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N° 254 - novembre 2006
La nationalisation de l’électricité n’a jamais été remise en question
Le gouvernement Charest n’a pas le mandat de la privatiser
SPQ Libre*
Le club politique Syndicalistes et Progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre) appuie la perspective mise de l’avant par le Conseil national thématique sur l’environnement du Parti Québécois d’une réduction de la dépendance du Québec aux produits pétroliers.

Comme le rappelle le document d’animation produit en vue du conseil national, les produits pétroliers représentent plus de 40 % de notre consommation totale d’énergie et les transports accaparent à eux seuls près des deux tiers de toute la consommation pétrolière. La situation est d’autant plus dommageable, souligne-t-on dans le document, « qu’elle prive l’économie intérieure d’une partie substantielle des revenus disponibles en les drainant très largement à l’étranger au seul profit de quelques multinationales et de leurs actionnaires ».

Le SPQ Libre applaudit d’autant plus à cette perspective qu’elle a été mise de l’avant par son candidat dans la course à la chefferie du Parti Québécois. Lors du débat sur le développement économique et le développement durable qui s’est tenu à Montréal le 28 septembre 2005, Pierre Dubuc déclarait :

« Nous produisons de l’électricité, nous produisons de l’aluminium et nous construisons des wagons de métro et de chemins de fer à la fine pointe de la technologie moderne… que nous exportons ! Nous sommes les cordonniers mal chaussés du transport ! Alors, pourquoi ne pas profiter de notre accession à la souveraineté pour nous donner un mégaprojet national qui dynamisera notre économie, créera de l’emploi et préservera notre environnement ?

« Imaginez un TGV qui pourrait nous amener à Québec en 48 minutes. Imaginez des trains rapides qui relieraient toutes les grandes villes du Québec. Pourquoi ne pas multiplier les trains de banlieue ? Pourquoi ne pas réintroduire les tramways à Montréal ? Mais, surtout, pourquoi ne pas mettre sur des rails les mastodontes qui défoncent nos routes et polluent notre environnement. Nous pourrions coupler ce projet à une véritable politique d’occupation du territoire, à une politique d’émigration de la grande ville vers les régions périphériques. L’automobile a créé la banlieue. Le train moderne peut recréer les régions. »

Aujourd’hui, nous sommes heureux de constater que plusieurs de ces propositions sont reprises dans le document d’animation et nous sommes également ravis que le Bloc Québécois et son chef Gilles Duceppe reprennent à leur compte l’idée d’un projet de train à grande vitesse (TGV) reliant Québec, Montréal et New York.

Évidemment, un projet économique et environnemental d’une telle ampleur implique des choix économiques et politiques. Il sous-entend une plus grande efficacité énergétique, mais également une augmentation de la production d’énergie électrique. Nous devrons choisir entre une plus grande auto-suffisance énergétique ou des exportations d’électricité vers les États-Unis, entre une plus grande indépendance économique ou le rôle de simple pourvoyeur d’énergie de l’Oncle Sam.

De toute évidence, le secteur éolien fournira une bonne part de ces surplus énergétiques que nous devons dégager pour s’affranchir de notre dépendance au pétrole. Déjà, lors de la course à la chefferie, nous avons dit que nous étions partis du mauvais pied en confiant le développement éolien à l’entreprise privée. Les calculs d’économistes rendus récemment publics confirment nos pires appréhensions.

Selon les calculs du Conference Board, le coût de production de l’éolien dans le monde oscille entre 3 et 6 cents le kilowatt/heure (kwh). À la lumière de ces informations, le coût pourrait tourner autour de 4 cents au Québec. Mais, pour les premiers 1000 mégawatts concédés à l’entreprise privée, Hydro-Québec paiera 8,35 cents le kwh. L’économiste Gabriel Ste-Marie a calculé qu’Hydro-Québec se privera au cours des vingt prochaines années de 7,8 milliards de dollars.

En fait, Hydro-Québec se prive d’un manque à gagner double. Premièrement, sur la durée de vie du projet, la société d’État paie 1,5 milliard $ de plus que si elle avait produit l’énergie éolienne elle-même. Elle se prive également de 6,3 milliards $ de bénéfices qu’elle aurait réalisés, pour un manque à gagner total de 7,8 milliards $. La moitié des bénéfices d’Hydro-Québec allant au gouvernement du Québec, ce dernier se prive de 3,9 milliards $ en laissant l’éolien au secteur privé. Ce calcul est basé uniquement sur les 1000 premiers mégawatts, alors qu’on a déjà annoncé le développement prochain de 4 000 mégawatts.

