l’intervention de l’État ?

Quand je vois des professeurs d’urbanisme de Montréal qui disent que ce n’est pas le rôle de l’État de sauver les régions, j’ai envie de leur demander quels emplois ils occuperaient si l’État n’intervenait pas à Montréal ? Combien de centres de recherche, d’hôpitaux spécialisés, d’écoles, de médias, de ministères de toutes sortes sont situés dans les grands centres et sont financés, tant par l’État fédéral que provincial ? Au Saguenay-Lac Saint-Jean, nous sommes 3,8 % de la population québécoise et nous n’avons que 2 % des employés de l’État. Même dans des secteurs comme la forêt qui devraient nous revenir, nous faisons figure de parents pauvres, sinon d’orphelins. Ainsi, il y a 2500 fonctionnaires au Ministère des richesses naturelles à Québec et 171 au Saguenay-Lac Saint-Jean.

Par ailleurs, lorsque l’on parle d’un projet à Montréal, il ne se chiffre jamais sous le milliard de dollars. Croyez-vous que vous êtes les seuls à payer pour les ponts, le métro, le stade olympique, la Grande bibliothèque et bien d’autres ?

Pouvez-vous m’expliquer pourquoi le siège social d’Hydro-Québec est à Montréal alors que les barrages sont en région, et qu’ils ne sont même pas taxables pour les municipalités environnantes et qu’on en retire aucune redevance annuelle ? Est-il impossible de gérer une ressource à l’extérieur des grands centres ?

L’électricité que vous utilisez tant pour vos besoins domestiques, artistiques, commerciaux ou industriels provient des régions. Combien coûte la construction et l’entretien des lignes de transport d’énergie vers Montréal ? Pouvez-vous m’expliquer comment il se fait que vous payez le même prix que nous, qui sommes situés à proximité ? Serait-ce que la distance n’a pas d’importance ? Si c’est le cas, pourquoi devons payer des appels de « longues distances » téléphoniques pour avoir accès à l’ensemble des services qui sont concentrés dans la métropole ?

Combien de services spécialisés, qui desservent l’ensemble des Québécois et Québécoises, possédez-vous à proximité ? Êtes-vous les seuls à payer pour cela ? Seriez-vous d’accord pour venir, vous ou votre enfant, vous faire soigner en région en assumant les frais de transport et de séjour, comme nous devons le faire lorsque nous devons nous rendre dans la métropole ?

La « vérité », c’est que l’État intervient davantage dans les grands centres que dans les régions. Je suis prêt à parier ma chemise à cet effet et à m’excuser si tel n’est pas le cas.

Nous vivons dans une société de plus en plus centralisée en matière de décisions tant politiques qu’économiques. La centralisation nous est présentée comme étant la recette miraculeuse alors qu’elle est plus souvent qu’à son tour inefficace et inefficiente.

Qui a géré la forêt québécoise, la pêche, l’agriculture et l’environnement dans les dernières années ? Les régionaux ou les centraux ? On a souvent pris de mauvaises décisions en notre nom et une fois que ça va mal on nous dit : « Débrouillez-vous, l’État n’a plus d’argent ! »

Qu’on fasse les comptes régionaux et on verra bien qui paie pour qui. En attendant, j’ose espérer qu’on cessera de traiter avec mépris ceux et celles qui occupent le territoire, au profit de l’ensemble du Québec.

À cet effet, je vous rappelle qu’il y a 97 pays dans le monde qui sont plus petits que le Saguenay-Lac Saint-Jean alors que les résidents des neuf plus grandes villes du Québec, n’occupent que deux dixièmes de un pour cent du territoire québécois. Si vous ne deviez compter que sur vous-mêmes, de quoi vous nourririez-vous ? Où prendriez-vous votre énergie, votre bois, vos métaux pour alimenter vos industries et vivre convenablement, si vous deviez vous débrouiller seuls ?

Si l’ensemble des régions-ressources décidaient de se séparer du Québec, vous pourriez être surprise des résultats et des conséquences. Une collectivité, comme un individu, a besoin d’au moins deux éléments pour se développer : l’autonomie et la solidarité. Au moment où il nous faut bâtir un Québec nouveau qui soit notamment plus respectueux des régions-ressources et qui leur permettra de se prendre en main, vos propos et sous-entendus m’ont choqué. Alors que les États québécois et canadien devraient nous soutenir dans la mise en valeur de nos immenses territoires au bénéfice de l’ensemble des Québécois et Québécoises, vous laissez entendre le contraire.

Vous venez ainsi de manquer une belle occasion de contribuer au développement du Québec. Pourquoi être négatifs et susciter le mépris quand on pourrait favoriser une meilleure compréhension et collaboration ?

C’est pourquoi je vous invite à vous reprendre, et je sais que vous en avez la capacité. Pourquoi ne feriez-vous pas une série d’émissions ou de chroniques sur la réalité des différentes régions du Québec et sur les possibles solidarités qui pourraient s’ensuivre ?

Le Québec ne sera fort que du développement de l’ensemble de ses régions. Voilà ce à quoi je vous invite. Il me fera plaisir d’y contribuer au besoin.

Régionalement vôtre

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