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N° 254 - novembre 2006

Pour battre Bush, l’AFL-CIO invente Working America
Paul Martineau
Depuis des décennies, par un travail d’éducation et de mobilisation lors des élections, la majorité des syndicats américains arrivent à « faire sortir le vote » lors des élections américaines. Leurs membres se rendent aux urnes en grand nombre pour appuyer les candidats démocrates contre les Républicains. Mais après deux scrutins remportés par George W. Bush, le mouvement syndical a dû se rendre à l’évidence : avec un taux de syndicalisation en chute libre à moins de 13 % de la main-d’oeuvre, son poids électoral n’est plus ce qu’il était.

Pour assurer l’élection de candidats progressistes, les syndicats doivent donc se tourner vers les travailleurs non-syndiqués, qui forment l’écrasante majorité de la main-d’œuvre des États-Unis. La plus grosse centrale syndicale américaine, l’AFL-CIO, a donc mis sur pied une organisation qui lui est affiliée, sans être pour autant un syndicat. Working America se veut un regroupement volontaire de travailleurs non-syndiqués qui veulent joindre le mouvement syndical.

« Le but de Working America n’est pas de remplacer la négociation collective, mais de fournir aux travailleurs un accès direct au mouvement syndical », affirme Robert Fox, directeur général de l’organisme, dans une lettre ouverte publiée sur plusieurs sites Internet états-uniens.

Les lois du travail, particulièrement anti-syndicales aux Etats-Unis, empêchaient jusqu’ici plusieurs travailleurs d’avoir un tel accès au mouvement ouvrier organisé, rappelle-t-il. « Dans le passé, si un travailleur voulait joindre le mouvement syndical, il devait travailler dans un certain type d’emploi, avec des responsabilités spécifiques et dans un milieu de travail avec représentation syndicale ou une campagne d’affiliation. »

L’inscription à Working America est gratuite, mais une contribution volontaire est suggérée. Les membres reçoivent la documentation de la centrale syndicale tout comme les « vrais » syndiqués. Ils peuvent participer aux séances de formation, aux activités militantes, en plus d’avoir accès à une foule de services. Surtout, ils apparaissent ensuite sur la liste d’électeurs de l’AFL-CIO, qui peut les mobiliser lors des élections.

Les campagnes d’éducation politique de l’organisme donnent des résultats impressionnants sur le plan électoral. À l’inscription, 70 % des membres de Working America se définissent comme « conservateurs » ou « modérés ». Un tiers d’entre eux se définissent comme des chrétiens renés ou « born again ». Un tiers d’entre eux sont propriétaires d’une arme à feu. Pourtant, lors des élections américaines de 2004, ils ont voté à 68 % pour le démocrate John Kerry à la présidence. Cela, même en-dehors des grands centres urbains, là où les autres travailleurs non-syndiqués soutenaient souvent Bush.

Sans compter la première réussite : amener les membres de Working America à voter. Dans le comté de Franklin, en Ohio, 58 % des membres de l’organisation qui s’étaient abstenus lors des élections présidentielles de 2000 ont changé d’attitude et ont voté en 2004.

L’organisation compte maintenant plus de 1,5 millions de voteurs potentiels et le recrutement va bon train, avec un accent sur les « swing states », ces États qui changent d’allégence politique d’un scrutin à l’autre. « Dès l’été 2006, les organisateurs de Working America frappaient à plus d’un quart de million de portes par mois, et inscrivaient jusqu’à deux tiers des travailleurs approchés, soit plus de 30 000 nouveaux membres par mois », écrit Robert Fox dans sa lettre ouverte.

Ces renforts électoraux sont les bienvenus à l’approche des élections de mi-mandat du 7 novembre, qui pourraient permettre aux Démocrates d’accroître leur présence à la Chambre des représentants et au Sénat. Mais l’organisation promet que son action sera continue et ne se limitera pas aux élections. D’ailleurs, depuis sa création à la veille des présidentielles de 2004, Working America a mobilisé ses membres lors de toutes les principales batailles du mouvement syndical américain.

L’AFL-CIO fait maintenant du développement de Working America une de ses priorités. « C’est l’innovation la plus significative de notre mouvement depuis des décennies », a martelé le président de la centrale, John Sweeney, lors d’une conférence devant le National Press Club l’hiver dernier. Le président croit d’ailleurs que l’organisme pourra atteindre les 2 millions de membres d’ici le début 2007.

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