Pire encore, la plus grande proportion de ces milliards quittera le Québec. En effet, 72 % du premier appel d’offres de 1000 mégawatts a été raflé par des entreprises non québécoises. Rien ne laisse croire qu’il en ira autrement pour les 3 000 autres mégawatts. Nous affirmons vouloir, répétons-le, substituer l’électricité au pétrole parce qu’on « prive l’économie intérieure d’une partie substantielle des revenus disponibles en les drainant très largement à l’étranger au seul profit de quelques multinationales et de leurs actionnaires ». Mais avec l’éolien laissons-nous l’argent nous filer entre les doigts ? Sommes-nous en train de changer quatre trente sous pour une piastre ?

Des régions ont vu avec raison dans le développement éolien un important levier économique potentiel. Cependant, elles réalisent aujourd’hui qu’elles n’ont ni les ressources ni les compétences pour rivaliser avec des firmes comme la multinationale Trans-Canada Corporation. La situation ne s’améliorera pas. Une analyse, parue dans le Globe and Mail du 20 octobre 2006, décrit le phénomène de fusion d’entreprises en cours dans le domaine éolien qui aboutira à la création de méga-entreprises avec lesquelles les municipalités seront encore moins de taille pour rivaliser. D’ailleurs, Hydro-Québec a prévu le coup en réservant 500 mégawatts additionnels aux partenariats municipaux et aux Premières Nations. Devrons-nous nous en contenter ?

Hydro-Québec vient de lancer un nouvel appel d’offres de 2 000 mégawatts. Selon son président, Thierry Vandal, cet appel d’offres « est le plus important au monde ». À ce jour, Hydro-Québec prévoit des parcs éoliens totalisant 4 000 mégawatts, ce qui représente 10 % de sa puissance totale.

La question se pose : pourquoi Hydro-Québec ne développe-t-elle pas elle-même le secteur éolien ? « Parce qu’elle n’a pas l’expertise », nous dit-on. Mais Trans-Canada Corporation n’en avait pas non plus ! Elle se vante même dans ses communiqués d’affaires que c’est son contrat avec Hydro-Québec qui lui permettra de développer cette expertise !

Avec ses capacités d’emprunts supérieures aux firmes privées, Hydro-Québec pourrait réduire la facture. Elle pourrait utiliser son pouvoir d’achat pour attirer en sol québécois des manufacturiers danois, espagnols ou allemands qui sont les chefs de file dans le domaine. Présentement, il n’y a que des fabricants de tours et de pales qui se sont installés en Gaspésie, alors que la valeur ajoutée se trouve surtout dans la fabrication de turbines. Le contrat pour ces turbines a été octroyé à General Electric qui les construit en Allemagne.

Hydro-Québec pourrait produire à meilleur marché l’énergie éolienne en partenariat avec les régions. L’éolien deviendrait alors un levier économique non seulement pour les régions mais pour l’ensemble de la collectivité québécoise car, faut-il le rappeler, les profits d’Hydro-Québec nous appartiennent.

Nous devons le plus rapidement possible reprendre le contrôle sur l’énergie éolienne en confiant la production à Hydro-Québec et en nationalisant les installations privées. Certains s’opposent à la nationalisation en prétextant qu’il faudra indemniser les entreprises et que cela coûtera cher. Mais nous allons perdre déjà plus 7,8 milliards de dollars au cours des prochains vingt ans seulement sur les 1 000 premiers mégawatts. Plus nous attendrons, plus il nous en coûtera.

Finalement, est-il besoin de rappeler que le peuple québécois s’est prononcé, à l’invitation de René Lévesque, lors d’une élection référendaire en 1962 sur la nationalisation de l’électricité. À aucun moment, ni lors de référendum, ni lors d’élections, le peuple du Québec n’a remis en question cette décision. Le gouvernement Charest n’a aucun mandat pour privatiser l’énergie éolienne. À nous de redresser la situation, de nationaliser le secteur éolien et de foncer vers l’autonomie énergétique du Québec, notre contribution la plus importante à la lutte mondiale contre le réchauffement de la planète.

*Marc Laviolette, président et Pierre Dubuc, secrétaire

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